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Sang rare et plasma riche en anticorps : pourquoi l’EFS encourage certains donneurs à revenir régulièrement

L’Etablissement français du sang (EFS) envoie des courriers pour inviter certaines personnes à donner plus souvent : celles qui possèdent des groupes sanguins rares ou un taux élevé d’anticorps anti‑HBs. Ces dons sont précieux pour garantir des transfusions compatibles et pour fabriquer des médicaments dérivés du plasma destinés à protéger ou soigner des personnes à risque.

Si vous avez récemment donné votre sang, vous avez peut‑être reçu une lettre ou un message de l’Établissement français du sang (EFS) vous invitant à revenir plus souvent. Ce n’est pas parce que votre prélèvement posait un problème : au contraire, le document souligne la qualité particulière de votre sang et l’intérêt qu’il représente pour d’autres patients. Deux catégories de donneurs sont aujourd’hui particulièrement recherchées : les personnes porteuses de groupes sanguins dits « rares » et celles dont le plasma contient un niveau élevé d’anticorps dirigés contre l’hépatite B (anti‑HBs). Cet article explique en quoi ces profils sont précieux, comment vous pouvez savoir si vous êtes concerné et ce que deviennent vos dons.

Qu’entend‑on par « sang rare » ?

Les groupes sanguins dépassent largement la classification A, B, AB et O et le rhésus positif ou négatif. Selon Thierry Peyrard, pharmacien biologiste médical et responsable de la qualité et de la sécurité des produits sanguins à l’EFS, on recense environ 400 groupes sanguins différents. Parmi eux, près de 250 sont considérés comme « rares ». Un groupe est qualifié de rare lorsqu’il est porté par moins de quatre personnes sur mille dans la population.

Cette rareté a des conséquences concrètes en transfusion : administrer du sang incompatible expose le receveur à des réactions immunitaires parfois graves. Pour certains malades — notamment ceux qui ont déjà été sensibilisés par des transfusions antérieures, des grossesses ou des pathologies chroniques —, trouver un donneur compatible peut être difficile et urgent.

Combien de personnes sont concernées et qui le sait ?

En France, on estime qu’environ un million de personnes portent un groupe sanguin rare. Toutefois, seules une minorité d’entre elles en ont connaissance : environ 20 000 personnes ont été identifiées et en ont été informées. La plupart des tests sanguins de routine ne recherchent pas systématiquement l’ensemble des marqueurs qui définissent ces groupes rares, pour des raisons de coût et de pertinence médicale dans la population générale.

Les personnes qui apprennent qu’elles ont un groupe rare le font généralement à la suite d’un dépistage approfondi lors de dons réguliers, après une transfusion ou au cours d’une grossesse si un test immunologique a détecté des anticorps. Les donneurs réguliers font donc partie des populations où la traçabilité et l’analyse plus fine des marqueurs sanguins sont davantage pratiquées.

Pourquoi l’EFS encourage‑t‑il les donneurs rares à revenir ?

La raison principale est simple : constituer et maintenir des réserves de produits sanguins compatibles pour les patients qui en ont besoin. Un donneur reconnu comme porteur d’un groupe rare peut, par ses dons réguliers, permettre de répondre rapidement à une urgence ou d’assurer des traitements longs pour des malades chroniques. Sans donneurs identifiés et disponibles, les équipes médicales peuvent se retrouver en difficulté et devoir recourir à des alternatives moins sûres ou moins rapides.

Au‑delà des situations de transfusion classique, certains donneurs sont sollicités pour la qualité particulière de leur plasma. C’est le cas des personnes présentant un taux élevé d’anticorps anti‑HBs, qui témoignent d’une protection solide contre l’hépatite B. Leur plasma peut servir à fabriquer des médicaments dérivés du plasma, utilisés en prévention ou en traitement chez des personnes exposées au virus et qui ne sont pas protégées par la vaccination.

Plasma et médicaments dérivés : comment ça marche ?

Le plasma récolté auprès de donneurs est une matière première pour fabriquer des médicaments d’immunoglobulines. Lorsque le plasma contient une concentration élevée d’anticorps spécifiques — par exemple anti‑HBs —, il peut être transformé en préparations destinées à prévenir l’infection chez un patient récemment exposé ou chez une personne qui n’a pas répondu à la vaccination.

Ce principe a été utilisé à plus grande échelle lors de crises sanitaires récentes. Pendant la pandémie de Covid‑19, des plasmas de personnes ayant un taux intéressant d’anticorps dirigés contre le SARS‑CoV‑2 ont été collectés et, dans certains cas, utilisés pour soigner des malades présentant des formes graves. De même, des études portant sur des infections émergentes comme le chikungunya ont exploré la capacité du plasma hyper‑immun à contribuer au traitement des formes sévères.

Qui peut être invité à donner plus souvent ?

  • Les personnes identifiées comme porteuses d’un groupe sanguin rare, identifiées à l’occasion d’un don, d’une transfusion ou d’un bilan prénatal.
  • Les donneurs dont le taux d’anticorps anti‑HBs est élevé, indiquant une bonne protection contre l’hépatite B. Leur plasma est utile pour fabriquer des préparations prophylactiques.
  • Parfois, des personnes avec un profil immunitaire particulier vis‑à‑vis d’un agent infectieux (anticorps spécifiques) peuvent être sollicitées pour des programmes ciblés.

Que faire si vous recevez un courrier de l’EFS ?

Si l’EFS vous a adressé une lettre vous invitant à revenir, cela signifie généralement que votre prélèvement présente une information utile pour la banque de sang. Voici quelques étapes pratiques :

  1. Conservez la lettre et lisez‑en les indications. Elle peut préciser la raison (groupe rare, taux d’anticorps) et suggérer une prise de contact.
  2. Contactez l’EFS local ou votre centre de collecte pour poser des questions : modalités, fréquence des dons recommandée, précautions éventuelles.
  3. Si vous le souhaitez, signalez votre disponibilité et vos contraintes (horaires, lieux). Les équipes tenteront de vous orienter vers des collectes adaptées.
  4. Pensez à informer vos proches si, en situation d’urgence, votre groupe sanguin rare peut être utile — sous réserve du respect de la confidentialité et des règles de l’EFS.

Sécurité, confidentialité et suivi des donneurs

Donner son sang ou son plasma reste encadré et sécurisé. Les prélèvements se déroulent dans des conditions strictes d’hygiène et de traçabilité. Les informations biologiques qui vous concernent sont protégées et utilisées uniquement pour la sécurité transfusionnelle et, le cas échéant, pour la production de médicaments dérivés. L’EFS ne communique pas d’informations personnelles en dehors des finalités médicales et du suivi du donneur.

Est‑ce un engagement lourd ? À quelle fréquence donner ?

La sollicitation pour un don « ciblé » ne signifie pas toujours un engagement permanent. L’EFS peut demander des dons espacés selon les besoins thérapeutiques et la disponibilité du donneur. La fréquence et la nature du don (sang total, plasma) sont déterminées par les équipes médicales et le règlement de la collecte. Si vous êtes prêt à donner plus souvent, vous contribuez de manière concrète à sauver des vies et à améliorer la prise en charge des malades.

Et si vous n’êtes pas concerné ? Donnez quand même

Même si vous n’avez pas reçu de courrier et que votre groupe sanguin n’est pas rare, votre don reste précieux. Les réserves de sang et de plasma dépendent de la générosité et de la régularité des donneurs volontaires. Chaque don peut aider un patient en urgence, un malade chronique, ou participer à la fabrication de produits utiles à la santé publique.

En résumé

L’EFS cherche à identifier et fidéliser des donneurs dont le profil biologique est particulièrement utile : porteurs de groupes sanguins rares et personnes dont le plasma est riche en anticorps protecteurs, notamment contre l’hépatite B. Si vous recevez une invitation à donner plus régulièrement, c’est le signe que votre contribution peut avoir un impact important sur la santé d’autres personnes. Renseignez‑vous auprès du centre de collecte local pour connaître les modalités et, si possible, continuez à donner pour soutenir la chaîne de solidarité transfusionnelle.

Si vous avez des questions spécifiques sur votre situation, n’hésitez pas à contacter les équipes de l’EFS ou le personnel présent lors de vos prochains dons : ils sont là pour vous informer, vous orienter et garantir la sécurité de chaque prélèvement.

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