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Fin de vie : la loi repart à l’Assemblée, entre espoir et blocages

L'Assemblée nationale rouvre le dossier sensible de la fin de vie avec deux propositions de loi, l'une sur l'aide à mourir et l'autre sur les soins palliatifs. Malgré l'engagement du président et une majorité favorable à l'Assemblée, le chemin législatif reste semé d'obstacles après le rejet du texte par le Sénat.

Un bras de fer législatif. L’Assemblée nationale a rouvert lundi le dossier extrêmement sensible de la fin de vie, avec l’examen de deux propositions de loi distinctes : l’une consacrée aux soins palliatifs, l’autre portant sur la création d’un « droit à l’aide à mourir ». Si la première bénéficie d’un large consensus, la seconde divise profondément, y compris au sein des familles politiques, et se heurte déjà au calendrier parlementaire et au refus du Sénat lors d’une précédente lecture.

Retour à l’Assemblée après un rejet sénatorial

En mai dernier, le texte porté par le député Olivier Falorni avait été adopté à l’Assemblée par 305 voix contre 199 oppositions. Mais il avait ensuite été rejeté par le Sénat au terme de débats marqués par de fortes oppositions. De ce fait, le projet revient aujourd’hui devant les députés : une nouvelle lecture est engagée, avec un vote solennel programmé au 24 février.

Concrètement, la loi prévoit la création d’un « droit à l’aide à mourir » destiné à autoriser et accompagner un patient souhaitant mettre fin à sa vie, soit en s’administrant une substance létale lui‑même, soit en étant aidé par un médecin ou un infirmier si son état ne lui permet pas d’agir. Ce dispositif, longuement débattu, soulève des questions médicales, éthiques et juridiques majeures que les parlementaires devront trancher.

Un calendrier parlementaire difficile

La volonté présidentielle d’aller au bout du texte a été clairement exprimée : lors de ses vœux du 31 décembre, Emmanuel Macron a fait de la fin de vie l’une des priorités pour 2026. Mais l’inscription à l’ordre du jour et l’adoption effective ne dépendent pas seulement de la volonté du chef de l’Etat. Le calendrier est chargé et la place disponible pour les débats restreinte, selon des élus consultés.

Plusieurs facteurs rendent l’horizon incertain : la multiplication des projets de loi et des textes prioritaires, la contrainte des travaux du gouvernement et de l’Assemblée, et la perspective des élections sénatoriales qui dissuadent les sénateurs de siéger au mois de juillet. Autant d’éléments qui peuvent retarder l’aboutissement du processus législatif, même si certains députés et la présidente de l’Assemblée, Yaël Braun‑Pivet, souhaitent une adoption avant la pause estivale.

Ce qui va se jouer cette semaine

Lors des travaux en séance, les députés vont se pencher sur les deux volets du dossier :

  • les soins palliatifs : un texte plus consensuel qui vise notamment à renforcer l’accès aux plateformes de soins, les moyens en services hospitaliers et la question du « droit opposable » aux soins palliatifs, supprimé par le Sénat lors de la première lecture ;
  • l’aide à mourir : la mesure la plus polémique, qui instituerait un cadre légal permettant à un malade de recevoir une assistance pour terminer sa vie, avec les conditions et garanties à définir.

Les députés devront non seulement défendre leurs positions politiques, mais aussi répondre aux inquiétudes soulevées par des représentants du monde médical, des associations et des citoyens. La séance sera l’occasion d’amendements, de demandes de garanties et d’efforts de clarification sur les mécanismes de contrôle et les conditions d’accès au dispositif.

Vers une commission mixte paritaire ?

Si l’Assemblée adopte à nouveau le texte mais que le Sénat maintient son rejet, une commission mixte paritaire (CMP) pourrait être convoquée pour tenter de concilier les versions. Les députés sont aujourd’hui sceptiques sur la capacité d’une CMP à aboutir, tant les divergences paraissent profondes. En l’absence d’accord, les deux chambres devront procéder à de nouvelles lectures successives, prolongeant d’autant le calendrier.

Olivier Falorni, qui porte la proposition, se dit confiant et compte sur la dynamique de la majorité à l’Assemblée ainsi que sur le soutien de l’exécutif pour garantir l’inscription du texte dans le calendrier parlementaire. Mais certains redoutent une stratégie du « pourrissement » : laisser le projet s’enliser faute de majorité transpartisane ou d’arbitrage clair.

Enjeux politiques et sociaux

Le débat sur la fin de vie ne relève pas seulement d’une technicité juridique : il touche des convictions profondes sur la dignité, la souffrance, la place du médecin et l’autonomie du patient. Plusieurs lignes de fracture apparaissent :

  • les identités partisanes : des députés de sensibilités variées se retrouvent parfois sur des positions opposées, rendant la construction d’une majorité stable difficile ;
  • les dimensions éthiques et religieuses : des convictions morales ou religieuses motivent des oppositions fermes à l’idée d’autoriser une aide à mourir ;
  • les professionnels de santé : le rôle concret du médecin et de l’infirmier dans la mise en œuvre d’une aide à mourir soulève des questions de responsabilité, de consentement et de protection des soignants.

Parallèlement, la question des soins palliatifs rassemble davantage. La création d’un « droit opposable » aux soins palliatifs, portée par certains députés lors de la première lecture, vise à garantir un niveau minimal d’offre et d’accès partout sur le territoire. Sa suppression par le Sénat a nourri des critiques : pour ses partisans, renforcer les moyens et l’accessibilité des soins palliatifs est indispensable, quel que soit l’issue du débat sur l’aide à mourir.

Garantie, contrôles et sécurité juridique

Les discussions parlementaires devraient porter en particulier sur les garde-fous et les procédures destinées à éviter les dérives. Parmi les points qui devront être précisés ou débattus :

  1. les critères d’éligibilité au dispositif et la définition légale des conditions d’accès ;
  2. les procédures de consentement et la traçabilité des demandes ;
  3. les modalités d’intervention des professionnels de santé et les protections juridiques pour ces derniers ;
  4. les contrôles administratifs et judiciaires, ainsi que les recours pour les proches et les citoyens.

Ces éléments revêtent une importance cruciale : toute loi sur la fin de vie devra trouver un équilibre entre l’autonomie des personnes et les devoirs de protection collective, tout en offrant un cadre clair aux professionnels.

Quel calendrier possible ?

Plusieurs scénarios sont plausibles : une adoption rapide à l’Assemblée puis une nouvelle lecture au Sénat, suivie d’éventuelles navettes prolongées ; ou, si le Sénat confirme son rejet, un échec à court terme et un report du dossier à l’automne. Le ministère compétent et les bureaux des assemblées détiennent la clé du calendrier. Même avec une forte mobilisation à l’Assemblée et l’appui public de l’exécutif, rien ne garantit une adoption définitive avant l’été.

Ce que cherchent les citoyens et les associations

Associations de patients, collectifs de malades, syndicats médicaux et organisations de défense des droits mènent un travail de sensibilisation depuis des mois. Leurs demandes sont souvent articulées autour de deux priorités : garantir un accompagnement digne et améliorer l’accès aux soins palliatifs ; et, pour certains collectifs, obtenir un cadre légal sécurisant pour les personnes souhaitant une assistance pour mettre fin à leur vie.

Les parlementaires devront tenir compte de ces voix, qui portent des témoignages souvent puissants et personnels sur la souffrance et l’accompagnement en fin de vie.

Conclusion : une loi possible, mais pas acquise

Le dossier de la fin de vie illustre la difficulté de faire converger exigences médicales, sensibilités éthiques et arbitrages politiques. L’Assemblée nationale va devoir trancher à nouveau, dans un climat de forte attente et d’opposition maintenue au Sénat. Si l’inscription du texte au calendrier et l’appui de l’exécutif donnent des raisons d’espérer, le chemin vers une adoption définitive reste parsemé d’obstacles. Le 24 février constituera une étape importante, mais non forcément décisive, dans un processus qui pourrait encore s’étirer plusieurs mois.

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