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Fin de vie : l’Assemblée relance la loi prioritaire de Macron, mais l’adoption reste incertaine

L'Assemblée nationale reprend l'examen de deux propositions de loi sur la fin de vie, dont une créant un « droit à l’aide à mourir » très controversé. Malgré la volonté affichée d'Emmanuel Macron, les obstacles parlementaires et calendaires rendent une adoption définitive avant l’été incertaine.

Les députés vont de nouveau se pencher, cette semaine, sur un dossier qui cristallise depuis des années des débats éthiques, médicaux et politiques : la fin de vie. À l’Assemblée nationale, deux propositions de loi sont à l’ordre du jour — l’une axée sur le renforcement des soins palliatifs, l’autre visant à instaurer un « droit à l’aide à mourir ». La première bénéficie d’un consensus relatif ; la seconde divise profondément les bancs et promet des discussions tendues.

Un texte déjà passé, puis rejeté par le Sénat

Le projet porté au printemps dernier par le député Olivier Falorni avait franchi l’Assemblée avec un large soutien (305 voix pour, 199 contre), avant d’être rejeté par le Sénat au terme de débats agités. Le rejet sénatorial a renvoyé le dossier à l’Assemblée, qui doit désormais reprendre l’examen du texte et tenter de trouver une version susceptible d’obtenir une majorité durable. Concrètement, si l’Assemblée adopte de nouveau le texte, il faudra, faute d’accord entre les deux chambres, réunir une commission mixte paritaire ou engager de nouvelles lectures pour tenter de concilier les positions.

Ce que prévoit le texte sur l’aide à mourir

La proposition controversée établit un encadrement juridique pour autoriser et accompagner une personne malade qui souhaite mettre fin à ses jours par l’administration d’une substance létale. Le dispositif prévoit deux modalités : l’autoadministration par la personne elle-même si celle-ci en est physiquement capable, ou l’administration par un professionnel de santé — médecin ou infirmier — lorsque le patient ne peut pas procéder lui‑même à l’acte. Le texte distingue l’aide à mourir des pratiques existantes en matière d’arrêt des traitements ou de soins palliatifs, en créant un « droit » spécifique pour les personnes en souffrance insupportable.

Les garanties proposées

Pour limiter les dérives, le texte inclut plusieurs garde-fous : conditions d’éligibilité basées sur la gravité et l’irréversibilité de l’affection, évaluations médicales plurielles, délais de réflexion, et procédures d’information des proches. Le texte prévoit également des dispositifs de contrôle et de transparence afin de suivre les pratiques et d’éviter tout risque d’abus. Malgré ces précautions, de nombreux élus et acteurs de santé estiment que les garanties proposées ne suffisent pas ou, au contraire, sont trop contraignantes.

Soins palliatifs : un point d’accord fragile

La deuxième proposition, consacrée aux soins palliatifs, rencontre un accueil beaucoup plus favorable. Elle vise à améliorer l’accès aux soins de fin de vie, à renforcer les moyens humains et matériels, et à consacrer un droit opposable aux soins palliatifs — une disposition qui avait été adoptée en première lecture mais supprimée par le Sénat. Pour de nombreux professionnels de santé, le renforcement des soins palliatifs est une nécessité urgente : il permettrait d’accompagner dignement les personnes en fin de vie et de répondre à des souffrances parfois liées à un manque d’offre et de prise en charge.

Une priorité présidentielle affichée, mais des calendriers serrés

Emmanuel Macron avait indiqué, lors de ses vœux de fin d’année, faire de la loi sur la fin de vie l’une de ses priorités pour 2026. Cette impulsion politique place la question en haut de l’agenda, mais ne garantit pas une adoption rapide. Le gouvernement doit inscrire le texte dans le calendrier parlementaire, et plusieurs voix s’interrogent sur la possibilité de trouver des créneaux suffisants tant à l’Assemblée qu’au Sénat.

Les contraintes sont réelles : le calendrier législatif est déjà chargé avec d’autres textes, et la présidence des deux chambres peut juger difficile de dégager des délais compatibles avec un examen approfondi. Par ailleurs, certains sénateurs ont fait savoir qu’ils ne souhaiteraient pas siéger en juillet, invoquant notamment la période des élections sénatoriales et la nécessité d’organiser la préparation des scrutins. Ces considérations rendent incertaine la possibilité de parvenir à une adoption définitive avant la pause estivale.

Tensions politiques et divisions internes

Au-delà des oppositions classiques entre groupes politiques, la loi divise aussi au sein même des familles politiques. Sur cette question sensible, les positionnements personnels des élus pèsent souvent plus lourd que les consignes de vote. Certains responsables redoutent une stratégie du « pourrissement » — laisser le texte stagner sans décision claire — si une majorité stable ne se dessine pas à l’Assemblée.

Le porte-parole du groupe porteur du texte assure pour sa part qu’il compte sur la volonté du gouvernement et du Président de la République pour que la loi progresse. De son côté, l’opposition et plusieurs parlementaires de confession ou d’obédience humaniste ou conservatrice continuent d’alerter sur les risques éthiques et sociaux d’une légalisation de l’aide à mourir et sur les conséquences pour la relation médecin-patient.

Les enjeux pour les professionnels de santé

Les organisations médicales et les professionnels de la fin de vie sont divisés. Nombre de soignants soutiennent un meilleur accès aux soins palliatifs et saluent les mesures visant à renforcer les équipes et les structures. En revanche, l’idée qu’un médecin ou un infirmier puisse administrer une substance létale soulève des oppositions éthiques et déontologiques fortes pour d’autres. Le rôle du soignant, la protection de la liberté de conscience, et les conditions d’accompagnement des équipes sont autant de sujets qui seront débattus.

Points de vigilance évoqués par le corps médical

  • Respect de la liberté de conscience des professionnels ;
  • Formation et accompagnement des équipes confrontées à des demandes d’aide à mourir ;
  • Renforcement des réseaux de soins palliatifs pour éviter que l’aide à mourir ne devienne une réponse par défaut à des souffrances liées à un manque d’accompagnement ;
  • Mécanismes de contrôle et de suivi des situations pour garantir la protection des personnes vulnérables.

Quel calendrier possible ?

Le texte pourrait être soumis à un vote solennel à l’Assemblée nationale le 24 février, selon le calendrier annoncé. Mais l’adoption en séance ne signifie pas pour autant une mise en œuvre immédiate : si le Sénat confirme son refus ou modifie substantiellement le texte, il faudra reformuler un compromis ou revenir sur les points de divergence. La voie la plus probable, si les contradictions persistent, serait une nouvelle lecture dans chaque chambre ou la mise en place d’une commission mixte paritaire chargée de rapprocher les positions.

Si la commission mixte paritaire n’aboutit pas, le gouvernement pourrait, en dernier ressort, décider d’engager d’autres procédures parlementaires, mais chacune d’entre elles prend du temps et suppose des arbitrages politiques importants. Autant d’étapes qui rendent l’objectif d’une adoption définitive avant l’été ambitieux, sinon incertain.

Les perspectives et le débat public

La relance de ce dossier à l’Assemblée relance également le débat public en France. Associations de patients, familles, organisations religieuses, syndicats de médecins et de soignants, militants pour le droit à mourir dans la dignité : tous seront amenés à prendre la parole et à tenter de peser sur les arbitrages finaux. Le défi pour les parlementaires est de concilier la demande de dignité et de soulagement de la souffrance pour certaines personnes avec la nécessité de protéger les plus vulnérables et de maintenir la confiance dans le système de soins.

Conclusion

La reprise de l’examen de la loi sur la fin de vie à l’Assemblée marque une étape importante dans un long processus législatif. L’ambition d’Emmanuel Macron d’aller « au bout du travail législatif » pose un cadre politique clair, mais le chemin reste semé d’embûches : divergences d’approche entre élus, contraintes du calendrier parlementaire, résistances au sein du monde médical et sensibilités sociales fortes. Au-delà du vote, c’est toute la manière dont la société française souhaite gérer la question de la fin de vie — entre accompagnement palliative et reconnaissance d’un droit à l’aide à mourir — qui est aujourd’hui en débat. Les semaines qui viennent seront donc décisives pour savoir si ce texte pourra, malgré les obstacles, aboutir à un compromis durable.

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