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Fin de vie : l’Assemblée relance la loi, mais le parcours législatif reste incertain

L'Assemblée nationale se penche à nouveau sur deux propositions de loi concernant la fin de vie : l'une porte sur les soins palliatifs, l'autre sur la création d'un droit à l'aide à mourir. Malgré l'engagement du président à faire de ce texte une priorité en 2026, des obstacles politiques et calendaires rendent incertaine son adoption définitive.

Après plusieurs mois de bataille parlementaire, la question de la fin de vie revient au centre des débats à l’Assemblée nationale. Ce lundi, les députés examineront à nouveau deux propositions de loi : l’une visant à renforcer les soins palliatifs, largement consensuelle, l’autre, beaucoup plus sensible, instaurant un « droit à l’aide à mourir ». Si le texte a déjà été adopté en première lecture à l’Assemblée en mai dernier, son parcours a buté contre le Sénat qui l’a rejeté lors de débats houleux. Le chemin vers une adoption définitive apparaît désormais semé d’embûches politiques et calendaires.

Pourquoi le texte est de retour à l’Assemblée

La relance du dossier s’inscrit dans un engagement présidentiel : lors de ses vœux du 31 décembre, Emmanuel Macron avait fait de la loi sur la fin de vie l’une de ses priorités pour 2026, affirmant vouloir « en finir » avec l’absence de cadre clair pour accompagner les personnes en fin de vie. Ce signal politique a poussé les promoteurs du projet — et en premier lieu le député Olivier Falorni, porteur d’une proposition adoptée en mai par l’Assemblée — à remettre le texte à l’ordre du jour malgré la résistance persistante du Sénat.

La version adoptée en première lecture à l’Assemblée nationale avait rassemblé une majorité : le vote s’était soldé par 305 voix pour et 199 contre. Mais la suite a été moins favorable : au Palais du Luxembourg, le texte a été rejeté au terme de débats tendus. Concrètement, cela signifie que, même si l’Assemblée devait le valider à nouveau, la loi ne pourra être définitivement adoptée sans conciliation entre les deux chambres.

Un double projet : soins palliatifs et aide à mourir

Les deux textes examinés cette semaine sont très différents par leur contenu et par le niveau d’accord qu’ils suscitent. Le premier s’articule autour des soins palliatifs : il vise à renforcer l’offre, à améliorer la formation et l’accès, et prévoit la création d’un droit opposable aux soins palliatifs, une mesure qui avait été validée lors de la première lecture mais supprimée au Sénat. Sur ce volet, le consensus est plus large, même si des débats techniques sont attendus sur les modalités de mise en œuvre.

Le second texte porte sur la création d’un « droit à l’aide à mourir ». Il prévoit d’autoriser et d’accompagner une personne malade souhaitant mettre fin à ses jours à s’administrer une substance létale, ou à se la faire administrer par un médecin ou un infirmier si elle n’est pas physiquement en mesure de le faire. C’est ce dispositif, son encadrement et ses garanties, qui suscite l’opposition la plus vive, y compris au sein des formations politiques elles-mêmes.

Obstacles institutionnels et contraintes de calendrier

Plusieurs freins concrets rendent incertaine une adoption définitive rapide. D’abord, l’absence d’accord entre l’Assemblée et le Sénat oblige à la convocation d’une commission mixte paritaire (CMP) si les textes divergent. La CMP — composée de députés et de sénateurs — a pour mission de trouver un compromis sur les articles en litige. Si aucun accord n’est trouvé, la loi repart pour une nouvelle lecture dans chaque chambre et le processus peut s’enliser.

Ensuite, le calendrier parlementaire est déjà chargé. Plusieurs intervenants politiques pointent le manque de place pour inscrire ce dossier avant la pause estivale. Certains ministres et responsables parlementaires estiment difficile d’avancer rapidement, d’autant que les sénateurs ne souhaitent pas, selon des sources parlementaires, siéger en juillet en raison des élections sénatoriales. Face à ces éléments, la présidente de l’Assemblée, Yaël Braun-Pivet, et le député Olivier Falorni espèrent toutefois une adoption avant l’été, ambition qui reste fragile.

Le risque du « pourrissement »

Plusieurs acteurs politiques redoutent que le dossier ne suive la stratégie dite du « pourrissement » : laisser traîner le texte pour empêcher qu’il ne rassemble une majorité, ou espérer qu’il finisse par perdre son élan politique. Olivier Falorni lui-même a reconnu ce risque, tout en se déclarant confiant sur la capacité du gouvernement et du président à prendre les décisions nécessaires pour inscrire la loi dans le calendrier parlementaire.

Ce que prévoit précisément le texte sur l’aide à mourir

La proposition de loi relative à l’aide à mourir présente des dispositions concrètes visant à encadrer une pratique sensible. Parmi les points majeurs :

  • la création d’un droit d’accéder à une aide à mourir pour les personnes atteintes de pathologies lourdes et souhaitant mettre fin à leurs jours dans des conditions médicalement encadrées ;
  • l’autorisation pour la personne de s’administrer elle-même une substance létale ou, si elle n’en a pas la capacité physique, de se la faire administrer par un professionnel de santé (médecin ou infirmier) ;
  • des garde-fous procéduraux : évaluations médicales, consultations pluridisciplinaires, délais de réflexion, et mécanismes de contrôle pour prévenir les dérives ;
  • des mesures d’accompagnement et d’accès renforcé aux soins palliatifs pour s’assurer qu’il existe une alternative soignante réelle et accessible.

Ces éléments sont au cœur des débats : comment concilier le respect de l’autonomie et le devoir de protection des personnes vulnérables ? Quelle place pour la conscience des professionnels de santé ? Les réponses à ces questions déterminent en grande partie les positions des groupes politiques et le degré d’acceptation sociale du texte.

Enjeux politiques et éthiques

La fin de vie est à la fois un sujet médical, social et éthique. Il traverse des convictions personnelles, religieuses et professionnelles, et divise parfois au sein des mêmes familles politiques. Certains y voient un droit fondamental à disposer de sa vie et à échapper à la souffrance insoutenable ; d’autres y perçoivent un risque pour la protection des personnes fragiles et pour l’éthique médicale.

Sur le plan politique, l’enjeu est double : d’une part, répondre à une attente d’une partie de l’opinion publique et d’associations de patients et de familles ; d’autre part, gérer les résistances de sénateurs et d’élus sensibles aux arguments conservateurs ou soucieux de prudence. Le résultat des discussions conditionnera aussi la capacité du gouvernement à démontrer sa faculté à faire aboutir des réformes sociétales sensibles.

Scénarios possibles pour la suite

Plusieurs voies restent ouvertes :

  1. Un accord en commission mixte paritaire qui permettrait une adoption rapide du texte, avant la pause estivale, si des concessions suffisantes sont trouvées entre députés et sénateurs.
  2. Un échec de la CMP suivi d’allers-retours entre Assemblée et Sénat, prolongeant le processus et repoussant toute adoption définitive à l’automne ou au-delà.
  3. Une décision politique du gouvernement d’assurer la priorité parlementaire, en organisant des inscriptions et des calendriers contraignants pour forcer l’examen et la mise au vote — option qui dépendra de l’évaluation politique du risque et du soutien parlementaire.

Les prochains rendez-vous

Dans l’immédiat, les débats à l’Assemblée vont reprendre et un vote solennel est prévu le 24 février. Ce scrutin sera un test de la résistance politique du texte au niveau des députés. Si le texte est adopté, le chemin vers la promulgation reste conditionné à un accord avec le Sénat ou à la capacité du gouvernement à piloter la procédure pour éviter un enlisement.

Conclusion

La relance de la loi sur la fin de vie marque une étape importante, portée par un engagement présidentiel et par la détermination de députés favorables à l’instauration d’un cadre légal pour l’aide à mourir. Mais le dossier reste fragile : désaccords politiques, contraintes de calendrier et enjeux éthiques lourds rendent incertaine une adoption rapide et définitive. Les semaines à venir seront déterminantes pour savoir si le Parlement parviendra à concilier protection des personnes vulnérables, garanties médicales et reconnaissance d’un droit porté par une partie croissante de la société.

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