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Roundup : Monsanto/Bayer propose jusqu’à 7,25 milliards de dollars pour mettre fin aux dizaines de milliers de plaintes

La filiale Monsanto de Bayer a annoncé un accord collectif pouvant atteindre 7,25 milliards de dollars pour régler les litiges liés au Roundup, herbicide au glyphosate. Ce compromis, soumis à l'approbation d'un tribunal du Missouri, s'inscrit dans une stratégie visant à stabiliser la situation financière du groupe et à clore des procédures en cours et futures.

Bayer tente de clore un chapitre judiciaire long et coûteux aux États-Unis. Sa filiale Monsanto a proposé un accord collectif d’un montant pouvant atteindre 7,25 milliards de dollars pour régler les plaintes actuelles et futures portant sur le Roundup, l’herbicide à base de glyphosate accusé d’être lié à certains cancers, notamment les lymphomes non hodgkiniens. L’offre, annoncée le 17 février 2026, doit encore recevoir l’aval d’un tribunal fédéral de Saint-Louis, dans le Missouri.

Un règlement massif mais conditionnel

Le montant annoncé — jusqu’à 7,25 milliards de dollars — représente un nouvel effort financier majeur de Bayer pour transformer une incertitude judiciaire en un engagement chiffré. L’accord prévoit la possibilité d’étaler les paiements sur une période pouvant aller jusqu’à 21 ans, une option qui, selon le groupe, offrirait « une plus grande certitude financière ». Toutefois, l’ensemble reste soumis à la validation du juge chargé du dossier, qui devra notamment apprécier l’équité du mécanisme proposé pour les plaignants actuels et futurs.

Quelle portée pour les plaignants ?

Si le tribunal approuve l’accord, des milliers de dossiers pourraient être réglés sans nouvelles batailles judiciaires individuelles. Pour des victimes ou des familles qui obtiennent ainsi des compensations, cela signifierait une résolution plus rapide par rapport à des procès qui peuvent durer des années. En revanche, certains plaignants ou leurs avocats pourraient estimer que le montant collectif est insuffisant compte tenu de la gravité des préjudices allégués et préférer poursuivre les procédures au cas par cas.

Un contexte de dépenses déjà très élevé

Depuis le rachat de Monsanto par Bayer en 2018, le groupe allemand a déjà dépensé plus de 10 milliards de dollars pour faire face aux poursuites liées au Roundup. Ces sorties massives ont pesé sur les comptes et sur la confiance des investisseurs. En réaction à l’annonce du nouvel accord potentiel, Bayer a indiqué vouloir renforcer ses provisions pour litiges à 11,8 milliards d’euros, soit une hausse d’environ 4 milliards d’euros par rapport à ses précédentes prévisions.

Conséquences comptables et boursières

  • Augmentation des provisions : la nouvelle enveloppe vise à absorber le coût estimé des procédures liées au Roundup et à limiter les impacts imprévus sur le bilan.
  • Réaction des marchés : l’annonce de l’accord a été bien accueillie par les investisseurs, l’action Bayer ayant progressé notablement à la Bourse de Francfort, signe que le marché privilégie la visibilité et la réduction du risque judiciaire.
  • Effet sur les analystes : selon certains observateurs financiers, la mise en place d’un cadre accepté par la justice pourrait permettre au groupe de se concentrer sur ses activités pharmaceutiques et chimiques sans la pression permanente des incertitudes liées aux poursuites.

La stratégie juridique : double-front

Parallèlement à la proposition d’accord collectif, Bayer maintient une stratégie juridique agressive devant les juridictions supérieures. La Cour suprême des États-Unis a accepté d’examiner un recours en janvier concernant la recevabilité de certains types de plaintes contre Monsanto, une décision qui pourrait clarifier le périmètre des recours possibles et influencer la portée future des poursuites. Bayer a souligné que l’accord et la procédure devant la plus haute juridiction américaine sont deux démarches « indépendamment nécessaires » qui, selon l’entreprise, se renforcent mutuellement.

Pourquoi la Cour suprême est importante

La Cour suprême peut trancher des questions de droit procédural qui déterminent si certaines plaintes peuvent être portées devant les tribunaux fédéraux ou si elles doivent être rejetées. Une décision allant dans le sens de Bayer pourrait réduire le nombre de dossiers susceptibles d’aboutir à des indemnisations élevées, tandis qu’un rejet de ses arguments juridiques maintiendrait une plus grande exposition au risque. La décision est attendue d’ici la fin juin, selon le calendrier indiqué par les juridictions américaines.

Les enjeux de santé et de réglementation

Au-delà des aspects financiers et juridiques, l’affaire du Roundup soulève des questions de santé publique et d’évaluation des pesticides. Le glyphosate, principe actif du Roundup, fait l’objet d’un débat scientifique et réglementaire depuis des années. Certaines agences et études ont conclu à une absence de causalité claire pour la plupart des usages, tandis que d’autres recherches et décisions de tribunaux ont reconnu un lien entre l’exposition et des cancers chez certaines personnes exposées de manière prolongée ou professionnelle.

Points clés des débats scientifiques

  1. Hétérogénéité des études : les résultats diffèrent selon les méthodologies, les populations étudiées et les niveaux d’exposition.
  2. Expositions professionnelles : les travailleurs agricoles ou les applicateurs d’herbicides sont généralement ceux dont les expositions sont les plus élevées et les mieux documentées.
  3. Règlementations nationales : certains pays ont restreint ou interdit l’usage du glyphosate, tandis que d’autres continuent de l’autoriser avec des conditions et des limites d’usage.

Cet ensemble complexe rend difficile une conclusion tranchée applicable à toutes les situations, et explique en partie la multiplication des contentieux autour du produit.

Réactions des parties prenantes

La proposition d’accord a suscité des réactions contrastées. Du côté de Bayer, la direction a présenté l’initiative comme une manière de tourner la page sur des années de litiges et d’offrir une visibilité financière aux actionnaires. Pour les associations écologistes et certains groupes de défense des victimes, le montant annoncé peut paraître insuffisant et contestable, surtout s’il est associé à une absence de reconnaissance de responsabilité de la part du groupe.

Ce que disent les victimes et leurs avocats

Plusieurs porteurs d’actions et cabinets d’avocats représentant des plaignants ont indiqué qu’ils examineraient les modalités de l’accord avant de se prononcer. Leur souci porte à la fois sur la rapidité d’indemnisation, la transparence des critères d’éligibilité, et le montant moyen qui sera finalement alloué aux personnes concernées. Certains craignent que le mécanisme collectif ne privilégie des règlements modestes et rapides au détriment d’indemnisations plus élevées obtenues par des procès individuels.

Que signifie cet accord pour l’avenir du Roundup ?

Même si un règlement collectif était validé, il ne constituerait pas nécessairement la fin de la controverse autour du glyphosate ni de ses usages. Les décisions réglementaires, les nouvelles études scientifiques et les évolutions des pratiques agricoles continueront d’influencer la présence du produit sur les marchés. Par ailleurs, Bayer a indiqué l’an dernier avoir interrogé la viabilité commerciale du Roundup dans certaines régions, soulignant un questionnement sur la rentabilité future du produit face aux risques juridiques et à la pression des marchés.

Scénarios possibles

  • Scénario de règlement global : l’accord est approuvé, Bayer réduit son exposition et les marchés gagnent en visibilité.
  • Scénario juridique prolongé : des contestations de l’accord ou des revers devant la Cour suprême maintiennent une incertitude élevée.
  • Scénario réglementaire : des restrictions supplémentaires par des autorités nationales ou internationales limitent l’usage du glyphosate, affectant la commercialisation future.

En pratique : calendrier et points d’attention

Le calendrier reste ponctué d’étapes importantes : examen du juge fédéral de Saint-Louis, réactions collectives des avocats des plaignants, et décision attendue de la Cour suprême d’ici la fin du mois de juin. Les observateurs noteront en particulier :

  • La nature des critères d’éligibilité aux indemnités : qui pourra bénéficier du mécanisme et selon quels critères médicaux et d’exposition ?
  • La ventilation des paiements : quelle part sera dédiée aux dossiers déjà engagés et quelle part aux plaintes futures ?
  • Les clauses de non-reconnaissance de responsabilité : comment seront-elles interprétées et reçues par les plaignants et les tribunaux ?

Conclusion

La proposition d’accord à hauteur de 7,25 milliards de dollars place Bayer et sa filiale Monsanto au cœur d’une décision clé : choisir une sortie financière structurée face à une mosaïque de procédures ou poursuivre une bataille juridique qui pourrait, selon l’issue, réduire ou alourdir encore leur exposition. Pour les victimes, l’accord pourrait offrir une voie plus rapide vers une indemnisation, mais il suscite aussi des interrogations sur l’équité et l’adéquation des montants alloués. Au-delà des chiffres, l’affaire Roundup illustre la complexité des relations entre science, réglementation, justice et intérêts économiques, et elle continuera d’avoir des répercussions tant sur la santé publique que sur le paysage agricole et industriel.

La décision du tribunal de Saint-Louis et l’arrêt de la Cour suprême seront des étapes déterminantes pour évaluer si ce compromis mettra effectivement un terme aux longues batailles judiciaires ou s’il n’en constituera qu’une phase supplémentaire.

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