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Tabac : pourquoi la campagne « Devenir Ex‑fumeur » revient face à des inégalités territoriales et des milliers de morts

Santé publique France met en garde : en 2023 le tabac reste la première cause de mortalité évitable avec plus de 68 000 décès prématurés. La campagne « Devenir Ex‑fumeur », lancée du 16 février au 15 mars, vise à transformer l'élan collectif en accompagnement concret, en tenant compte des fortes disparités régionales et de la progression du tabagisme chez les femmes.

Santé publique France et le ministère de la Santé relancent, du 16 février au 15 mars, la campagne « Devenir Ex‑fumeur ». Pensée comme un pont entre l’élan collectif suscité par le Mois sans tabac et l’accompagnement individualisé proposé gratuitement par Tabac info service, cette action vise à encourager et soutenir les fumeurs dans une tentative d’arrêt concrète et durable.

Le tabac : un fléau toujours en tête des causes évitables de mortalité

Les derniers chiffres publiés par Santé publique France confirment que le tabac reste la première cause de mortalité évitable en France. En 2023, il a été responsable de plus de 68 000 décès prématurés, soit environ 11 % de la mortalité totale. Malgré des progrès notables depuis la mise en place de politiques publiques ciblées, cette mortalité reste importante et touche de nombreuses régions et catégories de la population.

Des maladies liées au tabac qui tuent encore massivement

Les données montrent que le cancer demeure la principale conséquence mortelle du tabagisme : il représente 55 % des décès attribuables au tabac chez les femmes et 58 % chez les hommes. Les maladies respiratoires chroniques constituent également une part importante : un décès sur trois lié à une maladie respiratoire chronique est imputable au tabac. Enfin, les affections cardiovasculaires et neurovasculaires ne sont pas en reste : environ un décès sur dix dans ces catégories est associé au tabagisme.

Pourquoi ces chiffres restent élevés

  • Suspension temporelle entre exposition et maladie : les dommages causés par le tabac surviennent souvent après des décennies de consommation, ce qui fait que des générations entières voient émerger les conséquences à un âge avancé.
  • Inégalités sociales et territoires : les habitudes de consommation et l’accès aux soins et aux dispositifs d’aide à l’arrêt varient fortement en fonction du milieu socio‑économique et de la région.
  • Persistance du tabagisme chez certains groupes d’âge : même si la prévalence diminue globalement, des poches de forte consommation subsistent.

Les femmes rattrapent les hommes : une convergence des habitudes

Historiquement, le tabagisme touchait davantage les hommes. Les données actuelles montrent cependant une tendance à l’égalisation : les habitudes de consommation chez les femmes se rapprochent de celles des hommes, ce qui entraîne une convergence des courbes de mortalité attribuable au tabac. Ce phénomène traduit des changements sociétaux et générationnels, notamment l’intégration accrue des femmes sur les marchés du travail et des modifications des normes sociales de consommation.

Des inégalités territoriales marquées

Les disparités régionales sont un autre élément majeur mis en évidence par le rapport. Les régions Hauts‑de‑France, Grand‑Est et la Corse présentent des taux de mortalité attribuable au tabac supérieurs d’environ 40 % à ceux de l’Île‑de‑France, qui est la moins affectée. À l’inverse, plusieurs territoires ultramarins comme la Guadeloupe, la Martinique et la Guyane affichent des taux plus faibles, en lien avec une consommation historique moins élevée. La Réunion fait toutefois figure d’exception, avec des taux proches de ceux de l’hexagone.

Facteurs expliquant les différences régionales

  • Facteurs socio‑économiques : chômage, niveau de revenus, et niveau d’éducation influent sur la prévalence du tabagisme.
  • Accès aux services de santé et aux dispositifs d’arrêt : la disponibilité d’un accompagnement spécialisé et la proximité des soins varient selon les territoires.
  • Culture et habitudes locales : pratiques sociales, attitudes face au tabac et antécédents historiques de consommation diffèrent d’une région à l’autre.

La campagne « Devenir Ex‑fumeur » : objectifs et moyens

La campagne lancée du 16 février au 15 mars vise à transformer la motivation collective générée par le Mois sans tabac en un accompagnement individuel et gratuit. Son objectif est double : inciter davantage de fumeurs à tenter l’arrêt et favoriser la réussite de ces tentatives grâce à un soutien adapté.

Ce que propose la campagne

  • Un message de mobilisation destiné à rappeler que l’arrêt est possible à tout âge et que le bénéfice pour la santé commence rapidement après la cessation.
  • Un encouragement à recourir à un accompagnement personnalisé, avec des professionnels formés et des outils pratiques (conseils, programmes, aides médicamenteuses adaptées quand nécessaire).
  • La valorisation des dispositifs gratuits d’aide à l’arrêt, offrant écoute, suivi et orientation vers des solutions efficaces.

Comment augmenter ses chances de réussite pour arrêter de fumer

L’arrêt du tabac est une démarche individuelle, mais certaines étapes et ressources augmentent significativement les chances de succès. Voici des conseils pratiques et reconnus :

  1. Se préparer et définir une date d’arrêt : choisir un moment précis, se fixer des objectifs réalistes et informer son entourage pour bénéficier de soutien.
  2. Recourir à un accompagnement : le suivi par un professionnel ou un service spécialisé augmente la probabilité de maintien de l’abstinence.
  3. Utiliser des aides validées : substituts nicotiniques, certains médicaments ou des thérapies comportementales et cognitives peuvent aider en fonction des besoins.
  4. Anticiper les situations à risque : identifier les déclencheurs (stress, consommation d’alcool, habitudes sociales) et préparer des stratégies alternatives.
  5. Maintenir la motivation : suivre ses progrès, célébrer les étapes, et se rappeler les bénéfices immédiats pour la santé et le portefeuille.

Un accompagnement accessible et gratuit

La campagne rappelle que des dispositifs d’aide existent et peuvent être mobilisés sans frais. Tabac info service propose un accompagnement personnalisé et gratuit, comprenant conseils téléphoniques et outils en ligne. Ces supports sont conçus pour offrir des stratégies adaptées à chaque situation — débutant, fumeur de longue date, ou sujet à de fortes envies de nicotine.

Ce que les autorités et les professionnels recommandent

Les autorités sanitaires insistent sur la nécessité de combiner actions individuelles et politiques publiques pour réduire la mortalité liée au tabac. Les professionnels de santé encouragent le repérage systématique du tabagisme, la proposition d’un accompagnement à l’arrêt lors des consultations, et l’usage des thérapies de substitution ou des traitements reconnus quand ils sont indiqués.

Perspectives : réduire les inégalités et adapter les politiques

Pour avancer, il est essentiel d’adapter les actions aux réalités locales et sociales. Les mesures qui peuvent aider à réduire les inégalités comprennent :

  • Le renforcement de l’offre d’accompagnement dans les territoires les plus touchés.
  • Des actions ciblées vers les populations défavorisées, les jeunes et les femmes lorsqu’elles présentent des comportements de consommation croissants.
  • La mise en place de campagnes d’information culturellement adaptées et de dispositifs mobiles ou déployables en zones rurales ou ultramarines.

Conclusion : agir maintenant

Les chiffres de 2023 rappellent que, malgré des progrès, le tabac reste une cause majeure de décès évitables en France. La campagne « Devenir Ex‑fumeur » cherche à transformer la prise de conscience en actions concrètes : proposer un accompagnement, soutenir les tentatives d’arrêt et réduire les inégalités territoriales. Pour tout fumeur envisageant de s’arrêter, des solutions existent et l’aide est disponible ; l’étape décisive reste la première tentative soutenue et structurée.

Si vous ou un proche envisagez d’arrêter, informez‑vous auprès des services d’aide à l’arrêt et n’hésitez pas à solliciter un professionnel de santé pour un accompagnement adapté. Chaque tentative rapproche d’une vie sans tabac et d’un bénéfice réel pour la santé.

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