Le 1er décembre, Journée mondiale de lutte contre le sida, est l’occasion de faire le point sur l’épidémie de VIH en France et sur l’évolution des infections sexuellement transmissibles (IST). Les données 2024 confirment que le dépistage et la prévention restent les leviers majeurs pour réduire les transmissions : environ 5 100 personnes ont découvert leur séropositivité l’an dernier et 43 % des infections ont été identifiées à un stade tardif, dont 27 % à un stade avancé.
Pourquoi le dépistage est-il crucial ?
Un diagnostic précoce permet d’engager rapidement un traitement antirétroviral efficace, d’améliorer la santé individuelle et de réduire fortement le risque de transmission. Les chiffres montrent qu’une très large majorité des personnes vivant avec le VIH et prises en charge bénéficient d’un traitement et que, parmi celles traitées, la charge virale est indétectable pour la quasi-totalité, ce qui annule le risque de transmission sexuelle.
Des diagnostics tardifs qui posent problème
Le fait que 43 % des découvertes de séropositivité soient faites à un stade tardif indique que certaines personnes ne se testent que lorsqu’elles ont des symptômes ou des complications. Cela retarde l’accès aux soins et maintenance d’une charge virale indétectable. Le dépistage régulier est donc essentiel, en particulier pour les personnes à risque élevé ou exposées durablement.
Tendances 2024 par population
Les tendances ne sont pas homogènes selon les groupes de population. Plusieurs situations méritent une attention particulière :
- Hommes ayant des rapports sexuels avec des hommes (HSH) nés en France : stabilité des découvertes après une baisse sur la décennie précédente, avec près de la moitié des diagnostics faits précocement.
- HSH nés à l’étranger : stabilisation après une hausse, de nombreux cas survenant après l’arrivée en France.
- Personnes hétérosexuelles nées à l’étranger : elles représentent une part importante des nouvelles contaminations, avec une proportion notable de diagnostics tardifs.
- Hétérosexuel·les né·es en France : stagnation des nouvelles découvertes, avec une part importante de diagnostics tardifs ou avancés.
- Personnes trans et usagers de drogues injectables (UDI) : petites proportions des diagnostics mais des signes de stabilisation et des besoins spécifiques de prévention et d’accompagnement.
Une augmentation des dépistages et des diagnostics d’IST
Entre 2022 et 2024, le nombre de tests réalisés et les diagnostics d’IST ont augmenté. Ce progrès est en partie lié à des dispositifs facilitant l’accès au dépistage sans ordonnance et sans avance de frais pour certaines tranches d’âge. L’augmentation des tests permet de détecter plus tôt les infections, ce qui favorise la prise en charge rapide et la réduction des chaînes de transmission.
Focus sur les jeunes
Les jeunes (15–25 ans) ont représenté une part croissante des personnes dépistées et des diagnostics d’IST. Entre 2022 et 2024, les infections à gonocoque ont connu une hausse marquée chez les 15–25 ans. Le dispositif de dépistage sans ordonnance a montré un usage important par les 18–25 ans, contribuant à doubler le nombre de jeunes testés pour le VIH via ce dispositif sur ses premiers mois d’utilisation.
Outils de prévention et d’accès au dépistage
Pour limiter la transmission du VIH et des autres IST, plusieurs outils sont mobilisables et doivent être proposés de manière adaptée :
- Le préservatif : protection efficace, disponible et à promouvoir systématiquement.
- La PrEP (prophylaxie pré-exposition) : prévention médicamenteuse recommandée pour les personnes à risque élevé.
- Les tests de dépistage réguliers : autotests, tests rapides et analyses en laboratoire permettent des diagnostics précoces.
- La vaccination : notamment contre l’hépatite B lorsque cela est indiqué.
Faciliter l’accès : une priorité
L’élargissement des possibilités de dépistage sans ordonnance et la prise en charge financière pour les jeunes ont montré leur utilité en augmentant la fréquentation des tests. Il reste cependant nécessaire d’assurer que ces dispositifs soient connus, acceptés et disponibles partout, y compris dans les territoires d’outre-mer et dans les zones où l’offre de santé est plus limitée.
Prévention ciblée : pourquoi et comment ?
Les inégalités sociales et territoriales influencent fortement l’accès à l’information, au dépistage et aux soins. C’est pourquoi une prévention efficace doit être ciblée : informer, prévenir et dépister auprès des populations les plus exposées et des jeunes, adapter les messages selon les publics et travailler en partenariat avec les acteurs locaux et associatifs.
Mesures recommandées pour une prévention ciblée
- Renforcer les campagnes d’information adaptées aux langues et aux réalités culturelles des publics concernés.
- Déployer des actions de proximité : dépistages mobiles, maraudes, interventions dans les lieux fréquentés par les jeunes et les populations à risque.
- Former et soutenir les professionnels de santé et les intervenants de terrain pour proposer un accompagnement sans jugement.
- Assurer la continuité du suivi et l’orientation rapide vers les soins pour les personnes testées positives.
Conséquences en santé publique et recommandations
La combinaison d’un dépistage accru, d’un meilleur accès aux traitements et d’actions de prévention adaptées peut réduire significativement les nouvelles transmissions. Mais les données 2024 montrent qu’il reste des marges de progrès, notamment pour limiter les diagnostics tardifs et répondre aux inégalités sociales qui pèsent sur la santé sexuelle.
Parmi les recommandations clés figurent l’amplification des dispositifs de dépistage accessibles, le maintien et le développement d’actions ciblées envers les jeunes et les populations les plus exposées, ainsi que l’intégration des déterminants sociaux dans les stratégies de prévention. Les politiques de santé doivent également viser à garantir la continuité du parcours de soin, depuis le test jusqu’à l’accès au traitement et au suivi.
En pratique : à quel rythme se tester ?
La fréquence de dépistage dépend du risque individuel. Pour certaines personnes exposées de manière régulière, des tests trimestriels peuvent être recommandés, tandis que pour d’autres, un dépistage annuel ou occasionnel après un rapport à risque peut suffire. L’essentiel est de connaître son statut et de pouvoir agir rapidement en cas de résultat positif.
Conclusion
La Journée mondiale de lutte contre le sida 2025 rappelle l’importance du dépistage, de la prévention et de la réponse ciblée pour réduire les transmissions de VIH et des autres IST. Les progrès enregistrés en matière d’accès au dépistage et d’augmentation des tests sont encourageants, mais la persistance de diagnostics tardifs et les inégalités sociales exigent de poursuivre et d’amplifier les efforts : rendre le dépistage encore plus accessible, adapter les messages et les services aux besoins des populations vulnérables, et maintenir le lien entre prévention et soins.
Agir collectivement et localement, avec des outils adaptés et une attention soutenue aux déterminants sociaux, est la clé pour avancer vers l’objectif de contrôler durablement la transmission du VIH et des IST.