Journée mondiale contre le sida 2025 : faire du dépistage et de la prévention des priorités
À l’occasion de la Journée mondiale de lutte contre le sida, les données de surveillance publiées pour 2024 rappellent que le dépistage et la prévention restent des leviers essentiels pour freiner la transmission du VIH et des infections sexuellement transmissibles (IST). En 2024, environ 5 100 personnes ont appris qu’elles étaient séropositives et 43 % des diagnostics de VIH ont été réalisés à un stade tardif, dont 27 % à un stade avancé, ce qui témoigne d’un besoin persistant d’améliorer l’accès aux tests et aux soins.
Chiffres clés et tendances 2024
Les principales données disponibles pour 2024 montrent :
- Environ 5 100 nouveaux diagnostics de VIH en France, un niveau globalement stable après une hausse observée entre 2020 et 2023.
- 43 % des infections à VIH diagnostiquées à un stade tardif, avec 27 % à un stade avancé, soulignant le retard de diagnostic pour une part importante des personnes concernées.
- Parmi les personnes vivant avec le VIH en 2023 (estimation ≈ 181 000 personnes), 94 % étaient diagnostiquées, 96 % d’entre elles recevaient un traitement antirétroviral et 97 % des personnes traitées avaient une charge virale indétectable au seuil de 200 copies/ml.
- Une augmentation récente de l’importance des jeunes : les moins de 24 ans représentaient environ 15 % des découvertes de séropositivité en 2023.
Qui est concerné ? Évolution par population
Les tendances varient selon les populations, avec des dynamiques distinctes qui appellent des réponses adaptées :
- Hommes ayant des rapports sexuels avec des hommes (HSH) nés en France : stabilité des découvertes après une baisse entre 2012 et 2022 ; environ 48 % des diagnostics sont précoces. On estime qu’environ 2 700 personnes vivant avec le VIH restent non diagnostiquées dans ce sous-groupe.
- HSH nés à l’étranger : stabilisation après une hausse ; 59 % de ces personnes auraient été contaminées après leur arrivée en France. L’incidence avait augmenté jusqu’en 2023 et environ 900 personnes restent non diagnostiquées.
- Hétérosexuel·les né·es à l’étranger : légère baisse en 2024 après une hausse précédente ; 43 % de ces contaminations sont survenues après l’arrivée en France. Le diagnostic précoce est moins fréquent (environ 14 %) et on estime à 3 000 le nombre de personnes non diagnostiquées.
- Hétérosexuel·les né·es en France : stagnation après une baisse jusqu’en 2020 ; 40 % des diagnostics sont tardifs ou avancés et environ 2 800 personnes restent non diagnostiquées, majoritairement des hommes.
- Personnes trans ayant été contaminées par rapports sexuels : représentent environ 2 % des diagnostics, avec stabilisation depuis 2021 ; plus de la moitié sont coinfectées par une IST et moins de 200 personnes sont estimées non diagnostiquées.
- Usagers de drogues injectables (UDI) : environ 1 % des diagnostics, globalement stables ; les programmes de réduction des risques montrent leur efficacité, mais 43 % des diagnostics sont tardifs et moins de 200 personnes seraient non diagnostiquées.
Dépistage : gains récents mais marges d’amélioration
Le dépistage des IST et du VIH a progressé entre 2022 et 2024, porté par des mesures facilitant l’accès aux tests. Depuis 2022, le dépistage du VIH peut se faire en laboratoire sans ordonnance et sans frais pour certaines situations ; ce dispositif a été étendu en septembre 2024 à quatre autres IST (dont la chlamydiose, la gonococcie et la syphilis), avec une prise en charge financière renforcée pour les jeunes.
Malgré ces avancées, la part importante de diagnostics tardifs reste préoccupante : plus un diagnostic est posé tard, plus les risques de complications individuelles et de transmission restent élevés. Le dépistage régulier est donc primordial, en particulier pour les personnes à risque élevé ou ayant des comportements sexuels exposés.
État des IST bactériennes et tendances chez les jeunes
Les diagnostics d’IST ont continué d’augmenter entre 2022 et 2024. Quelques tendances notables :
- La syphilis a vu une augmentation de l’incidence chez les femmes (+24 %), ce qui accroît le risque de transmission materno‑foetale, notamment dans certaines régions d’outre‑mer où l’incidence est plus élevée.
- Les diagnostics d’infections à gonocoque ont fortement augmenté chez les 15‑25 ans (+38 % entre 2022 et 2024).
- Globalement, si les femmes bénéficient davantage du dépistage remboursé, les diagnostics restent plus fréquents chez les hommes pour certaines IST, notamment la chlamydiose, la gonococcie et la syphilis.
Ces évolutions soulignent la nécessité d’adapter les messages de prévention et d’accroître l’accessibilité des services pour les jeunes et les populations vulnérables.
Dispositifs récents : accès au dépistage sans ordonnance
Le dispositif mis en place en 2022, puis élargi en 2024, permet à davantage de personnes d’effectuer des tests en laboratoire sans ordonnance et sans frais dans certaines conditions d’âge. Pour rendre le dépistage plus accessible, la prise en charge est complète pour les 18‑25 ans et partielle pour les personnes plus âgées, afin de lever les freins financiers et administratifs.
Les premiers mois d’utilisation du dispositif élargi montrent une forte mobilisation des jeunes : le nombre mensuel de personnes de moins de 25 ans testées pour le VIH via ce dispositif a doublé, et entre 44 et 50 % des personnes dépistées durant les premiers mois étaient âgées de 18 à 25 ans — signe que l’offre rencontre une demande réelle.
Prévention ciblée : pourquoi et comment ?
Les données 2024 confirment que la prévention générale doit être complétée par des actions ciblées, adaptées aux caractéristiques et aux besoins des populations les plus exposées. Parmi les outils de prévention efficaces figurent :
- Le préservatif, mesure de protection largement accessible et efficace contre de nombreuses IST et le VIH.
- La prophylaxie pré-exposition (PrEP) pour les personnes à risque élevé, qui réduit significativement le risque d’acquisition du VIH lorsqu’elle est utilisée correctement.
- La vaccination pour prévenir certains virus transmissibles sexuellement, notamment l’hépatite B et le papillomavirus humain (HPV), selon les recommandations vaccinales en vigueur.
- L’offre de dépistage régulière et adaptée (rythme trimestriel pour certaines populations à risque, par exemple).
- Les actions d’information et d’éducation à la sexualité, notamment auprès des jeunes, pour favoriser des comportements protecteurs et lever la stigmatisation.
Exemples d’actions à promouvoir
- Campagnes ciblées vers les populations les plus exposées (jeunes, personnes originaires d’Afrique subsaharienne, HSH, personnes trans, UDI).
- Renforcement de l’offre de dépistage anonyme et gratuit dans les centres et en laboratoire pour les groupes prioritaires.
- Partenariats locaux avec les associations et structures de terrain pour faciliter l’accès aux soins et au suivi.
Déterminants sociaux : un facteur majeur
Le bulletin thématique publié pour la Journée mondiale met l’accent sur le rôle des déterminants sociaux — niveau socio‑économique, accès à l’éducation, discrimination, origine géographique — dans la dynamique du dépistage et de la prévention. Ces facteurs influencent l’accès à l’information, la confiance dans le système de santé et la capacité à se faire dépister et à suivre un traitement.
Par exemple, 37 % des personnes contaminées en 2024 sont nées en Afrique subsaharienne, et les hétérosexuel·les né·es à l’étranger représentent une part importante des nouvelles contaminations. Ces constats appellent des stratégies combinant prévention biomédicale, actions de proximité et réduction des inégalités sociales.
Que peut faire chaque personne ?
Pour se protéger et protéger les autres, quelques réflexes simples mais essentiels :
- Se faire dépister régulièrement, surtout en cas de comportements à risque ou de partenaires multiples.
- Utiliser systématiquement des préservatifs lors de rapports sexuels non protégés pour réduire le risque de transmission d’IST et du VIH.
- Considérer la PrEP si l’on appartient à un groupe à risque élevé et en discuter avec un professionnel de santé.
- Vacciner selon les recommandations (hépatite B, HPV) et se renseigner sur les moyens de prévention disponibles.
- Lever la stigmatisation et favoriser des échanges ouverts avec les professionnels de santé et les structures spécialisées.
Conclusion
Les chiffres 2024 montrent des avancées en matière d’accès au dépistage, mais aussi des limites persistantes, en particulier le pourcentage élevé de diagnostics tardifs. L’amélioration durable du dépistage et de la prévention nécessite des réponses ciblées, des actions pour réduire les inégalités sociales de santé et une mobilisation continue des acteurs de terrain. À l’occasion de la Journée mondiale contre le sida, l’objectif reste clair : dépister plus tôt, prévenir mieux, et accompagner sans discrimination pour réduire les transmissions et protéger la santé de tous.