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Journée mondiale Sida 2025 : renforcer le dépistage et la prévention pour freiner VIH et IST

À l’occasion de la Journée mondiale de lutte contre le sida, le bilan 2024 rappelle que le dépistage précoce et la prévention ciblée restent essentiels pour freiner la transmission du VIH et des IST. Les dispositifs récents qui facilitent l’accès aux tests et aux soins doivent être intensifiés, en particulier auprès des jeunes et des populations les plus exposées.

La Journée mondiale de lutte contre le sida rappelle chaque année l’importance du dépistage, de la prévention et de l’accès aux soins pour contrôler la circulation du VIH et des autres infections sexuellement transmissibles (IST). Les données de surveillance 2024 confirment que, malgré des progrès dans la prise en charge, des retards de diagnostic et des inégalités persistent, rendant nécessaire une intensification des actions ciblées, notamment chez les jeunes et les populations les plus exposées.

Bilan 2024 : points clés et chiffres essentiels

En 2024, environ 5 100 personnes ont découvert leur séropositivité au VIH. Parmi ces nouvelles découvertes, 43 % ont été réalisées à un stade tardif de l’infection, et 27 % à un stade avancé. Ces proportions traduisent un enjeu majeur : plus le diagnostic est tardif, plus les risques de complications et de transmission sont élevés, et plus l’entrée rapide dans un traitement antirétroviral est compromise.

Au niveau de la prise en charge, les estimations pour 2023 indiquent environ 181 000 personnes vivant avec le VIH en France. Parmi elles, 94 % étaient diagnostiquées ; 96 % des personnes diagnostiquées bénéficiaient d’un traitement antirétroviral ; et 97 % des personnes traitées présentaient une charge virale indétectable au seuil de 200 copies/ml, ce qui rend la transmission du virus à leurs partenaires significativement improbable.

Évolution selon les populations : où se concentrent les besoins ?

Le tableau épidémiologique reste hétérogène selon les populations :

  • Hommes ayant des rapports sexuels avec des hommes (HSH) nés en France : stabilité des découvertes après une baisse antérieure. Environ 48 % des diagnostics sont précoces. L’incidence, qui avait diminué depuis 2012, s’est stabilisée depuis 2021 à environ 1 250 contaminations par an. On estime que près de 2 700 personnes vivant avec le VIH sont encore non diagnostiquées dans ce sous-groupe.
  • HSH nés à l’étranger : stabilisation après une hausse (2012-2022). Une majorité (59 %) des contaminations a eu lieu après l’arrivée en France. L’incidence avait augmenté jusqu’en 2023 (environ 450 cas par an) et on estime 900 personnes non diagnostiquées dans cette population.
  • Personnes hétérosexuelles nées à l’étranger : légère baisse en 2024 après une hausse antérieure. Parmi elles, 43 % ont été contaminées après leur arrivée en France ; le taux de diagnostics précoces est faible (14 %) et environ 3 000 personnes resteraient non diagnostiquées.
  • Personnes hétérosexuelles nées en France : stagnation après une baisse jusque 2020. On observe 40 % de diagnostics tardifs ou avancés et environ 2 800 personnes non diagnostiquées, majoritairement des hommes.
  • Personnes trans infectées par voie sexuelle : elles représentent environ 2 % des diagnostics, avec une stabilisation depuis 2021. Plus de la moitié sont coinfectées par une autre IST. Parmi celles nées à l’étranger, la moitié ont été contaminées après l’arrivée en France ; moins de 200 personnes seraient non diagnostiquées.
  • Usagers de drogues injectables (UDI) : environ 1 % des diagnostics, stabilité observée. Les programmes de réduction des risques montrent leur efficacité, malgré 43 % de diagnostics tardifs dans ce groupe. On estime moins de 200 personnes non diagnostiquées.

Augmentation du dépistage et des diagnostics d’IST

Entre 2022 et 2024, les taux de dépistage des IST ont continué d’augmenter. Plusieurs mesures contribuent à cette progression, en particulier l’élargissement des possibilités de dépistage sans ordonnance et sans avance de frais. Depuis 2022, le dépistage du VIH est facilité en laboratoire sans ordonnance ; en septembre 2024, le dispositif a été étendu à quatre autres IST, avec une prise en charge sans avance de frais pour les personnes de moins de 26 ans.

Cependant, la hausse des tests s’accompagne d’une augmentation des diagnostics déclarés : la syphilis a vu son incidence augmenter, notamment chez les femmes (+24 %), ce qui accroît le risque de transmission materno‑foetale. Chez les 15-25 ans, les infections à gonocoque ont connu la hausse la plus marquée entre 2022 et 2024 (+38 %).

Le dispositif « Mon test IST » lancé en septembre 2024 a montré un fort attrait chez les jeunes : entre septembre et décembre, les 18-25 ans ont constitué une part importante des personnes testées, et le nombre mensuel de jeunes de moins de 25 ans testés pour le VIH via ce dispositif a doublé.

Prévention ciblée : pourquoi l’adapter aux publics les plus exposés

L’épidémiologie du VIH montre que certaines populations supportent une part disproportionnée du fardeau. Les personnes nées en Afrique subsaharienne représentent une part notable des nouvelles contaminations, et la majorité des infections chez les personnes hétérosexuelles nées à l’étranger surviennent après l’arrivée en France. Les HSH restent également concernés de façon marquée, tout comme certains groupes jeunes où la circulation des IST est active.

La prévention doit donc être à la fois universelle et ciblée : universelle pour rappeler les gestes de protection et promouvoir le dépistage régulier ; ciblée pour proposer des approches adaptées au contexte social, culturel et comportemental des populations à risque. Parmi les outils de prévention et de réduction du risque figurent :

  • Le préservatif, qui protège contre la plupart des IST et reste un pilier de prévention.
  • La PrEP (prophylaxie pré-exposition) destinée aux personnes à risque élevé, disponible après évaluation médicale.
  • Le dépistage régulier et le traitement antirétroviral immédiat en cas de diagnostic, qui permet d’obtenir une charge virale indétectable et d’empêcher la transmission.
  • Les programmes de réduction des risques pour les usagers de drogues (échange de seringues, accès aux soins et aux traitements de substitution).
  • Une offre d’éducation et d’information adaptée aux jeunes, tenant compte des déterminants sociaux (accès, niveau d’information, stigmatisation, précarité).

Actions recommandées pour améliorer la détection et la prévention

Pour réduire le nombre de diagnostics tardifs et limiter la transmission, plusieurs axes d’action se dégagent :

  1. Renforcer l’accessibilité au dépistage : multiplier les lieux et modalités (laboratoires sans ordonnance, centres gratuits, campagnes ciblées, dépistage dans les actions de proximité).
  2. Adapter la communication : messages non stigmatisants, accessible en plusieurs langues, et conçus avec les communautés concernées.
  3. Développer le dépistage régulier chez les personnes à risque : encouragement au dépistage trimestriel pour certains groupes, suivi facilité par les professionnels de santé et les associations.
  4. Conforter l’offre de prévention médicale (PrEP) et la rendre plus lisible et accessible.
  5. Soutenir les actions de réduction des risques et maintenir les dispositifs d’accompagnement social et médical pour les personnes précaires ou éloignées du système de soins.
  6. Surveiller et analyser finement les données régionales pour adapter les interventions aux réalités locales.

Le rôle des acteurs : institutions, professionnel·les de santé et terrain

Les autorités sanitaires, les professionnels de santé, les acteurs associatifs et les collectivités territoriales ont chacun un rôle complémentaire. Les autorités apportent les cadres et le financement, les professionnel·les de santé assurent le dépistage, la prise en charge et l’accès aux traitements, et les associations restent essentielles pour le travail de proximité, la sensibilisation et l’accompagnement des personnes les plus vulnérables.

Dans les régions, des bulletins spécifiques et des initiatives locales permettent d’identifier les besoins et de tester des approches adaptées : campagnes de dépistage mobile, événements ciblés, actions en milieu éducatif et programmes spécifiques pour les personnes migrantes.

Informer et agir : ressources et bonnes pratiques

Pour s’informer et se protéger, il est indispensable de s’appuyer sur des sources fiables et de recourir aux dispositifs existants de dépistage et de prise en charge. Les actions efficaces combinent information claire, accès facilité aux tests, confidentialité et orientation rapide vers les soins.

Quelques repères pratiques :

  • Se faire dépister dès que l’on a un doute, après un rapport à risque ou lors d’un suivi régulier si l’on fait partie d’un groupe exposé.
  • Considérer le dépistage comme un acte de santé courant : tests réguliers, surtout en cas de partenaires multiples ou de pratiques à risque.
  • Utiliser le préservatif et, le cas échéant, discuter de la PrEP avec un professionnel de santé.
  • En cas de résultat positif, engager sans délai un traitement et bénéficier d’un accompagnement médical et social.

Conclusion

Le bilan 2024 met en lumière des succès notables en matière de prise en charge et de suppression virale, mais il souligne aussi des failles persistantes : diagnostics tardifs, inégalités sociales et augmentation de certaines IST chez les jeunes. À l’occasion de la Journée mondiale de lutte contre le sida 2025, l’objectif est clair : intensifier le dépistage, renforcer les actions de prévention ciblées et garantir un accès simple et rapide aux soins pour toutes et tous. C’est en combinant politiques publiques, actions de terrain et mobilisation des communautés que l’on pourra mieux prévenir la transmission du VIH et des IST, réduire les inégalités et améliorer la santé sexuelle de la population.

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