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Fin de vie : nouveau round à l’Assemblée, la promesse de Macron mise à l’épreuve

L'Assemblée nationale reprend l'examen de deux propositions de loi sur la fin de vie, l'une consacrée aux soins palliatifs, l'autre créant un droit à l'aide à mourir. Après le rejet du Sénat, le parcours législatif reste incertain malgré la priorité affichée par le président de la République.

Un nouvel épisode pour un texte qui peine à trouver son chemin. Ce lundi, l’Assemblée nationale rouvre le débat sur la fin de vie avec l’examen de deux propositions de loi : l’une axée sur le renforcement des soins palliatifs, l’autre, beaucoup plus sensible, visant à instaurer un « droit à l’aide à mourir ». Après un premier passage en mai marqué par l’adoption à l’Assemblée puis le rejet du Sénat, le parcours législatif repart dans une série d’étapes qui pourraient durer plusieurs mois.

Un marathon parlementaire aux nombreux obstacles

Les députés parlent d’un véritable marathon. Mais il ne s’agit pas d’une course linéaire : le texte sur la fin de vie est semé d’embûches politiques, institutionnelles et techniques. Adopté en première lecture à l’Assemblée, le projet portait la marque d’une majorité relative — 305 voix pour, 199 contre — mais a été rejeté au Sénat lors de débats très chaotiques. Ce rejet renvoie aujourd’hui l’initiative au point de départ du processus bicaméral, avec la perspective d’une commission mixte paritaire si un accord ne peut être trouvé.

Le calendrier est déjà très chargé. Le président de la République a pourtant fait de la fin de vie une priorité pour 2026, lors de ses vœux de fin d’année : « Nous irons, enfin, au bout du travail législatif sur la question de la fin de vie dans la dignité », avait-il déclaré. Mais la réalité parlementaire s’annonce plus concrète et plus lente : entre les autres textes à discuter, les contraintes du calendrier sénatorial et le risque de blocage par des stratégies de temporisation, rien n’est acquis.

Ce que prévoit le texte controversé

La proposition la plus contestée vise à créer un « droit à l’aide à mourir ». Concrètement, elle autoriserait et accompagnerait un malade qui le souhaite à s’administrer une substance létale, ou à se la faire administrer par un médecin ou un infirmier si la personne n’est pas physiquement en mesure de le faire elle-même. Le texte encadre ce dispositif par des conditions et des procédures destinées à limiter les dérives : critères médicaux, expertise pluriprofessionnelle, délais de réflexion, et possibilité de recourir à des instances indépendantes.

Parallèlement, une autre proposition se concentre sur les soins palliatifs, un volet sur lequel un consensus plus large semble possible. Les députés entendent notamment rétablir la création d’un « droit opposable » aux soins palliatifs, c’est-à-dire un droit susceptible d’être exigé judiciairement, qui avait été validé lors de la première lecture mais supprimé par le Sénat. Ce point reste central pour les défenseurs des patients : rendre effectif l’accès aux soins palliatifs implique des moyens, des formations et une organisation territoriale renforcée.

Points clés du texte sur l’aide à mourir

  • Création d’un droit encadré à l’aide à mourir pour des patients en souffrance incurable ou en état irréversible jugé insupportable.
  • Possibilité d’administration par un professionnel si le patient ne peut pas s’auto-administrer.
  • Procédures de vérification : avis médical multiple, évaluation de la souffrance physique et psychique, délais de réflexion.
  • Mécanismes de protection : droit à l’objection de conscience pour les soignants, recours à des commissions d’éthique et sanctions en cas de manquement.

Les positions politiques et les lignes de fracture

Le débat traverse les familles politiques. Certains députés, y compris au sein d’alliances supposées homogènes, sont profondément divisés. Le député Olivier Falorni, député du groupe Modem, qui porte le texte, reste confiant : « Je n’imagine pas une seconde que le gouvernement, et a fortiori le Président de la République, ne prenne toutes les décisions nécessaires en matière d’inscription dans le calendrier parlementaire pour faire en sorte que ce texte soit voté », affirme-t-il. Mais d’autres élus mettent en garde contre une adoption hâtive et appellent à une large concertation avec les professionnels de santé et les associations.

Du côté du Sénat, les réticences tiennent à la nature même du dispositif. Les sénateurs ont rejeté l’article central créant le droit à l’aide à mourir, arguant de risques éthiques et pratiques et mettant en avant la nécessité de consolider d’abord l’offre de soins palliatifs. Ils évoquent aussi des raisons institutionnelles et calendaires : les sénateurs, préoccupés par les élections sénatoriales, ne souhaitent pas siéger en juillet, ce qui complique le calendrier d’une seconde lecture.

Enjeux éthiques, médicaux et juridiques

Au-delà des querelles politiques, la question soulève des débats éthiques profonds. Comment concilier le respect de l’autonomie du patient et la mission de protection de la vie confiée aux soignants ? Quels garde-fous mettre en place pour éviter toute forme de pression sur des personnes vulnérables ? Le rôle de l’équipe soignante, la possibilité d’objection de conscience, la place des familles et la prise en compte de la souffrance psychique figurent parmi les points les plus débattus.

Sur le plan médical, les associations de palliative alertent sur l’importance d’investir dans les structures et les professionnels. Sans renforcement réel des moyens — équipes mobiles de soins palliatifs, unités dédiées, formation des praticiens —, l’argument selon lequel l’aide à mourir viendrait compléter une offre inexistante risque de s’imposer chez les opposants.

Questions juridiques

  • Comment définir légalement les conditions d’accès au dispositif sans laisser d’ambiguïté interprétative ?
  • Quelles voies de recours pour un patient dont la demande aurait été rejetée ?
  • Quel encadrement pour les personnels chargés d’administrer l’acte ?
  • Comment garantir la sécurité juridique des soignants et des institutions ?

Calendrier et scénarios possibles

Concrètement, le texte doit de nouveau être débattu à l’Assemblée, avec un vote solennel annoncé pour le 24 février. Si l’Assemblée adopte le texte en l’état, le Sénat devra le réexaminer. Faute d’accord entre les deux chambres, une commission mixte paritaire (CMP) pourrait être convoquée pour tenter de trouver un compromis. Si la CMP échoue, les lectures se succéderaient jusqu’à épuisement des possibilités de conciliation, ou jusqu’à adoption définitive d’un texte par l’Assemblée si la constitution le permet.

Plusieurs scénarios sont plausibles :

  • Adoption rapide d’un texte équilibré après retouches : possible, mais exige une majorité claire et des concessions des différentes familles politiques.
  • Blocage prolongé et stratégie du « pourrissement » : si le gouvernement ou certains groupes hésitent à pousser le texte dans le calendrier, le dossier peut stagner pendant des mois.
  • Compromis via une CMP : une issue intermédiaire mais délicate si les positions sont trop éloignées.

Quelles conséquences pour les patients et les professionnels ?

Si un droit à l’aide à mourir était instauré, cela modifierait en profondeur le cadre de la prise en charge des patients en fin de vie. Des protocoles précis, des formations et des dispositifs de suivi devraient être mis en place rapidement pour garantir une application sécurisée et éthique. Pour les professionnels, la question de l’objection de conscience et de la protection juridique serait cruciale.

Dans le cas inverse — si le texte échouait définitivement —, la revendication pour un meilleur accès aux soins palliatifs resterait au cœur des mobilisations. Les associations et certains élus appellent depuis longtemps à un renforcement des moyens pour que personne n’ait à choisir entre souffrir et partir sans accompagnement médical adapté.

Ce qu’il faut surveiller

  • Les débats à l’Assemblée et l’issue du vote solennel : premiers indicateurs de la faisabilité politique du texte.
  • La position du gouvernement et la gestion du calendrier parlementaire.
  • Les amendements visant à encadrer strictement les conditions d’accès et les garanties apportées aux professionnels.
  • Les réactions des associations de patients, des sociétés savantes et des organisations religieuses ou de défense des droits.

Le dossier de la fin de vie reste l’un des plus sensibles du débat public, à la croisée des convictions personnelles, de l’éthique médicale et des responsabilités politiques. La promesse affichée par le chef de l’État crée une pression politique, mais l’adoption d’un texte équilibré et durable dépendra d’un travail d’écriture législative patient, de garanties solides et d’une acceptation minimale par les chambres. Le rendez-vous parlementaire à venir éclairera la capacité de la classe politique à traduire une ambition présidentielle en une loi qui réponde aux exigences médicales, éthiques et sociales.

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