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Dermatose bovine : la France lève la plupart des zones réglementées, que change cette décision pour les éleveurs ?

La ministre de l’Agriculture a annoncé la levée de la quasi-totalité des zones réglementées liées à la dermatose nodulaire contagieuse, après plusieurs semaines sans nouveau cas déclaré. Restent en place des mesures ciblées — vaccinations, limitations d'exportation et une surveillance renforcée — pour éviter une résurgence.

La ministre de l’Agriculture, Annie Genevard, a annoncé vendredi la levée de la quasi-totalité des zones réglementées mises en place en raison de la dermatose nodulaire contagieuse (DNC), communément appelée dermatose bovine. Lors d’une intervention radiophonique, elle a expliqué que « le temps et le protocole choisi nous ont donné raison » : depuis le 2 janvier, aucun nouveau cas n’a été détecté en métropole. Seule une portion réduite des Pyrénées-Orientales reste sous surveillance, liée à un foyer déclaré en Espagne.

Retour sur l’épidémie et les mesures déployées

La dermatose nodulaire contagieuse est une maladie virale du bétail, transmise principalement par des insectes piqueurs. Apparue en France en juin dernier, elle a conduit les autorités sanitaires et vétérinaires à déployer un dispositif de lutte combinant abattage des animaux infectés, vaccination massive et mesures de restriction des mouvements. Sur l’ensemble de l’épisode, près de deux millions de bovins ont été vaccinés, tandis que plus de 3 500 animaux ont été abattus sur un cheptel national d’environ 16 millions de têtes.

Le protocole retenu par l’État a privilégié l’abattage systématique d’un foyer dès la confirmation d’un cas, afin d’éviter la propagation, tout en conduisant des campagnes de vaccination ciblées dans les zones à risque. Pour certaines régions du Sud-Ouest, la classification est maintenant modifiée : elles passent de « zone réglementée » à « zone vaccinale », ce qui assouplit certaines contraintes tout en maintenant une protection sanitaire active.

Que signifie la levée des zones réglementées ?

Concrètement, la levée des zones réglementées entraîne la levée de la plupart des limitations strictes concernant les mouvements d’animaux à l’intérieur du territoire national. Les éleveurs concernés pourront donc, dans de nombreuses situations, reprendre des échanges et des transferts qui étaient auparavant autorisés uniquement sous conditions sanitaires strictes.

Cependant, la décision ne supprime pas toutes les obligations :

  • la surveillance sanitaire reste active, avec des déclarations obligatoires en cas de symptômes suspects ;
  • la vaccination sera reconduite dans certaines zones en 2026 pour maintenir l’immunité collective et prévenir les résurgences ;
  • les exportations demeurent soumises à des formalités : déclarations sanitaires et accords bilatéraux entre pays restent nécessaires pour permettre la commercialisation hors de France.

Raisons et limites de la décision

La ministre a justifié l’assouplissement par l’absence de nouveaux cas depuis le 2 janvier et par l’efficacité apparente du protocole combinant abattage et vaccination. Les autorités misent sur une immunité de territoire renforcée et sur des mesures de surveillance continue pour détecter toute reprise.

Cependant, la persistance d’un petit secteur des Pyrénées-Orientales expose la fragilité d’une victoire complète tant que des foyers existent à proximité, notamment en Espagne. Les échanges transfrontaliers d’animaux et la présence de vecteurs (moucherons, tiques dans certains secteurs) imposent une vigilance soutenue.

Conséquences pour le Salon de l’agriculture : les bovins absents

Un des effets concrets de la crise aura été historique : pour la première fois depuis la création du Salon de l’agriculture en 1964, des bovins ne seront pas présentés. Les organismes de sélection des races ont décidé, « par précaution et par solidarité » avec les éleveurs affectés, de ne pas transporter d’animaux vers le salon. La ministre a déclaré respecter cette décision et a précisé qu’il ne s’agit pas d’un boycott politique, mais d’une prudence sanitaire.

Cette absence a un retentissement symbolique fort pour la filière : événements commerciaux, concours et mise en valeur des races sont perturbés, et les éleveurs privés de cette vitrine commerciale et institutionnelle devront trouver d’autres moyens de valoriser leurs génisses, taureaux et reproducteurs.

Réactions des syndicats et des éleveurs

La stratégie de l’État, soutenue par l’alliance FNSEA-JA, a été contestée par d’autres grands syndicats agricoles comme la Coordination rurale et la Confédération paysanne, qui ont appelé à un assouplissement du protocole. Les critiques portent principalement sur le choix d’abattage systématique et sur les conséquences économiques pour des exploitations, en particulier les petites structures pour lesquelles la perte d’animaux reproducteurs est un coup dur.

Les éleveurs expriment un mélange de soulagement — la fin des zones réglementées dans leur quasi-totalité — et d’inquiétude pour l’avenir : maintien des programmes de vaccination, paiement des indemnités et suivi sanitaire demeurent prioritaires pour garantir la reprise de l’activité normale.

Indemnisation et soutien financier

Face aux pertes et aux contraintes imposées par la lutte contre la DNC, le gouvernement a mis en place des dispositifs d’indemnisation destinés aux éleveurs touchés. Des fonds d’aide ont été activés pour compenser les abattages et soutenir le redémarrage des élevages. Des mesures complémentaires, comme le doublement d’un fonds d’indemnisation dans certaines configurations, ont été annoncées pour limiter l’impact économique sur les exploitations.

Les démarches administratives pour obtenir ces aides nécessitent des déclarations précises et un suivi vétérinaire ; les organisations professionnelles conseillent aux éleveurs de suivre les circuits dédiés pour accélérer le versement des aides.

Que faire pour prévenir une reprise ? Conseils pratiques pour les éleveurs

La levée des zones réglementées ne doit pas conduire à une baisse de vigilance. Les vétérinaires et autorités sanitaires recommandent plusieurs mesures simples mais efficaces :

  • maintenir la vaccination dans les zones identifiées comme vaccinales ;
  • renforcer la biosécurité : limiter les accès extérieurs, contrôler le matériel partagé entre élevages, désinfecter véhicules et installations ;
  • surveiller régulièrement l’état sanitaire du troupeau et déclarer immédiatement tout signe clinique suspect (nodules cutanés, fièvre, baisse de production) ;
  • adapter la gestion des pâtures en saison à forte activité d’insectes piqueurs : abris, moustiquaires pour les installations sensibles, traitement des zones humides propices aux vecteurs ;
  • anticiper la traçabilité des mouvements d’animaux, en conservant les documents sanitaires nécessaires pour export et vente.

Perspectives et risques à moyen terme

Les autorités misent sur une surveillance renforcée et sur la poursuite de la vaccination ciblée pour éviter une reprise épidémique. Toutefois, le risque de réintroduction reste réel, en particulier par des foyers situés à l’étranger et par la dynamique des vecteurs liés aux conditions climatiques. L’approche repose donc sur trois piliers : surveillance, vaccination et coopération transfrontalière.

La coordination européenne et les échanges d’information entre services vétérinaires nationaux seront déterminants pour détecter rapidement tout nouveau foyer et pour organiser une réponse rapide et proportionnée. Les éleveurs, pour leur part, restent au cœur du dispositif en assurant la vigilance quotidienne et la mise en œuvre des gestes de biosécurité sur leurs exploitations.

Conclusion

La levée de la plupart des zones réglementées marque une étape importante dans la gestion de la dermatose bovine en France. Elle traduit des résultats encourageants obtenus grâce à la vaccination et au protocole sanitaire appliqué depuis l’apparition de la maladie. Reste que la prudence demeure de mise : la surveillance continue, le maintien de mesures vaccinales ciblées et la coopération transfrontalière sont nécessaires pour éviter un retour de la maladie. Pour les éleveurs, l’heure est à la consolidation des protections, à l’accès aux indemnisations et à la préparation d’une reprise durable de leurs activités.

Article rédigé à partir des annonces officielles et des informations disponibles le 20 février 2026. Les chiffres cités (vaccinations, abattages, cheptel) sont issus des bilans récents communiqués par les services vétérinaires nationaux.

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