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Greffes 2025 : la France bat un record (6 148) — mais la pénurie d’organes persiste

La France a réalisé 6 148 greffes en 2025, un niveau inédit qui place le pays parmi les meilleurs au monde. Malgré ce progrès, plus de 23 000 patients restent en attente et le taux de refus familial atteint un record, compromettant l’accès à la greffe.

Avec 6 148 transplantations réalisées en 2025, la France a franchi un palier inédit, selon les données publiées par l’Agence de la biomédecine. Ce résultat dépasse le précédent record de 2017 et confirme la place du pays parmi les plus actifs au monde en matière de greffes, derrière l’Espagne et les Pays-Bas. Mais ce progrès, salué par les autorités sanitaires, ne masque pas une réalité inquiétante : les besoins restent très supérieurs aux moyens disponibles et des milliers de patients continuent d’attendre une greffe qui leur sauverait la vie.

Les chiffres clés de 2025

Le bilan 2025 fait ressortir plusieurs éléments marquants :

  • 6 148 transplantations réalisées, niveau historique pour la France ;
  • Le rein reste l’organe le plus transplanté, avec une part majoritaire des interventions ;
  • Plus de 600 greffes rénales proviennent de donneurs vivants, témoignant du développement des programmes de don familial et de prélèvement minimalement invasif ;
  • 23 294 patients étaient inscrits sur la liste d’attente fin 2025, dont 11 642 en situation d’urgence ;
  • 966 patients sont décédés en 2025 faute de greffon disponible.

Ces chiffres montrent le double visage du système : d’un côté des équipes médicales capables d’augmenter nettement le nombre d’actes ; de l’autre, une demande qui reste massivement supérieure à l’offre et continue de coûter des vies.

Record de greffes, mais « cela ne suffit pas »

Marine Jeantet, directrice générale de l’Agence de la biomédecine, a salué les résultats en soulignant que « bonne nouvelle : on n’a jamais autant greffé » tout en rappelant que « cela ne suffit pas » face aux besoins. L’augmentation des greffes est le fruit d’efforts multiples : amélioration de l’organisation hospitalière, formation des équipes de prélèvement, recours accru au don vivant, et optimisation des techniques chirurgicales et de conservation des organes.

Cependant, la hausse du nombre de greffes ne compense pas l’ampleur de la file d’attente. Chaque année, des centaines de patients meurent en attendant un greffon adapté. Les délais d’attente sont particulièrement longs pour certaines catégories de patients, notamment ceux ayant des caractéristiques immunologiques complexes ou nécessitant des greffes pédiatriques.

Don vivant : progrès encourageants

Le don vivant, majoritairement pour les greffes rénales, continue de se développer et contribue de manière significative au chiffre global. Les techniques de prélèvement moins invasives, comme la laparoscopie, réduisent la convalescence des donneurs et facilitent les interventions. Les programmes d’échange de donneurs et de paires incompatibles permettent aussi d’augmenter le nombre de greffes réalisées à partir d’un don vivant.

Malgré ces avancées, le don vivant ne peut pas totalement compenser le déficit d’organes issus de donneurs décédés. Le recours au don vivant soulève aussi des enjeux éthiques et organisationnels : information complète des donneurs, suivi médical et psychosocial à long terme, et protection contre toute forme de pression ou de commercialisation.

Une opposition croissante au prélèvement d’organes

Parallèlement à la progression des greffes, la France observe une augmentation notable du taux de refus familial après un décès en état de mort encéphalique. En 2025, le taux de refus a atteint 37,1 %, un niveau record. Ce phénomène ralentit fortement le nombre d’organes disponibles pour la transplantation.

Benoît Averland, responsable du prélèvement, a pointé plusieurs causes à cette hausse : une augmentation des inscriptions au registre national des refus, des rumeurs et fausses informations circulant sur les réseaux sociaux, et une méconnaissance des règles de désignation des donneurs. Certaines rumeurs évoquent des pratiques imaginaires, comme des prélèvements sur des personnes encore vivantes, qui contribuent à alimenter la peur et le refus familial.

Les jeunes et la défiance : un enjeu particulier

L’engagement des jeunes adultes (18-25 ans) apparaît en recul, selon les observateurs. Ce segment de la population est particulièrement exposé aux informations erronées diffusées en ligne. La confiance dans l’institution hospitalière et dans les procédures médicales est un axe majeur à travailler si l’on veut inverser la tendance des refus.

Conséquences humaines et sociales

Les conséquences de cette pénurie sont lourdes : allongement des listes d’attente, détérioration de la qualité de vie des patients dialysés, augmentation des hospitalisations et des complications, et, hélas, décès. Pour les patients en attente d’un rein, la dialyse représente une solution alternative mais imparfaite, avec des impacts physiques, psychologiques et économiques importants.

Les inégalités d’accès aux greffes peuvent aussi se creuser selon les territoires et les profils sociaux : l’organisation locale des prélèvements et des transplantations, la proximité avec des centres référents et la capacité à suivre un parcours de soins post-greffe influencent les chances d’obtenir une greffe dans des délais raisonnables.

Pourquoi le taux de refus augmente-t-il ?

Plusieurs facteurs expliquent la montée du refus familial :

  • désinformation et rumeurs circulant sur les réseaux sociaux ;
  • méconnaissance du droit français (système d’opposition implicite) et du rôle du registre national des refus ;
  • manque de communication claire et précoce entre proches sur la volonté de donner ses organes ;
  • peur liée à la déformation des procédures médicales dans l’imaginaire collectif ;
  • défaillances ponctuelles dans l’accompagnement des familles au moment délicat du prélèvement.

Les mesures proposées pour inverser la tendance

Face à ces constats, autorités et associations ont mis en avant plusieurs pistes pour augmenter le nombre d’organes disponibles et restaurer la confiance :

  • renforcer l’information et l’éducation dès le lycée et l’université, avec des campagnes adaptées aux jeunes et une présence sur les plateformes numériques où circulent les fausses informations ;
  • améliorer la communication de proximité entre équipes hospitalières et familles, en formant davantage les coordinateurs de prélèvement à l’écoute et à l’accompagnement ;
  • rendre les procédures plus transparentes, en publiant des données compréhensibles et en expliquant étape par étape le parcours du prélèvement et de la greffe ;
  • développer le don vivant en garantissant des protections renforcées pour les donneurs et en assurant un suivi médical et psychologique durable ;
  • lutter contre les fausses informations par des dispositifs rapides de vérification et de réaction, et en associant des témoins et des patients greffés aux campagnes de confiance ;
  • adapter l’organisation hospitalière pour améliorer la prise en charge des donneurs potentiels, en particulier dans les services d’urgence et de réanimation.

Exemples d’actions concrètes

  1. Lancement de modules pédagogiques obligatoires dans certains cursus de santé et de communication sur la transplantation pour les étudiants ;
  2. campagnes de témoignages de donneurs vivants et de receveurs pour humaniser le discours et réduire les craintes ;
  3. création d’équipes mobiles de coordination du prélèvement dans les territoires éloignés pour sécuriser les procédures et diminuer les pertes d’organes potentielles ;
  4. renforcement des outils de traçabilité et d’information accessibles au public pour montrer le cheminement de l’organe, du prélèvement à la greffe.

Le rôle des associations et des professionnels

Les associations de patients et les collectifs comme Renaloo jouent un rôle central en alertant sur les conséquences humaines des retards et en portant la voix des personnes en attente. Yvanie Caillé, présidente d’une association nationale, a qualifié les résultats 2025 « d’alarmants » en rappelant que « neuf patients sur dix en attente de greffe ont besoin d’un rein » et que les retards coûtent des vies. Ces acteurs participent aussi aux programmes d’information, accompagnent les familles et soutiennent les donneurs vivants.

Du côté des professionnels, la mobilisation reste forte : équipes de chirurgie, anesthésistes, réanimateurs, coordonnateurs de prélèvement et infirmiers travaillent en réseau pour augmenter la performance du système de transplantation. L’amélioration des pratiques et la mutualisation des expériences entre centres sont des leviers importants pour maintenir la dynamique positive en matière de greffes.

Que peut faire un citoyen ?

Plusieurs gestes simples peuvent aider à améliorer la situation :

  • parler de sa volonté de don avec ses proches pour lever toute ambiguïté le jour où une décision doit être prise ;
  • se renseigner sur le fonctionnement du système de don et sur le registre national des refus pour connaître ses droits ;
  • partager des informations fiables et sourcées, et signaler ou éviter de relayer des rumeurs non vérifiées sur les réseaux sociaux ;
  • si possible, soutenir les associations qui accompagnent les patients et promeuvent le don d’organes.

Conclusion

Le record de 6 148 greffes en 2025 est une avancée majeure pour la France : il témoigne du savoir-faire médical et de l’engagement des équipes hospitalières. Cependant, le bilan met en lumière des défis persistants : une liste d’attente trop longue, un taux de refus familial en hausse et des vies perdues faute de greffons. Inverser cette trajectoire demandera une action concertée : information ciblée, lutte contre la désinformation, amélioration de l’accompagnement des familles, et soutien au développement du don vivant dans un cadre éthique strict. Il s’agit d’un enjeu collectif, médical et humain, qui nécessite une mobilisation durable de tous les acteurs de la société.

Publié le 20/02/2026 — Réécriture informative pour Santé Quotidien.

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