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Suicide assisté après un Covid : le cas d’un Autrichien de 22 ans relance le débat sur l’aide à mourir

Un jeune Autrichien de 22 ans, atteint d’un syndrome de fatigue chronique survenu après un Covid, a eu recours au suicide assisté, suscitant une vive émotion en Autriche et relançant le débat sur la prise en charge des maladies post-infectieuses. Son histoire met en lumière les lacunes médicales, sociales et politiques autour de l’encéphalomyélite myalgique et de l’accès aux soins et aux droits en fin de vie.

Le recours au suicide assisté par un jeune Autrichien de 22 ans, atteint d’un syndrome de fatigue chronique (également appelé encéphalomyélite myalgique, EM/SFC) apparu après une infection par le Covid-19, a provoqué une onde de choc en Autriche et relancé le débat public sur l’aide à mourir et la prise en charge des maladies post-infectieuses. Son cas, largement relayé dans la presse, illustre à la fois la souffrance individuelle extrême et des défaillances collectives : reconnaissance médicale insuffisante, absence de traitements curatifs et difficultés d’accès à des soins adaptés.

Un jeune noyé par la douleur et l’épuisement

Selon les témoignages rapportés, le jeune homme, identifié sous le prénom Samuel dans les médias, a développé un tableau sévère d’EM/SFC après un Covid contracté en 2024. Les symptômes décrits vont au-delà d’une simple fatigue : incapacité à tenir une conversation, intolérance à la lumière et au bruit, besoin de rester cloîtré dans l’obscurité, et une restriction extrême des activités quotidiennes qui l’a rendu quasiment alité. Sur des forums en ligne, il évoquait « l’impression de brûler et de se noyer en même temps », une formulation qui traduit la détresse physique et psychique intense que vivent certains patients.

Qu’est-ce que l’encéphalomyélite myalgique (EM/SFC) ?

L’EM/SFC est une maladie chronique et souvent invalidante, souvent déclenchée par une infection, mais dont les causes exactes restent mal élucidées. Elle se caractérise principalement par une fatigue post-effort disproportionnée (post-exertional malaise), des douleurs musculaires et articulaires, des troubles cognitifs (parfois qualifiés de « brouillard cérébral »), et des hypersensibilités sensorielles (lumière, bruit, stimulation). Les mécanismes physiopathologiques impliquent probablement des altérations immunitaires, neurologiques et métaboliques, mais il n’existe aujourd’hui aucun traitement curatif reconnu.

En France, on estime que plusieurs centaines de milliers de personnes peuvent être atteintes d’EM/SFC ; les chiffres sont variables, mais on retient souvent l’ordre de grandeur de 200 000 à 300 000 personnes, majoritairement des femmes. Dans de nombreux pays, la maladie reste mal connue des professionnels de santé et stigmatisée, ce qui complique la reconnaissance, l’orientation et la prise en charge des patients.

Des jeunes patients poussés vers l’extrême

Le cas autrichien met en lumière un autre phénomène pointé par des associations : l’augmentation du nombre de jeunes adultes, parfois convaincus que seule la mort permettra de mettre fin à leurs souffrances. Des organisations de défense des droits et des associations pour la dignité en fin de vie observent une hausse des demandes d’aide à mourir chez des personnes de moins de 30 ans, souvent confrontées à une maladie chronique invalidante, à l’isolement social et à un désespoir profond.

Ce constat soulève plusieurs questions : que manquait-il à ce jeune patient en termes de soins ? Des alternatives comme le soutien psychiatrique, la prise en charge spécialisée de l’EM/SFC, la réadaptation adaptée au trouble post-exertionnel, ou encore un accompagnement palliative n’ont-ils pas été suffisamment accessibles ou efficaces ? Les réponses ne sont pas simples et renvoient à des limites structurelles du système de santé.

Une prise en charge encore fragmentaire

Actuellement, la prise en charge de l’EM/SFC est principalement symptomatique : traitement de la douleur, gestion du sommeil, accompagnement psychologique et conseils pour l’économie d’effort. La recherche clinique progresse, mais les solutions restent limitées. De nombreux patients dénoncent le manque de reconnaissance par les professionnels de santé et la difficulté d’obtenir des diagnostics et des prescriptions adaptées. En Autriche, comme ailleurs, des patients et des associations parlent de méconnaissance, voire d’incompréhension de la part des autorités et des institutions de santé.

L’absence de structures spécialisées et la variété des manifestations cliniques contribuent à des parcours de soins longs et éprouvants. Quand la maladie entraîne une restriction profonde des capacités, l’impact social et professionnel est majeur : impossibilité de poursuivre une activité, isolement, perte de revenus, et épuisement des ressources familiales et sociales.

Réactions politiques et sociales

En Autriche, la mort assistée de ce jeune homme a provoqué des réactions. Une secrétaire d’État à la Santé a indiqué travailler à la mise en place de soins et d’une aide plus efficace pour ces patients, reconnaissant implicitement que des lacunes existent. Le cas est également intervenu dans un contexte européen où les législations sur l’euthanasie et le suicide assisté divergent fortement selon les pays, et où le sujet reste sensible sur les plans éthique et juridique.

En France, le débat sur la création d’un droit à l’aide à mourir est régulièrement relancé au Parlement. Les histoires comme celle de ce jeune Autrichien alimentent la discussion publique : comment concilier le respect du choix individuel, la protection des personnes vulnérables, et la nécessité de renforcer l’offre de soins pour éviter que des patients se sentent poussés à cette extrémité ?

Points de vigilance éthiques et médicaux

  • Évaluation rigoureuse de la douleur et de la souffrance : il est essentiel que les équipes médicales évaluent de façon multidisciplinaire la sévérité des symptômes et l’impact sur la vie du patient.
  • Alternatives thérapeutiques et soutien : avant toute orientation vers une option létale, il faut s’assurer que toutes les voies de prise en charge et de soutien (médical, psychologique, social, réadaptation) aient été explorées de manière appropriée.
  • Protection des plus vulnérables : les jeunes et les personnes socialement isolées nécessitent une attention particulière pour vérifier l’absence de pressions externes et pour garantir un accompagnement solide.
  • Transparence et formation médicale : améliorer la connaissance de l’EM/SFC dans la formation initiale et continue des soignants pour réduire les retards de diagnostic et les erreurs d’orientation.

Que peut-on améliorer ?

Plusieurs axes d’action apparaissent nécessaires pour limiter les drames individuels et améliorer la qualité de vie des personnes atteintes d’EM/SFC :

  1. Reconnaissance et diagnostic : mieux former les médecins généralistes et les spécialistes pour dresser un diagnostic plus précoce et fiable.
  2. Création de centres spécialisés : développer des centres pluridisciplinaires capables de coordonner soins médicaux, réadaptation, soutien psychologique et accompagnement social.
  3. Recherche renforcée : augmenter les financements pour la recherche sur les mécanismes physiopathologiques et des traitements spécifiques de l’EM/SFC.
  4. Accompagnement social et financier : organiser des dispositifs d’aide pour maintenir un niveau de vie digne (maintien des droits, aides sociales adaptées, soutien aux aidants).
  5. Dialogue éthique et cadre juridique clair : ouvrir un débat public informé sur l’aide en fin de vie en veillant à protéger les personnes vulnérables et en garantissant des procédures strictes et transparentes.

La voix des patients

De nombreux patients et associations réclament une reconnaissance plus large de l’EM/SFC et expriment le besoin d’être mieux entendus par les pouvoirs publics. Le sentiment d’abandon, le scepticisme rencontré chez certains professionnels et la difficulté à obtenir des aides concrètes nourrissent le désespoir chez des malades très fragiles. L’histoire de ce jeune Autrichien rappelle que derrière les chiffres et les débats juridiques se trouvent des trajectoires humaines souvent invisibles.

En conclusion

Le décès assisté de ce jeune homme bouleverse et interroge. Il met en lumière des failles du système de santé face aux maladies post-infectieuses sévères comme l’EM/SFC et relance la nécessité d’un effort collectif : meilleure information des professionnels, renforcement de la recherche, création de parcours de soins adaptés et réflexion éthique sur les réponses en fin de vie. Au-delà de la polémique juridique, l’enjeu immédiat reste d’améliorer la qualité de vie et l’accompagnement des personnes qui vivent des souffrances chroniques et invalidantes.

Plus que jamais, la mobilisation des autorités sanitaires, des chercheurs, des professionnels et des associations est indispensable pour éviter que d’autres jeunes ne se retrouvent sans autre issue apparente que la mort assistée.

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