Vous avez reçu une lettre de l’EFS ? Ce n’est pas un avertissement, c’est une invitation
Ces dernières semaines, certains donneurs ont reçu un courrier de l’Établissement français du sang (EFS) à la suite d’un prélèvement. Loin d’annoncer un problème de santé, ce document a pour but d’encourager la personne à revenir : soit parce que son groupe sanguin est dit « rare », soit parce que son plasma contient des anticorps particulièrement recherchés. Comprendre pourquoi ces dons sont précieux permet de mieux saisir l’importance d’un geste qui peut sauver des vies.
Qu’est-ce qu’on entend par « sang rare » ?
La classification des groupes sanguins va bien au-delà des classiques A, B, AB et O associés au rhésus positif ou négatif. En réalité, on dénombre plusieurs centaines d’antigènes sanguins différents. L’EFS explique qu’environ 400 marqueurs existent, et parmi eux quelque 250 sont considérés comme « rares » lorsqu’ils sont présents chez moins de quatre personnes sur mille.
Un groupe sanguin rare ne signifie pas que la personne est malade : il s’agit d’une particularité génétique. Mais sur le plan médical, cette rareté a un impact important : lors d’une transfusion, l’incompatibilité entre donneur et receveur peut provoquer des réactions graves et mettre en jeu le pronostic vital. D’où la nécessité de pouvoir identifier rapidement et précisément des donneurs compatibles lorsqu’un patient a besoin d’un produit sanguin particulier.
Comment l’EFS identifie-t-il ces donneurs ?
La plupart des analyses réalisées après un don de sang portent sur les marqueurs nécessaires aux transfusions courantes. Lorsque le profil sanguin présente des caractéristiques inhabituelles, ou lorsque le donneur est régulier, des tests complémentaires peuvent être réalisés pour rechercher des antigènes plus rares. Par ailleurs, certaines situations — transfusion antérieure ou grossesse — peuvent conduire à la formation d’anticorps spécifiques chez une personne, révélant ainsi un groupe sanguin inhabituel.
Autre point important : le dépistage généralisé de tous les marqueurs chez l’ensemble de la population serait techniquement possible mais très coûteux et pas forcément justifié d’un point de vue médical. C’est pourquoi l’EFS cible des populations particulières (donneurs réguliers, personnes ayant déjà été transfusées, candidates à des interventions spécifiques) pour approfondir les recherches.
Pourquoi ces donneurs sont-ils sollicités plus souvent ?
Lorsque des personnes sont identifiées comme porteuses d’un groupe rare, elles deviennent des ressources précieuses pour la chaîne transfusionnelle. Les services hospitaliers et l’EFS peuvent avoir besoin de sang compatible rapidement, notamment pour des opérations complexes, des traitements répétés (comme pour certaines maladies hématologiques) ou des patients multi-transfusés qui ont développé des anticorps. Un stock local de poches provenant de donneurs compatibles permet de réduire les délais et les risques.
La rareté du facteur rend aussi ces dons d’autant plus utiles pour l’organisation des appels ciblés : plutôt que de procéder à des tests lourds au dernier moment, l’EFS préfère inviter les personnes déjà identifiées à revenir régulièrement pour constituer une réserve et assurer une réponse rapide en cas de besoin.
Les donneurs protégés contre l’hépatite B : un rôle dans la fabrication de médicaments
Outre les groupes sanguins rares, l’EFS suit des donneurs dont le sang montre une protection élevée contre certains virus. C’est le cas des personnes ayant un taux élevé d’anticorps anti-HBs : elles sont protégées contre l’hépatite B. Le plasma prélevé chez ces donneurs peut être transformé en médicaments contenant des anticorps (immunoglobulines) destinés à prévenir une contamination après une exposition chez une personne non vaccinée ou qui n’a pas répondu au vaccin.
De façon similaire, pendant la crise du Covid-19, certains donneurs avec un taux intéressant d’anticorps anti-SARS-CoV-2 ont été invités à donner leur plasma afin d’obtenir des produits susceptibles d’aider les patients présentant des formes sévères. Ce principe — utiliser le plasma riche en anticorps pour tenter de neutraliser une charge virale chez un malade — a été exploré et mis en œuvre ponctuellement selon les indications médicales.
Des travaux sont actuellement en évaluation pour d’autres infections émergentes (par exemple certains épisodes épidémiques de chikungunya), ce qui illustre l’intérêt stratégique de recenser et de solliciter des donneurs porteurs d’anticorps utiles.
Peu de personnes savent qu’elles ont un groupe rare — comment l’être informé ?
- Donneurs réguliers : l’un des moyens les plus fréquents d’être identifié est de donner son sang régulièrement. Les tests approfondis sont plus souvent effectués chez les donneurs qui reviennent plusieurs fois.
- Antécédents médicaux : les personnes transfusées ou ayant été enceintes peuvent développer des anticorps révélateurs d’un profil rare.
- Analyses ciblées : si un test montre une anomalie lors d’un don, l’EFS peut contacter la personne pour des examens complémentaires et l’informer de la particularité détectée.
Il est donc normal que seule une petite fraction des personnes porteuses d’un groupe rare soit au courant. En France, on estime qu’un grand nombre de porteurs ne le sait pas car la recherche systématique de l’ensemble des antigènes n’est pas pratiquée chez tous les donneurs.
Que faire si vous recevez une lettre de l’EFS ?
Si vous recevez un courrier vous encourageant à donner à nouveau, considérez-le comme un message positif : l’EFS vous a identifié comme susceptible d’apporter une aide précieuse. Vous pouvez contacter l’EFS pour obtenir des précisions, poser des questions sur votre profil sanguin ou connaître les lieux et modalités de don. Lors d’un prochain rendez-vous, les professionnels vous expliqueront la raison du suivi et répondront aux éventuelles interrogations concernant votre santé et la compatibilité transfusionnelle.
Rappel important : le respect de la confidentialité et du consentement est au cœur du dispositif. Les informations médicales et biologiques sont protégées et toute démarche d’invitation repose sur des critères scientifiques et éthiques.
Modalités et précautions liées au don
Le don de sang et le don de plasma obéissent à des règles strictes pour garantir la sécurité des donneurs et des receveurs. Les conditions d’éligibilité, la fréquence des prélèvements et les contre-indications sont définies par l’EFS et les autorités de santé. Si l’EFS vous invite, vous serez reçu par une équipe formée qui réalisera un entretien médical avant chaque prélèvement afin de vérifier votre aptitude et de prévenir tout risque.
Différents types de dons existent (sang total, plasma, plaquettes) et chacun a des modalités propres. Le plasma, par exemple, est souvent prélevé par aphérèse — une procédure durant laquelle certaines composantes sanguines sont prélevées puis le reste du sang est réinjecté — et permet de collecter des volumes utiles à la fabrication de médicaments dérivés du plasma.
Pourquoi continuer à donner même si vous n’êtes pas identifié comme rare ?
Même sans groupe rare ni anticorps spécifiques, chaque don compte. Les besoins transfusionnels sont constants et variés : accidents, interventions chirurgicales, traitements onco-hématologiques, maladies chroniques. Le système de santé repose sur un approvisionnement régulier et suffisant en produits sanguins. Dans ce contexte, chaque poches, chaque litre de plasma peut faire la différence pour un patient.
Conclusion — un appel à la solidarité éclairée
Recevoir une lettre de l’EFS qui vous invite à revenir n’est pas un hasard négatif : c’est la reconnaissance d’une caractéristique biologique qui peut sauver des vies ou permettre la fabrication de traitements essentiels. Qu’il s’agisse de groupes sanguins rares ou de plasm a riche en anticorps, ces donneurs jouent un rôle stratégique dans la réponse sanitaire. Si vous êtes concerné, n’hésitez pas à prendre contact avec l’EFS pour en savoir plus et, si vous le pouvez, à programmer des dons réguliers. Pour les autres, la meilleure manière de contribuer reste de donner quand on le peut : la solidarité se construit aussi par la constance.
Note : cet article vise à informer sur les pratiques et les enjeux liés aux dons de sang et de plasma. Pour des informations précises sur l’éligibilité, les fréquences et les modalités de don, adressez-vous aux professionnels de l’EFS ou aux structures de prélèvement.