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Victime d’un Covid long, un jeune Autrichien de 22 ans a choisi l’aide à mourir : questions sur la prise en charge de l’EM/SFC

Samuel, 22 ans, atteint d’encéphalomyélite myalgique après un Covid-19, s’est tourné vers le suicide assisté pour mettre fin à des souffrances décrites comme « insupportables ». Son décès relance la polémique sur la reconnaissance et la prise en charge du syndrome de fatigue chronique chez les jeunes.

La décision d’un jeune Autrichien de 22 ans, atteint d’encéphalomyélite myalgique (EM/SFC) survenue après un Covid-19, d’avoir recours au suicide assisté a profondément ému et relancé un débat européen sur la reconnaissance et la prise en charge de cette maladie longtemps méconnue. L’histoire, largement rapportée par la presse internationale, met en lumière le calvaire vécu par certains patients — en particulier les plus jeunes — et interroge les réponses médicales, sociales et éthiques apportées face à des souffrances chroniques parfois invalidantes.

Un jeune homme accablé par des symptômes intenses

Selon les éléments rapportés par la famille et des témoignages publiés par le patient lui‑même, le syndrome est apparu après une infection par le Covid-19. Depuis, il souffrait d’une fatigabilité extrême, au point d’être alité en permanence, d’une intolérance à la lumière et au bruit, et d’un état neurologique et sensoriel rendant la moindre activité quotidienne impossible. « Il avait l’impression de brûler et de se noyer en même temps », a déclaré l’un de ses médecins, reprenant la description de symptômes que partagent de nombreux malades atteints d’EM/SFC.

Ces manifestations, souvent fluctuantes et incapacitantes, entraînent une nécessité de repos complet après le moindre effort (phénomène appelé « malaise post-effort »), des troubles cognitifs (brouillard cérébral), des douleurs musculaires et articulaires, ainsi qu’une hypersensibilité sensorielle qui peut imposer l’isolement et l’obscurité permanente.

Qu’est‑ce que l’encéphalomyélite myalgique / syndrome de fatigue chronique ?

L’encéphalomyélite myalgique, ou syndrome de fatigue chronique, est une maladie complexe et multisystémique. Elle survient le plus souvent après une infection virale, mais ses mécanismes précis restent mal compris. Les hypothèses incluent des déséquilibres immunitaires, des perturbations neuroendocriniennes et des effets résiduels post-infectieux.

Le diagnostic repose sur l’histoire clinique et l’exclusion d’autres pathologies. Il n’existe pas de test biologique simple et, faute de marqueurs spécifiques, la maladie reste parfois sous‑diagnostiquée ou mal interprétée. Les protocoles actuels visent essentiellement à soulager les symptômes : gestion de la douleur, stratégies de repos et d’énergies, suivis psychologiques pour l’accompagnement, et aménagements sociaux et professionnels.

Une prise en charge insuffisante et la détresse des patients

Plusieurs associations de patients dénoncent le manque de formation des professionnels de santé concernant l’EM/SFC, ce qui entraîne des parcours de soins fragmentés et des années d’errance diagnostique pour certains malades. Dans le cas du jeune Autrichien, le manque de réponses efficaces et le caractère invalidant de ses symptômes ont conduit à une détresse telle que l’aide à mourir a été envisagée comme la seule issue.

Les témoignages recueillis auprès d’associations évoquent également une stigmatisation : des patients qui se voient opposer le soupçon d’un trouble psychique ou d’une simulation, alors même que leurs symptômes ont un retentissement physique majeur. Cette incompréhension peut aggraver l’isolement social, la perte d’emploi et le désarroi familial.

La montée du recours à l’aide à mourir chez des personnes jeunes

Ce cas s’inscrit dans une inquiétante tendance observée par certaines associations : un nombre croissant de jeunes adultes, convaincus que leur souffrance est insupportable et irréversible, se tournent vers l’aide à mourir. Les organisations qui défendent l’accès à une fin de vie choisie soulignent le caractère individuel et douloureux de telles décisions, tandis que les acteurs de santé publique s’inquiètent du signal envoyé par l’absence de prise en charge adaptée.

La question se pose en plusieurs termes : comment distinguer une demande éclairée et consentie de la détresse liée à une mauvaise prise en charge ? Quel est le rôle des systèmes de santé pour proposer des alternatives crédibles — médecine sociale, réadaptation, soutien psychologique, aides à domicile — avant qu’il n’y ait renoncement à la vie ?

Enjeux médicaux, éthiques et politiques

Le décès du jeune Autrichien relance des débats éthiques lourds. D’un côté, l’argument de la compassion plaide pour la possibilité de mettre fin à des souffrances inacceptables lorsque toutes les options de soin ont été épuisées et que la volonté du patient est clairement exprimée. De l’autre, la protection des personnes vulnérables et la nécessité d’assurer un accès équitable à des soins de qualité constituent des préoccupations centrales.

Par ailleurs, cet événement intervient dans un contexte de discussions politiques sur l’encadrement de l’aide à mourir dans plusieurs pays. Les législateurs doivent concilier la garantie des droits individuels et la prévention des risques d’abus, tout en investissant dans la formation des professionnels et la recherche sur des maladies peu connues comme l’EM/SFC.

Ce que demandent les associations et les spécialistes

Les associations de patients et certains spécialistes formulent plusieurs demandes récurrentes :

  • Reconnaissance et formation : sensibiliser davantage les professionnels de santé à l’EM/SFC et intégrer des modules spécifiques dans la formation initiale et continue ;
  • Meilleure coordination des soins : créer des parcours de soins spécialisés ou des centres de référence pour assurer un suivi multidisciplinaire (neurologie, médecine interne, rééducation, psychologie) ;
  • Recherche accrue : financer des programmes de recherche sur les causes, les biomarqueurs et des traitements ciblés ;
  • Soutien social : faciliter l’accès aux aides sociales, à la réadaptation professionnelle et au maintien à domicile pour limiter l’isolement ;
  • Information et écoute : améliorer l’information des patients et de leur entourage, ainsi que l’accès à des dispositifs d’écoute et d’accompagnement.

Chiffres et réalité en France et en Europe

En France, les estimations indiquent que plusieurs centaines de milliers de personnes pourraient être concernées par l’EM/SFC, une majorité étant des femmes. Ces chiffres cachent une grande hétérogénéité : formes plus ou moins sévères, âge d’apparition variable, et un impact socioprofessionnel considérable pour les cas invalidants.

À l’échelle européenne, la reconnaissance et la prise en charge varient fortement d’un pays à l’autre. Tandis que certains systèmes de santé commencent à structurer des parcours dédiés, d’autres restent en retard, laissant des patients sans réponses adaptées.

Que retenir de ce drame ?

Le décès du jeune Autrichien met en lumière l’extrême vulnérabilité de patients privés de réponses médicales et sociales satisfaisantes. Au-delà de la douleur individuelle, il illustre un enjeu collectif : investir dans la recherche, la formation et l’organisation des soins afin d’offrir des alternatives à la détresse qui poussent certains à envisager la mort.

La compassion envers des personnes en souffrance ne s’oppose pas à l’exigence d’améliorer la prise en charge. Au contraire, elle doit être le moteur d’un renforcement des moyens alloués aux maladies chroniques peu reconnues et à l’accompagnement des malades et de leurs proches.

Si vous ou un proche êtes en détresse

Ce sujet aborde des thèmes difficiles. Si vous traversez une situation de détresse ou songez à mettre fin à vos jours, il est important de chercher de l’aide immédiatement auprès d’un professionnel de santé, d’un service d’urgence ou d’une ligne d’écoute dans votre pays. En cas d’urgence, contactez les services d’urgence locaux.

Perspectives

Les autorités sanitaires et les élus sont désormais confrontés à une exigence : ne pas laisser la détresse s’installer faute de réponses. Pour les patients atteints d’EM/SFC, cela passe par une meilleure reconnaissance, des soins coordonnées et une recherche renforcée. C’est également une invitation à la société pour reconnaître la réalité de maladies invisibles et agir pour que la souffrance ne soit pas l’ultime argument d’une décision irréversible.

La mort de ce jeune homme interroge sur nos capacités collectives à entendre la voix des personnes malades et à répondre par des politiques de santé publiques à la hauteur des enjeux. Tant que des tragédies similaires continueront d’apparaître, la question de la prise en charge des maladies chroniques invalidantes restera au cœur des débats politiques et médicaux.

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