Dans notre société actuelle, dominée par les réseaux sociaux, une nouvelle tendance émerge : les routines de beauté partagées par des enfants à peine âgés de dix ans. Cela peut sembler inoffensif à première vue, mais pour les experts en santé mentale, cette inclination pose de nombreux problèmes. Ce phénomène, baptisé « Sephora kids », renvoie à une adultification précoce où des enfants s’exposent aux impératifs esthétiques des adultes.
Le Phénomène des « Sephora Kids »
Les « Sephora kids » sont ces fillettes qui, influencées par leur environnement et les médias, se plongent dans le monde des cosmétiques avec l’approbation, et souvent l’encouragement, des figures parentales. Sur des plateformes comme TikTok et Instagram, ces jeunes partagent des vidéos où elles appliquent sérum, crème et autres lotions, souvent en se référant aux mêmes produits utilisés par les adultes.
Ce phénomène a pris de l’ampleur aux États-Unis et se répand à travers le monde, suscitant l’inquiétude chez les psychologues et sociologues. Les critiques pointent du doigt non seulement l’impact sur la santé mentale mais aussi les implications en termes de développement personnel. Sabine Duflo, psychologue clinicienne, souligne : « Être réduit à son apparence peut créer un sentiment de vide. L’enjeu de l’éducation est de construire quelque chose de solide à l’intérieur, et pas seulement une enveloppe ».
Pressions Esthétiques et Santé Mentale
La pression pour atteindre une certaine perfection peut entraîner une déformation de l’image corporelle chez ces enfants en pleine croissance. La dysmorphophobie, où une préoccupation excessive se développe pour un défaut perçu de l’apparence physique, devient un risque probable. En s’habituant à l’attention centrée sur l’apparence dès le plus jeune âge, ces enfants pourraient intérioriser un besoin permanent d’approbation extérieure.
Michaël Stora, psychologue psychanalyste, avertit : « Le fait qu’une mère fasse de sa fille une sorte de mini-elle est problématique. » Ce manque d’espace pour développer son propre soi peut générer futurment des déséquilibres émotionnels.
Les Conséquences de l’Adultification
Le désir de ressembler à une figure parentale peut sembler anodin, mais lorsqu’il s’étend au mimétisme des rituels quotidiens, comme la routine cosmétique, cela peut altérer la perception de l’enfant sur ce qu’implique le fait d’être un adulte. Virginie Piccardi, psychologue, précise : « Si cela peut créer un moment de partage rigolo, il doit rester exceptionnel, car l’enfant doit rester à sa place d’enfant. »
Dans plusieurs vidéos observées, mère et fille sont habillées de manière similaire, effectuant les mêmes gestes. Cette tendance risque d’induire chez la fillette l’idée que son corps est un objet de perfection à travailler, plutôt qu’un outil de plaisir et d’expérimentation saine.
Reprendre le Contrôle
Le changement doit débuter au niveau familial et sociétal. Les parents ont un rôle crucial dans l’éducation de leurs enfants concernant la santé mentale et l’image corporelle. Limiter l’accès à ces contenus est un premier pas essentiel. Sabine Duflo recommande : « Il faut dire à l’enfant que ce n’est pas adapté à son âge et lui expliquer pourquoi. »
Anne Fabre, infirmière puéricultrice, ajoute que pour que le message passe, les parents doivent d’abord réguler leur propre consommation de ces médias. Cette sensibilisation familiale pourrait alors s’étendre à la communauté, incitant une réévaluation collective du rapport à la beauté et à la perfection.
Une Enfance à Protéger
Au-delà des problématiques esthétiques, cette tendance interroge notre perception de l’enfance. Les enfants doivent pouvoir se construire à travers des expériences réelles, saines et variées. En détournant les enfants des activités traditionnelles telles que courir, jouer, et interagir directement avec leurs pairs, on leur vole une partie précieuse de leur développement, comme le souligne Sabine Duflo : « Les enfants se construisent avec ce qu’ils expérimentent dans la vie réelle. »
Cette pression accrue pour ressembler à des standards esthétiques fixés par des adultes affaiblit non seulement le développement personnel, mais aussi la créativité et l’imaginaire qui sont cruciaux pour l’évolution émotionnelle de l’enfant. En fin de compte, il est impératif de remettre en question ces normes pour garantir à chaque enfant l’opportunité de s’épanouir pleinement, sans l’entrave des attentes esthétiques adultifiées.
Pour redonner aux enfants leur innocence, il nous faut tous participer à un changement de mentalité en profondeur. Ceci passe par un dialogue ouvert sur ce que signifie véritablement être un enfant et encourager nos jeunes à s’accepter tels qu’ils sont, sans filtres ni fards, mais pleins de vie et d’imagination.

