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Fin de vie : l’Assemblée reprend la loi sur l’aide à mourir, mais le chemin reste semé d’obstacles

L’Assemblée nationale rouvre ce soir le débat sur deux propositions de loi concernant la fin de vie : l’une sur les soins palliatifs, l’autre sur la création d’un « droit à l’aide à mourir ». Malgré l’engagement présidentiel et le vote favorable en mai, le rejet par le Sénat complique une adoption définitive et laisse planer une incertitude sur le calendrier législatif.

L’Assemblée nationale va reprendre, ce lundi soir, l’examen de deux propositions de loi qui ravivent depuis plusieurs mois un débat politique et social intense : l’une visant à renforcer les soins palliatifs, l’autre proposant la création d’un « droit à l’aide à mourir ». Après une première lecture favorable à l’Assemblée en mai — adoptée alors par 305 voix contre 199 — le texte controversé sur l’aide à mourir a été rejeté au Sénat, provoquant une nouvelle navette parlementaire et laissant planer l’incertitude quant à une adoption définitive.

Ce que prévoient les deux textes

Les deux propositions soumises aux députés abordent des sujets voisins mais d’importance différente dans l’opinion et chez les élus :

  • Soins palliatifs : un texte plutôt consensuel visant à améliorer l’accès et la qualité des soins de fin de vie, et à rétablir la création d’un « droit opposable » aux soins palliatifs qui avait été validé lors de la première lecture avant d’être supprimé par le Sénat.
  • Aide à mourir : un texte beaucoup plus sensible qui propose la reconnaissance d’un « droit à l’aide à mourir », autorisant un patient souhaitant mettre un terme à ses souffrances à s’administrer une substance létale ou à se la faire administrer par un médecin ou un infirmier si la personne n’est pas physiquement en mesure de le faire.

Procédure parlementaire et calendrier

La trajectoire législative n’est pas linéaire. Après le vote favorable à l’Assemblée en mai, le Sénat a rejeté le texte sur l’aide à mourir au terme de débats houleux. Selon les règles de la procédure, le projet repartira à l’Assemblée pour une nouvelle lecture et, faute d’accord entre les deux chambres, une commission mixte paritaire (CMP) pourrait être convoquée pour tenter de concilier les versions. Les parlementaires eux-mêmes anticipent toutefois que la CMP pourrait ne pas aboutir sur un sujet aussi clivant, ce qui entraînerait de nouvelles lectures et retarderait l’adoption définitive.

Un vote solennel est prévu le 24 février, mais la date ne garantit pas l’adoption finale : si l’Assemblée vote à nouveau pour le texte et que le Sénat maintient son refus, le projet restera dans une situation d’impasse législative. Le calendrier parlementaire, déjà chargé, se révèle un obstacle concret : des voix au sein de la majorité et de l’opposition estiment qu’il ne sera pas facile d’inscrire ce dossier en priorité, d’autant que le Sénat ne souhaiterait pas siéger en juillet en raison des élections sénatoriales.

Un engagement présidentiel placé sous tension

Emmanuel Macron avait fait de la loi sur la fin de vie l’une de ses priorités pour 2026. Lors de ses vœux du 31 décembre, il a affirmé vouloir « aller enfin au bout du travail législatif sur la question de la fin de vie dans la dignité ». Ce soutien exécutif est un atout important pour le texte : certains parlementaires, comme Olivier Falorni (groupe Modem), se montrent confiants que le gouvernement et le président prendront les décisions nécessaires pour faire avancer le dossier.

Pour autant, cette priorité présidentielle se heurte à des réalités politiques et pratiques : arbitrages calendaires, divisions intrapolitiques, et sensibilité éthique du sujet qui fragilise les majorités. Certains députés redoutent la stratégie du « pourrissement » — laisser le dossier s’enliser jusqu’à ce qu’il ne puisse plus être traité —, tandis que d’autres plaident pour une mise à l’agenda rapide afin de trancher la question démocratiquement.

Positions politiques et divisions

Le texte divise non seulement l’échiquier politique mais aussi les sensibilités au sein des familles politiques elles-mêmes. Alors que la proposition sur les soins palliatifs rassemble un large consensus, la création d’un droit à l’aide à mourir provoque des dissensions marquées :

  • Des députés de la majorité présidentielle soutiennent le principe d’une réforme qui garantirait un cadre strict et des garanties pour les patients et les professionnels de santé.
  • Une partie de la droite et des sénateurs s’oppose à l’idée d’instituer un droit à l’aide à mourir, invoquant des risques éthiques et des conséquences pour la pratique médicale.
  • Des sensibilités écologistes, du centre et de la gauche sont partagées, oscillant entre l’exigence d’autonomie et la prudence face aux implications pratiques et déontologiques.

Ces divisions expliquent en grande partie le rejet sénatorial et alimentent l’incertitude quant à la possibilité de forger une majorité durable pour un texte aussi structurant.

Contenu concret du dispositif proposé

Le volet le plus controversé du projet consiste à institutionnaliser ce que le texte appelle un « droit à l’aide à mourir ». Concrètement, la proposition prévoit :

  1. La possibilité pour un patient atteint d’une maladie grave et incurable, souffrant de souffrances insupportables, de demander une assistance pour mettre fin à sa vie.
  2. L’autorisation d’une auto-administration d’une substance létale ou, si la personne est dans l’incapacité physique de le faire, la possibilité pour un médecin ou un infirmier de procéder à l’administration.
  3. Des conditions strictes d’accès : expertise médicale, avis de plusieurs praticiens, délais de réflexion, et dispositifs de contrôle afin d’éviter les dérives.

Le texte sur les soins palliatifs, quant à lui, met l’accent sur l’accès renforcé, la formation des professionnels, et la création d’un droit opposable pour garantir que chaque patient puisse bénéficier d’un accompagnement adapté en fin de vie.

Enjeux pour les professionnels de santé et les patients

Si la loi devait être adoptée, elle soulèverait des implications pratiques majeures pour les équipes médicales, les établissements et les services de soins : organisation des parcours, formation éthique et technique, création de protocoles de contrôle, et adaptation des structures pour garantir l’accès aux soins palliatifs.

Pour les patients et leurs proches, l’enjeu est double : d’une part, obtenir des garanties d’accès à des soins palliatifs de qualité ; d’autre part, encadrer la possibilité d’une aide à mourir pour ceux qui le demanderaient, avec des garanties judiciaires et médicales destinées à protéger les personnes vulnérables.

Scénarios possibles et calendrier prévisible

Plusieurs scénarios sont envisageables dans les semaines et mois à venir :

  • Adoption à l’Assemblée suivie d’un accord au Sénat : le scénario le plus rapide mais le moins probable compte tenu des dissensions constatées.
  • Nouvelle navette parlementaire et mise en place d’une commission mixte paritaire (CMP) : si la CMP aboutit, la loi pourrait être adoptée avant l’été; si elle échoue, le texte repartira pour de nouvelles lectures.
  • Blocage et report : le calendrier parlementaire et les priorités concurrentes pourraient conduire à un report après la période estivale, sinon à un abandon déguisé du texte.

Les déclarations publiques d’acteurs comme Olivier Falorni montrent une volonté d’aller jusqu’au bout du processus, mais la réalité politique laisse la route incertaine.

Conclusion : un débat qui dépasse l’Assemblée

Au-delà des péripéties parlementaires, la reprise du débat à l’Assemblée met en lumière une question de société profonde : comment concilier la liberté individuelle des personnes en fin de vie, la protection des plus vulnérables, et la déontologie médicale ? Qu’il s’agisse de mieux financer et structurer les soins palliatifs ou d’ouvrir, sous conditions, la possibilité d’une aide à mourir, les décisions qui seront prises toucheront des milliers de personnes et leurs familles.

Le calendrier législatif, les arbitrages politiques et les choix de société restent ouverts. Les débats à l’Assemblée nationale, attendus et suivis de près par les associations, les professionnels de santé et les citoyens, détermineront si la France parviendra à faire évoluer son cadre légal sur la fin de vie cette année, ou si la question restera à nouveau reportée.

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