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Fin de vie : le projet de loi sur l’aide à mourir revient à l’Assemblée, mais l’adoption reste incertaine

Le texte controversé sur la fin de vie revient ce soir à l’Assemblée nationale, avec deux propositions de loi distinctes sur l’aide à mourir et les soins palliatifs. Malgré la priorité présidentielle, l’adoption définitive reste compromise en raison du rejet du Sénat et d’un calendrier parlementaire chargé.

La question de la fin de vie revient au cœur du débat parlementaire. Ce lundi soir, l’Assemblée nationale examine à nouveau deux propositions de loi visant à encadrer l’accompagnement des malades en fin de vie : l’une axée sur les soins palliatifs, largement consensuelle dans ses intentions, l’autre, très sensible, ouvrant la voie à un droit à l’aide à mourir. Après une première adoption à l’Assemblée en mai, le texte porté par le député Olivier Falorni avait été rejeté par le Sénat, relançant une procédure aux contours aujourd’hui incertains.

Un retour attendu mais loin d’être acquis

Lors de la première lecture, le projet de loi sur l’aide à mourir avait recueilli un vote favorable à l’Assemblée (305 députés pour, 199 contre). Depuis, le Sénat a opposé un refus, marquant l’écart entre les deux chambres. Le gouvernement et le président Emmanuel Macron avaient pourtant placé la fin de vie parmi les priorités annoncées pour 2026. Mais l’annonce d’une priorité politique ne suffit pas à neutraliser les obstacles institutionnels et politiques sur la route d’une adoption définitive.

Concrètement, le texte prévoit la création d’un « droit à l’aide à mourir » qui autoriserait, pour un patient le souhaitant, l’administration ou l’autoadministration d’une substance létale, sous conditions médicales strictes et garanties procédurales. Le projet prévoit aussi des dispositions pour ceux qui ne seraient pas physiquement en mesure d’ingérer une substance : il autoriserait alors une administration par un professionnel de santé, médecin ou infirmier, dans un cadre défini. Ces mesures suscitent des oppositions fortes, y compris au sein des familles politiques traditionnellement proches.

Deux textes, des enjeux distincts

Les propositions de loi présentées cette semaine sont bifaces : l’une vise à renforcer l’accès et la qualité des soins palliatifs, en proposant notamment un droit opposable pour les soins palliatifs qui avait été validé lors de la première lecture mais supprimé par le Sénat. L’autre porte sur la création d’un droit opposable à l’aide à mourir, avec toute la complexité éthique et juridique qu’un tel dispositif implique.

Le texte sur les soins palliatifs recueille un soutien relativement large : professionnels de santé, associations et élus s’accordent sur la nécessité d’améliorer l’offre, de réduire les délais d’accès et de garantir une meilleure formation des équipes. Mais la bataille sur le volet palliative ne doit pas masquer les tensions profondes autour de l’aide à mourir, qui divise non seulement les bancs opposés mais aussi certains groupes parlementaires eux-mêmes.

Calendrier parlementaire et obstacles pratiques

La présidente de l’Assemblée, Yaël Braun-Pivet, et le député Olivier Falorni espèrent que la loi puisse être adoptée avant la pause estivale. Reste que le calendrier est déjà fortement chargé et que d’autres priorités pèsent sur l’agenda. « Je ne vois pas comment il y a de la place », confiait récemment une ancienne ministre, illustrant le scepticisme qui entoure la capacité du gouvernement à dégager du temps parlementaire. Les sénateurs, de leur côté, ne souhaiteraient pas siéger en juillet en raison des élections sénatoriales, compliquant encore la perspective d’une adoption rapide.

Si l’Assemblée adopte à nouveau le texte sans accord avec le Sénat, la procédure prévoit la constitution d’une commission mixte paritaire (CMP) pour tenter de rapprocher les deux versions. En l’absence d’accord en CMP, le projet devra de nouveau être examiné par les deux assemblées — une situation qui pourrait prolonger la navette parlementaire et retarder la promulgation d’une éventuelle loi.

Positions politiques et risques de blocage

Olivier Falorni se dit confiant quant à la capacité du gouvernement et du chef de l’État à inscrire le texte à l’ordre du jour et à prendre les décisions nécessaires pour aboutir. Il avertit toutefois que certains pourraient adopter une stratégie de « pourrissement » en espérant que le dossier finisse par s’éteindre faute de majorité claire. Cette crainte illustre la fragilité de la majorité parlementaire sur un sujet aussi clivant.

Du côté du gouvernement, la priorité donnée par Emmanuel Macron lors de ses vœux du 31 décembre — « nous irons, enfin, au bout du travail législatif sur la question de la fin de vie dans la dignité » — marque une volonté politique. Mais la volonté présidentielle ne résout pas automatiquement les divergences parlementaires ni les inquiétudes éthiques exprimées par certains professionnels de santé, croyants, associations de patients et citoyens.

Enjeux éthiques et garanties prévues

Les débats sur l’aide à mourir conjuguent des considérations médicales, juridiques et morales. Les promoteurs du texte insistent sur les garanties : évaluations médicales approfondies, consultations pluridisciplinaires, procédures de vérification, délais de réflexion et dispositifs pour éviter toute pression indue sur les personnes vulnérables. Ils rappellent aussi l’importance d’un encadrement strict pour distinguer l’aide à mourir d’autres pratiques interdites.

Les opposants, eux, mettent en avant le risque d’atteinte à la protection des plus fragiles, le basculement progressif vers des pratiques moins contrôlées et les conséquences pour la relation de confiance entre patients et soignants. Certains redoutent également les effets psychologiques et sociaux d’une légalisation, tandis que d’autres soulignent l’importance de renforcer prioritairement l’offre palliative plutôt que d’ouvrir la voie à une aide active à mettre fin à la vie.

Questions soulevées par les professionnels de santé

  • Quelle formation et quelle responsabilité pour les soignants appelés à administrer une substance létale ?
  • Comment garantir le consentement libre et éclairé des patients, surtout en cas de troubles cognitifs ou de pressions familiales ?
  • Quels dispositifs de contrôle et de transparence mettre en place pour éviter les dérives ?

Scénarios possibles après les nouvelles lectures

Plusieurs issues sont envisageables dans les semaines qui viennent :

  • Une nouvelle adoption à l’Assemblée suivie d’un compromis trouvé en commission mixte paritaire, aboutissant à une loi votée par les deux chambres.
  • L’adoption à l’Assemblée sans concession, suivie d’un nouveau rejet sénatorial et d’une longue navette parlementaire qui peut durer plusieurs mois.
  • Un blocage effectif si le gouvernement ne parvient pas à dégager une majorité stable, avec la possibilité que le dossier soit repoussé à une session parlementaire ultérieure.

Ces scénarios dépendent autant des équilibres politiques que des arbitrages du gouvernement sur l’inscription dans l’agenda parlementaire — responsabilité souvent évoquée dans le bureau du ministre chargé des relations avec le Parlement, Sébastien Lecornu, qui se retrouve au centre d’un dilemme : concilier la priorité présidentielle et la réalité contrainte du calendrier législatif.

Ce que changerait le texte pour les patients

Pour les patients qui souhaitent aujourd’hui disposer d’une option d’aide active, la loi proposerait un cadre légal et sécurisé, avec des conditions claires et des recours. Le texte veut garantir que la décision soit prise librement, après un processus de vérification médicale rigoureux. Il vise à tenir compte des situations où la douleur ou la perte d’autonomie rendent la vie intolérable pour certains malades.

Pour d’autres, la priorité restera le développement des soins palliatifs, afin d’éviter que des personnes choisissent l’aide à mourir par défaut, faute d’un accompagnement adapté. Le rétablissement éventuel d’un « droit opposable » aux soins palliatifs, validé lors de la première lecture mais supprimé au Sénat, est au cœur de ce double enjeu.

Conclusion : un débat qui dépasse le Parlement

La reprise des débats à l’Assemblée relance un grand débat national sur la fin de vie, qui dépasse les clivages partisans et touche à des valeurs profondes. Au-delà des procédures législatives, il s’agit d’une question sociétale où se croisent douleurs personnelles, éthique médicale et responsabilités collectives. Quelle que soit l’issue parlementaire, le dossier exige des garanties fortes, une pédagogie soutenue et un dialogue ouvert avec les professionnels de santé, les associations et les citoyens.

La route vers une loi sur la fin de vie dans la dignité est encore longue et parsemée d’obstacles. Le vote solennel prévu et les prochaines semaines permettront de mesurer si la priorité présidentielle se traduit en décisions concrètes et si le Parlement, dans ses deux chambres, parviendra à concilier sécurité juridique, garanties éthiques et attentes sociales.

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