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Pourquoi le cancer colorectal augmente chez les moins de 50 ans ? Ce que disent les études

La hausse des cas de cancer colorectal chez les moins de 50 ans, mise en lumière après la mort du comédien James Van Der Beek, inquiète les chercheurs. Si des facteurs liés au mode de vie contribuent, de nouvelles pistes comme le microbiote et l’exposition aux antibiotiques sont soumises à étude pour expliquer cette augmentation rapide.

Le décès de l’acteur James Van Der Beek des suites d’un cancer colorectal a ravivé l’attention du public et des médias sur une tendance inquiétante observée depuis quelques années : l’augmentation des cas de cancer du côlon et du rectum chez des personnes de moins de 50 ans. Ce phénomène, documenté par plusieurs études internationales, reste en grande partie inexpliqué et pousse la communauté scientifique à explorer des hypothèses nouvelles au-delà des facteurs de risque classiques.

Des chiffres qui interpellent

Plusieurs publications récentes mettent en lumière l’ampleur du phénomène. Une étude comparant des cohortes nées dans différentes décennies a montré que les personnes nées dans les années 1990 ont un risque plusieurs fois plus élevé de développer un cancer colorectal que celles nées dans les années 1960. D’autres travaux, notamment publiés dans des revues de renom, indiquent que dans certains pays comme les États-Unis le cancer colorectal est devenu la première cause de mortalité par cancer chez les moins de 50 ans.

Il convient toutefois de nuancer ces chiffres : la plupart des cas restent diagnostiqués chez des personnes plus âgées et, statistiquement, seuls environ 6 % des cancers colorectaux surviennent chez des patients de moins de 50 ans. Mais la rapidité de l’augmentation chez les jeunes et le fait que ces tumeurs sont souvent détectées à un stade avancé rendent la hausse particulièrement préoccupante.

Les facteurs classiques : insuffisants pour tout expliquer

Les facteurs de risque traditionnellement associés au cancer colorectal sont bien connus : surpoids et obésité, alimentation riche en viandes transformées et pauvre en fibres, consommation excessive d’alcool, tabagisme et sédentarité. Ces éléments contribuent incontestablement au fardeau global de la maladie. Néanmoins, ils n’expliquent pas entièrement l’élévation rapide des cas chez des générations entières en l’espace de quelques décennies.

Des cliniciens et chercheurs soulignent que certains patients jeunes atteints d’un cancer colorectal avaient un mode de vie apparemment sain, ce qui suggère que d’autres mécanismes peuvent jouer un rôle important, ou que l’interaction entre plusieurs facteurs (environnementaux, microbiens, génétiques) soit plus complexe qu’on ne le pensait.

Le microbiote intestinal : une piste centrale

Une des pistes les plus étudiées aujourd’hui concerne le microbiote intestinal, cet écosystème de milliards de microbes qui habitent notre intestin et influencent la digestion, l’immunité et le métabolisme. Une étude publiée l’an dernier a montré que certaines mutations liées à une toxine bactérienne — la colibactine, produite par certaines souches d’Escherichia coli — étaient plus fréquemment retrouvées dans les tumeurs colorectales de patients jeunes que chez les patients plus âgés.

Cette observation ne signifie pas qu’il existe une cause unique, mais elle ouvre la voie à des hypothèses selon lesquelles l’exposition précoce à des microbes producteurs de génotoxines, ou des altérations du microbiote dues à l’alimentation, aux antibiotiques ou à d’autres médicaments, pourrait favoriser l’apparition de mutations conduisant au cancer.

Antibiotiques et perturbations microbiennes

Plusieurs études épidémiologiques ont également évoqué une association possible entre des usages répétés d’antibiotiques au cours de la vie et un risque accru de cancer colorectal précoce. Les antibiotiques peuvent déséquilibrer durablement le microbiote, éliminant des espèces protectrices et favorisant l’apparition ou la prolifération de souches potentiellement nuisibles.

Ces résultats sont pour l’instant corrélatifs : il est difficile d’établir un lien de causalité direct, mais la question mérite d’être approfondie, notamment pour mieux encadrer les prescriptions d’antibiotiques et étudier des stratégies de restauration du microbiote.

Des sous-types variés, des causes probablement multiples

Les chercheurs observent par ailleurs une grande hétérogénéité des tumeurs colorectales chez les patients jeunes. Certains cancers présentent des caractéristiques moléculaires et histologiques différentes de celles observées chez les personnes âgées, ce qui suggère que plusieurs voies biologiques peuvent conduire à la maladie. Jenny Seligmann, chercheuse spécialisée, a indiqué qu’il sera probablement difficile d’identifier une seule cause responsable de l’augmentation observée, et que de multiples facteurs — environnementaux, microbiens et biologiques — sont sans doute en jeu.

Symptômes à surveiller : quand consulter ?

La difficulté majeure réside aussi dans le diagnostic tardif chez les jeunes. Les signes peuvent être méconnus ou attribués à d’autres affections plus bénignes, retardant la prise en charge. Parmi les symptômes qui doivent inciter à consulter rapidement un médecin figurent :

  • des changements persistants du transit (diarrhée ou constipation inhabituelle) ;
  • la présence de sang dans les selles ou des selles noirâtres ;
  • des douleurs abdominales récurrentes ;
  • une perte de poids inexpliquée ;
  • une fatigue persistante et non justifiée.

En présence de ces signes, même chez un patient de moins de 50 ans, il est recommandé de consulter pour que des examens appropriés (tests biologiques, recherche de sang occulte dans les selles, coloscopie) puissent être envisagés.

Dépistage : des recommandations qui évoluent

Face à la montée des cas chez les jeunes, des autorités sanitaires ont adapté leurs recommandations : aux États-Unis, l’âge de départ du dépistage a été abaissé de 50 à 45 ans en 2021. D’autres pays continuent de proposer un dépistage organisé à partir de 50 ans. Cette divergence reflète à la fois les différences épidémiologiques entre pays et les débats sur le rapport bénéfice/risque et le coût des programmes de dépistage.

Les tests de dépistage couramment utilisés comprennent le test immunologique de recherche de sang occulte dans les selles (FIT) et la coloscopie, qui reste l’examen de référence lorsqu’un test de dépistage est positif ou lorsqu’il existe des symptômes évocateurs. La diffusion et l’acceptation des tests de dépistage, ainsi que l’accès rapide à la coloscopie, sont des éléments clés pour détecter les tumeurs à un stade précoce et améliorer les chances de guérison.

Que peut-on faire au quotidien ?

Tandis que la recherche poursuit ses investigations, plusieurs mesures individuelles et collectives peuvent contribuer à réduire le risque général :

  • adopter une alimentation riche en fibres, fruits et légumes, et limiter les viandes transformées et la consommation excessive d’aliments ultratransformés ;
  • maintenir une activité physique régulière et un poids corporel dans la norme ;
  • modérer la consommation d’alcool et éviter le tabac ;
  • limiter l’usage inapproprié d’antibiotiques et discuter avec son médecin des bénéfices et risques de toute prescription ;
  • être attentif aux symptômes digestifs inhabituels et consulter sans attendre si nécessaire.

Ce que les chercheurs veulent encore savoir

Les équipes scientifiques cherchent à mieux caractériser les différences moléculaires entre les cancers survenant chez les jeunes et ceux observés chez les personnes âgées, à comprendre l’impact précis du microbiote et des expositions précoces (alimentation, antibiotiques, polluants) et à identifier des marqueurs biologiques permettant un dépistage ciblé plus efficace. Des études ensemblistes, des analyses génétiques et des recherches expérimentales sur les interactions hôte‑microbe sont en cours pour tenter de répondre à ces questions.

Comme le rappellent les spécialistes, il est probable qu’il n’existe pas « une » unique cause, mais plutôt une convergence de facteurs qui, combinés chez certains individus, favorisent l’apparition précoce de la maladie.

Conclusion : vigilance, information et recherche

La montée du cancer colorectal chez les moins de 50 ans est un signal d’alarme qui requiert à la fois une vigilance accrue des professionnels de santé et du grand public, et des investissements soutenus en recherche pour comprendre les mécanismes en jeu. En attendant des réponses plus définitives, rester attentif aux symptômes, promouvoir des comportements de prévention et adapter les stratégies de dépistage selon l’évolution des données épidémiologiques sont des priorités.

Si vous avez des symptômes digestifs nouveaux ou persistants, n’hésitez pas à consulter votre médecin : un diagnostic précoce augmente considérablement les chances de traitement efficace.

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