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Fin de vie : l’Assemblée relance le texte sur l’aide à mourir, quel calendrier ?

L'Assemblée nationale reprend l'examen de deux propositions de loi sur la fin de vie, l'une sur les soins palliatifs et l'autre sur la création d'un droit à l'aide à mourir. Après le rejet du Sénat, l'adoption définitive reste incertaine en raison de divisions politiques et d'un calendrier parlementaire chargé.

Un nouveau round parlementaire s’ouvre autour d’un sujet lourd et sensible : la fin de vie. Ce lundi, l’Assemblée nationale reprend l’examen de deux propositions de loi visant à mieux accompagner les personnes en fin de vie, l’une centrée sur les soins palliatifs, l’autre sur la création d’un droit à l’aide à mourir. Après des allers-retours politiques et le rejet récent du texte par le Sénat, le parcours législatif reste incertain et soulève de nombreuses interrogations sur le calendrier et les garanties à fournir.

Retour sur une procédure mouvementée

En mai dernier, la proposition portée à l’Assemblée par le député Olivier Falorni avait été adoptée par 305 voix contre 199 oppositions lors d’une première lecture. Mais au Sénat, les débats ont été marqués par des tensions et le texte a ensuite été rejeté. Ce rejet renvoie aujourd’hui le dossier devant les députés, qui vont devoir se pencher à nouveau sur deux volets distincts : les soins palliatifs, généralement consensuels, et la question beaucoup plus controversée de l’aide à mourir.

Le président de la République avait pour sa part déclaré, lors de ses vœux du 31 décembre, faire de la loi sur la fin de vie l’une de ses priorités pour 2026. « Nous irons, enfin, au bout du travail législatif sur la question de la fin de vie dans la dignité », avait-il affirmé, rappelant un engagement pris en 2022. Cette impulsion présidentielle met la pression sur le calendrier parlementaire mais ne garantit pas pour autant une adoption rapide et définitive.

Ce que prévoit le texte controversé

La proposition la plus sensible vise à consacrer un « droit à l’aide à mourir ». Concrètement, elle prévoit d’autoriser et d’accompagner un malade qui le souhaite à s’administrer une substance létale, ou à la recevoir d’un tiers — médecin ou infirmier — si la personne n’est pas physiquement en mesure d’agir elle-même. Le texte comporte également, lors de sa première lecture, des dispositions relatives aux conditions et aux garanties entourant cette procédure.

Autre volet du dossier : la loi sur les soins palliatifs, jugée globalement consensuelle mais elle aussi source de débats. Les députés devront notamment se battre pour conserver la création d’un « droit opposable » aux soins palliatifs, mesure validée en première lecture mais ensuite supprimée par le Sénat. Pour de nombreux parlementaires et associations, renforcer l’accès aux soins palliatifs est une condition essentielle pour garantir une prise en charge digne et éviter des recours à l’aide à mourir par défaut.

Un calendrier serré et des obstacles politiques

Plusieurs obstacles pratiques menacent l’adoption rapide du texte. D’abord le calendrier parlementaire : l’agenda est déjà chargé et les ministres, dont le calendrier de Sébastien Lecornu, doivent arbitrer l’inscription des débats. Des voix s’interrogent sur la possibilité de trouver une place suffisante pour un dossier aussi complexe avant la pause estivale.

Ensuite, la procédure législative elle-même : faute d’accord entre Assemblée et Sénat, il faudra réunir une commission mixte paritaire (CMP) pour tenter de concilier les versions. Si la CMP n’aboutit pas, le texte devra être remis en lecture dans les deux chambres, prolongeant encore la procédure. Les sénateurs ont par ailleurs indiqué qu’ils ne souhaiteraient pas siéger en juillet en raison d’élections sénatoriales, ce qui limite la fenêtre utile pour boucler le dossier.

Sur le plan politique, la question divise profondément, y compris au sein des familles politiques. Si le texte sur les soins palliatifs rencontre un large consensus, la création d’un droit à l’aide à mourir suscite des oppositions fortes. Certains élus évoquent la possibilité d’une stratégie du « pourrissement » : laisser le texte stagner pour éviter une décision tranchée faute de majorité claire.

Les acteurs et leurs positions

  • Le député Olivier Falorni se dit confiant et attend que le gouvernement inscrive le texte au bon moment dans le calendrier parlementaire. Il revendique une démarche de respect de la volonté des malades et des garanties médicales.
  • La présidente de l’Assemblée, Yaël Braun-Pivet, et d’autres responsables parlementaires souhaitent une adoption avant l’été, mais cet objectif bute sur la réalité des emplois du temps et des priorités gouvernementales.
  • Le Sénat a manifesté des réticences importantes, notamment sur l’article créant le droit à l’aide à mourir, ce qui a conduit au rejet lors de l’examen sénatorial.
  • Les associations et professionnels de santé sont divisés : beaucoup réclament un renforcement des soins palliatifs et des protections, tandis que d’autres appellent à des garde-fous stricts ou s’opposent à la légalisation de l’aide à mourir.

Les enjeux éthiques et pratiques

Le débat dépasse le seul cadre juridique pour interroger des questions éthiques, médicales et de société. Comment concilier le respect de l’autonomie des patients avec la protection des personnes vulnérables ? Quelles garanties mettre en place pour éviter les dérives ? Quel rôle pour les professionnels de santé et quelle place pour la conscience professionnelle ?

Sur le plan pratique, il faudra préciser les conditions d’accès : critères médicaux, expertise psychiatrique éventuelle, délais, modalités d’administration, documentation et contrôle. La présence d’un droit opposable aux soins palliatifs a été défendue par certains comme un moyen d’éviter des demandes d’aide à mourir motivées par une insuffisance de prise en charge symptomatique ou sociale.

Scénarios possibles pour la suite

Plusieurs scénarios restent envisageables :

  1. Un accord rapide entre Assemblée et Sénat via une commission mixte paritaire, permettant une adoption avant l’été. Ce scénario exige des concessions et des compromis sur les articles les plus controversés.
  2. Une nouvelle lecture dans chaque chambre si la CMP échoue, allongeant la procédure jusqu’à l’automne ou au-delà, selon la cadence des travaux parlementaires.
  3. Un abandon de l’article le plus sensible pour ne retenir que les dispositions relatives aux soins palliatifs, afin d’obtenir une majorité plus large et d’avancer sur les aspects consensuels du dossier.
  4. Une mise en attente du texte si la majorité politique choisit de ne pas l’inscrire à l’agenda, stratégie qualifiée par certains de « pourrissement ».

Ce soir à l’Assemblée : à quoi s’attendre ?

Les députés vont débattre dans l’hémicycle de ces deux propositions de loi. Les échanges devraient mêler considérations médicales, prises de parole émotionnelles et calculs politiques. La séance de ce soir ne garantira pas l’issue finale, mais elle permettra de mesurer les lignes de fracture et la capacité des différents groupes à construire une majorité.

Pourquoi le débat importe

Au-delà de la procédure parlementaire, l’enjeu est humain : il s’agit de définir comment la société prend en charge les personnes en fin de vie, comment elle protège les plus vulnérables et comment elle reconnaît la dignité et l’autonomie individuelle. Les choix qui seront faits auront des répercussions concrètes dans les hôpitaux, en soins palliatifs et dans les familles.

Points clés à retenir

  • L’Assemblée reprend l’examen de deux textes sur la fin de vie : soins palliatifs et aide à mourir.
  • Le Sénat a rejeté le texte créant un droit à l’aide à mourir, compliquant le parcours législatif.
  • Le calendrier parlementaire et les divisions politiques rendent incertaine une adoption définitive avant l’été.
  • Les débats porteront autant sur les garanties et les procédures que sur des choix éthiques profonds.

La loi sur la fin de vie a désormais franchi plusieurs étapes et revient au centre de l’attention. Reste à savoir si le Parlement parviendra à transformer ce nouvel examen en une avancée législative rapide ou si, au contraire, le texte s’engouffrera dans un processus long et contentieux. Les prochaines séances et les arbitrages politiques seront décisifs pour savoir si le pays ira, « enfin », au bout du travail législatif annoncé.

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