La Journée mondiale de lutte contre le sida rappelle chaque année l’importance du dépistage et de la prévention pour réduire la transmission du VIH et des infections sexuellement transmissibles (IST). En 2024, les données françaises font émerger des tendances contrastées : progrès en matière d’accès aux tests mais persistance d’un nombre élevé de diagnostics tardifs. Ces constats soulignent la nécessité d’intensifier les actions de prévention, d’adapter les dispositifs aux publics les plus exposés et de réduire les inégalités sociales qui freinent l’accès aux soins.
Les chiffres clés de 2024 : un double constat
En 2024, environ 5 100 personnes ont découvert leur séropositivité au VIH en France. Parmi ces découvertes, 43 % correspondent à des diagnostics réalisés à un stade tardif, dont 27 % à un stade avancé. Ces pourcentages traduisent un retard dans le dépistage pour une part importante des personnes infectées, retard qui peut compromettre la prise en charge précoce et augmenter le risque de complications.
Parallèlement, on observe une augmentation générale des tests de dépistage depuis 2022, portée par des mesures facilitant l’accès aux analyses biologiques sans ordonnance et sans frais pour certaines tranches d’âge. Cette hausse des tests a contribué à détecter davantage d’IST et à mieux connaître la dynamique des infections, notamment chez les jeunes.
Répartition par groupes de population
Les tendances ne sont pas homogènes selon les populations :
- Hommes ayant des rapports sexuels avec d’autres hommes (HSH) nés en France : stabilité des découvertes après une baisse sur la période 2012-2022. Environ 48 % des diagnostics sont précoces. L’incidence, qui avait diminué pendant plusieurs années, est stable depuis 2021.
- HSH nés à l’étranger : stabilisation après une hausse entre 2012 et 2022. Près de 59 % des personnes contaminées l’ont été après leur arrivée en France.
- Personnes hétérosexuelles nées à l’étranger : légère baisse en 2024 après une hausse précédente ; peu de diagnostics précoces. Une part importante des contaminations a eu lieu après l’arrivée en France.
- Personnes hétérosexuelles nées en France : stagnation après une baisse jusqu’en 2020, avec 40 % de diagnostics tardifs ou avancés.
- Personnes trans ayant été contaminées par rapports sexuels : elles représentent une part faible des diagnostics mais présentent une forte proportion de coinfections par d’autres IST.
- Usagers de drogues injectables (UDI) : profil stable, avec des diagnostics tardifs fréquents malgré l’efficacité reconnue des programmes de réduction des risques.
Au total, parmi les personnes vivant avec le VIH en France en 2023, on estime environ 181 000 personnes. Parmi elles, 94 % étaient diagnostiquées, 96 % recevaient un traitement antirétroviral et 97 % des personnes traitées avaient une charge virale indétectable au seuil de 200 copies/ml, condition qui empêche la transmission du virus.
Une hausse des diagnostics d’IST : qui est le plus touché ?
Les diagnostics d’IST ont augmenté entre 2022 et 2024. Cette hausse est en partie liée à l’élargissement et à la facilitation des tests, mais elle met aussi en lumière une circulation active de certaines infections :
- Chlamydia : les tests remboursés concernent majoritairement les femmes, mais les diagnostics restent fréquents chez les hommes.
- Gonocoque : forte augmentation chez les 15-25 ans, avec une progression marquée entre 2022 et 2024 (+38 % pour les 15-25 ans).
- Syphilis : l’incidence a augmenté chez les femmes (+24 %), avec un risque accru de transmission mère‑enfant, en particulier dans certains territoires d’outre‑mer où la prévalence est plus élevée.
Ces évolutions posent la question de l’accès aux services de prévention et de l’éducation à la sexualité, notamment pour les jeunes et les populations les plus vulnérables.
Mon test IST : un dispositif pour faciliter l’accès au dépistage
Le dispositif « mon test IST », mis en place en 2024, permet l’accès au dépistage en laboratoire sans ordonnance pour plusieurs infections (VIH, chlamydiose, gonococcie, syphilis, hépatite B). Il offre une prise en charge financière, complète pour les 18-25 ans et partielle pour les autres, ce qui a contribué à l’augmentation du nombre de tests réalisés.
Parmi les jeunes, le recours à ce dispositif a été notable : les 18-25 ans représentaient près de la moitié des personnes dépistées dans les premiers mois de son lancement, et le nombre mensuel de jeunes de moins de 25 ans testés pour le VIH via ce dispositif a doublé. Cette progression montre que la suppression des barrières administratives et financières peut avoir un impact rapide sur le recours au dépistage.
Prévention ciblée : pourquoi c’est indispensable
Certaines populations sont plus exposées et présentent des besoins spécifiques en matière de prévention. Les données 2024 indiquent que 37 % des personnes contaminées étaient nées en Afrique subsaharienne, et que les personnes hétérosexuelles nées à l’étranger constituent la majorité des nouvelles contaminations. Ces éléments mettent en lumière l’influence des déterminants sociaux : conditions économiques, accès aux soins, stigmatisation, isolement linguistique ou culturel.
Une prévention efficace repose sur des actions adaptées aux réalités de chaque groupe : information accessible et culturellement pertinente, dépistage facilité, promotion de la prophylaxie pré-exposition (PrEP) pour les personnes à risque, distribution gratuite ou facilitée de préservatifs, et renforcement de l’éducation à la sexualité chez les jeunes.
Actions prioritaires
- Renforcer l’offre de dépistage de proximité et sans rendez‑vous.
- Développer la communication ciblée, dans les langues et formats pertinents pour les publics concernés.
- Promouvoir la PrEP et veiller à son accessibilité pour les personnes à haut risque.
- Maintenir et élargir les programmes de réduction des risques pour les usagers de drogues injectables.
- Intégrer la prévention sexuelle dans les politiques locales de santé et dans les dispositifs scolaires et périscolaires.
Le rôle central du dépistage précoce
Plus les infections sont détectées tôt, plus il est possible de limiter les conséquences sanitaires individuelles et la transmission à d’autres personnes. Un diagnostic précoce permet d’engager rapidement un traitement antirétroviral pour le VIH, d’assurer une prise en charge adaptée des IST bactériennes, et d’informer les partenaires potentiellement exposés.
Le dépistage régulier est d’autant plus important que l’évolution de certaines infections peut être silencieuse. De nombreuses personnes ignorent leur statut et peuvent, sans le savoir, transmettre une infection. La normalisation du dépistage (offre sans ordonnance, prise en charge financière, campagnes d’information) contribue à lever les freins et à encourager des comportements protecteurs.
Santé sexuelle et inégalités sociales
Le bulletin thématique publié à l’occasion de la Journée mondiale met en avant le rôle des déterminants sociaux dans l’accès au dépistage et à la prévention. Les inégalités sociales — revenu, niveau d’éducation, statut migratoire, discrimination — influent sur les capacités à se protéger, à accéder aux tests et aux soins, et sur la rapidité du diagnostic.
Pour réduire ces inégalités, il est nécessaire de combiner des mesures structurelles (politique d’accès aux soins, couverture financière, actions en milieu scolaire et professionnel) et des interventions de proximité (associations, centres de santé, actions communautaires) qui prennent en compte la diversité des trajectoires et des besoins.
Que faire si vous pensez être exposé ?
Si vous avez eu un rapport à risque ou si vous présentez des signes évocateurs d’une IST (douleur, écoulement, ulcération ou symptômes urinaires), le plus important est de consulter un professionnel de santé ou de se rendre dans un centre de dépistage. Le dépistage précoce protège votre santé et celle de vos partenaires. Les traitements disponibles aujourd’hui sont très efficaces et, pour le VIH, un traitement antirétroviral permet d’atteindre une charge virale indétectable et d’éliminer le risque de transmission.
Par ailleurs, la prévention primordiale reste l’utilisation régulière du préservatif lors de rapports sexuels à risque, ainsi que l’information sur la PrEP pour les personnes exposées de façon répétée.
Perspectives et messages à retenir
Les données récentes montrent que la France a progressé en matière d’accès au dépistage, mais que des efforts importants restent à fournir pour réduire les diagnostics tardifs et les inégalités. La combinaison d’un meilleur accès aux tests, d’une prévention ciblée et d’actions en faveur de l’éducation à la sexualité représente la voie la plus efficace pour limiter la circulation du VIH et des IST.
Points essentiels :
- Le dépistage régulier est le premier levier pour protéger sa santé et limiter les transmissions.
- Les dispositifs facilitant l’accès aux tests ont déjà porté leurs fruits, notamment chez les jeunes.
- La prévention doit être adaptée aux populations les plus exposées et aux contextes sociaux qui entravent l’accès aux soins.
À l’occasion de la Journée mondiale, la mobilisation collective — institutions, professionnels de santé, acteurs de terrain et communautés — reste cruciale pour maintenir la dynamique et réduire durablement le nombre de nouvelles infections. Agir sur les déterminants sociaux, renforcer les dispositifs de dépistage et promouvoir des actions de prévention ciblée sont des priorités pour protéger l’ensemble de la population.