Santé publique France et le ministère de la Santé ont lancé, du 16 février au 15 mars, la campagne nationale « Devenir Ex‑fumeur ». Conçue pour prolonger l’impulsion du Mois sans tabac, cette action vise à convertir la motivation collective en tentatives d’arrêt soutenues, en rappelant l’existence d’un accompagnement personnalisé et gratuit via Tabac info service (accessible au 39 89 sans surcoût). Les derniers chiffres nationaux montrent l’urgence de la démarche : en 2023, le tabac a été responsable de plus de 68 000 décès prématurés, soit environ 11 % de la mortalité totale.
Le tabac reste la première cause de mortalité évitable
Malgré une diminution tendancielle depuis plusieurs années, la consommation de tabac demeure la première cause de mortalité évitable en France. Les données publiées en 2026 reposent sur une méthodologie révisée et actualisée, permettant une estimation plus fine des décès attribuables au tabagisme. Ce bilan met en évidence non seulement l’ampleur du phénomène mais aussi sa répartition inégale selon les maladies, les sexes et les territoires.
Quels sont les impacts sanitaires ?
Le tabagisme n’est pas responsable d’une seule pathologie : il multiplie les risques. Les chiffres récents confirment que le cancer constitue la première cause de décès liés au tabac — représentant 55 % des décès chez les femmes et 58 % chez les hommes. Les maladies respiratoires chroniques (bronchopneumopathie chronique obstructive, emphysème) et les pathologies cardiovasculaires ou neurovasculaires continuent d’alourdir le bilan : environ un décès sur trois lié à une maladie respiratoire chronique et un décès sur dix lié à une maladie cardiovasculaire ou cérébrovasculaire sont imputables au tabac.
Pourquoi ces chiffres restent élevés ?
- Effet décalé du tabagisme : les maladies mortelles se manifestent souvent des décennies après le début de la consommation, de sorte que la mortalité actuelle reflète des habitudes prises dans la jeunesse de générations antérieures.
- Multiplication des facteurs de risque : co‑exposition à d’autres facteurs (pollution, alimentation, inactivité) potentialise les dommages liés au tabac.
- Accès inégal aux services de prévention et de soins : les parcours de santé varient selon les territoires et les conditions sociales.
Les femmes rattrapent les hommes : une évolution préoccupante
Historiquement, le tabagisme a touché davantage d’hommes, qui présentaient des taux de mortalité attribuable au tabac nettement supérieurs. Aujourd’hui, l’écart se réduit : le tabac est responsable de 6 % des décès chez les femmes et de 18 % chez les hommes, mais la tendance montre une convergence. Les habitudes de consommation féminine se rapprochent de celles des hommes, ce qui annonce à moyen terme une résorption progressive des différences de mortalité entre sexes, mais au prix d’un surcroît de décès évitables chez les femmes si des mesures de prévention ne sont pas renforcées.
Facteurs explicatifs
- Diffusion du tabagisme chez les générations de femmes nées plus récemment, exposées aux mêmes influences sociales et marketing que les hommes.
- Pénétration des produits du tabac chez des publics féminins par des stratégies commerciales ciblées, dans le passé.
- Difficultés d’accès aux dispositifs d’arrêt et différences dans la prise en charge des symptômes et des pathologies liées au tabac.
Des disparités territoriales marquées
Les inégalités régionales sont fortes. Les régions Hauts‑de‑France, Grand‑Est et la Corse affichent un taux de mortalité attribuable au tabac supérieur d’environ 40 % à celui de l’Île‑de‑France, la région la moins touchée de l’hexagone. À l’inverse, plusieurs territoires d’outre‑mer — Guadeloupe, Martinique et Guyane — présentent une mortalité liée au tabac plus faible, reflet d’une consommation historiquement moindre. La Réunion constitue une exception dans les outre‑mer, avec des chiffres proches de ceux observés en métropole.
Pourquoi ces écarts régionaux ?
- Facteurs socio‑économiques : chômage, précarité et faible niveau de diplôme sont corrélés à des taux de tabagisme plus élevés.
- Accessibilité des services de prévention : déserts médicaux et offre inégale d’accompagnement à l’arrêt.
- Contexte culturel et historique : traditions de consommation différente selon les territoires.
- Impact du marché parallèle : disponibilité et prix des produits du tabac varient selon les zones frontalières et de contrebande.
La campagne « Devenir Ex‑fumeur » : objectifs et dispositifs
La campagne veut deux choses principales : inciter un maximum de fumeurs à initier une tentative d’arrêt et orienter ceux qui en ont besoin vers des solutions d’accompagnement gratuites et personnalisées. En pratique, elle agit comme un pont entre la dynamique collective du Mois sans tabac et les services de suivi : lignes téléphoniques, consultations spécialisées, programmes de sevrage, et outils numériques d’aide.
Messages clés de la campagne
- Arrêter, même progressivement, réduit immédiatement certains risques et augmente l’espérance de vie.
- Un accompagnement multiplie les chances de succès : soutien psychologique, substituts nicotiniques, thérapies comportementales et médicaments sur prescription peuvent aider.
- Le service Tabac info service propose un accompagnement gratuit et anonyme, adapté à chaque projet d’arrêt.
Comment réussir une tentative d’arrêt ? Conseils pratiques
Arrêter de fumer est un processus individuel, mais certains repères pragmatiques augmentent significativement les chances de réussite :
Étapes recommandées
- Fixer une date, préparer un plan et identifier les situations à risque (stress, alcool, pause sociale).
- Consulter un professionnel de santé pour évaluer la dépendance et discuter des options thérapeutiques (substituts nicotiniques, médicaments de sevrage, thérapies comportementales).
- Utiliser les aides proposées : numéros d’écoute, applications de suivi, groupes de soutien.
- Prévoir des stratégies pour gérer les envies : techniques de respiration, activité physique, substituts non médicaux (bonbons sans sucre, bâtonnets).
- Persévérer malgré les rechutes : elles font partie du processus et ne doivent pas décourager. Chaque tentative augmente la probabilité de succès à long terme.
Rôle des substituts et traitements
Les substituts nicotiniques (patchs, gommes, pastilles, inhalateurs) réduisent les symptômes de manque. Certains médicaments, prescrits par un professionnel, modifient la perception du besoin de fumer. L’accompagnement psychologique, en consultation individuelle ou en groupe, aide à travailler les déclencheurs comportementaux. L’association de plusieurs approches est souvent la plus efficace.
Agir localement pour réduire les inégalités
Pour diminuer sensiblement la mortalité liée au tabac, il ne suffit pas d’une campagne nationale : il faut renforcer l’offre locale de prévention et de soins. Cela implique :
- Déployer davantage de consultations d’aide au sevrage en régions à forte mortalité attribuable au tabac.
- Renforcer l’information ciblée vers les femmes et les jeunes pour freiner la progression du tabagisme chez ces publics.
- Soutenir les actions de proximité menées par les acteurs associatifs et les acteurs de soins primaires.
- Améliorer l’accès aux substituts et traitements, notamment pour les personnes en situation de précarité.
Que peut faire un lecteur aujourd’hui ?
Si vous fumez et que vous souhaitez arrêter : renseignez‑vous sur les dispositifs d’accompagnement, faites un bilan avec votre médecin traitant, ou contactez un service d’aide. Si vous ne fumez pas, vous pouvez soutenir un proche en l’encourageant à se faire accompagner et en l’aidant à identifier des ressources adaptées. Les gains pour la santé sont rapides : quelques semaines sans tabac améliorent la fonction respiratoire et la circulation, et la réduction des risques cardiovasculaires commence dès les premiers mois.
Conclusion
Le bilan 2023 rappelle que le tabac continue de tuer de façon inégale en France : milliers de décès prématurés, cancers en tête, femmes qui rattrapent les hommes et fortes disparités régionales. La campagne « Devenir Ex‑fumeur » vise à transformer la prise de conscience collective en actions concrètes d’arrêt, avec un soutien gratuit et adapté. Agir à la fois au niveau national et local, en combinant prévention, accompagnement médical et politiques publiques, reste indispensable pour réduire durablement ces inégalités et sauver des vies.
Pour toute demande d’aide immédiate, un dispositif d’accompagnement téléphonique et numérique est proposé durant la durée de la campagne et au‑delà afin d’accompagner les personnes souhaitant arrêter.