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Fin de vie : l’Assemblée relance la bataille législative, mais l’adoption reste incertaine

L’Assemblée nationale rouvre ce soir le débat sur deux propositions de loi sur la fin de vie, l’une consacrée aux soins palliatifs, l’autre à la création d’un « droit à l’aide à mourir ». Malgré l’engagement présidentiel, le calendrier parlementaire et le rejet préalable du Sénat rendent l’adoption définitive du texte incertaine avant l’été.

Un nouveau chapitre s’ouvre ce lundi à l’Assemblée nationale : les députés vont reprendre le débat sur la fin de vie, avec à l’ordre du jour deux propositions de loi distinctes. L’une, axée sur le renforcement et l’accès aux soins palliatifs, rassemble une large majorité d’accords. L’autre, plus controversée, vise à instituer un « droit à l’aide à mourir » et ravive des divisions profondes au sein des familles politiques comme parmi les professionnels de santé et la société civile.

Retour en séance après un parcours heurté

La première lecture de la proposition portée par le député du groupe Modem Olivier Falorni avait suscité de forts débats au printemps dernier : elle avait été adoptée par 305 voix contre 199. Mais le texte a été rejeté au Sénat après des débats qualifiés de chaotiques, et est donc renvoyé devant l’Assemblée pour une nouvelle discussion. Ce lundi soir, les députés examineront à la fois le volet sur les soins palliatifs et le volet sur l’aide à mourir. Un vote solennel est d’ores et déjà prévu le 24 février.

Ce que prévoit le texte contesté

La proposition la plus sensible crée ce que ses auteurs décrivent comme un « droit à l’aide à mourir » : elle prévoirait d’autoriser et d’accompagner une personne en fin de vie qui le demande à s’administrer une substance létale, ou à se la faire administrer par un professionnel de santé (médecin ou infirmier) si elle n’en est pas physiquement capable. Le texte comprend également des dispositions relatives aux conditions d’accès, aux garanties et aux contrôles pour tenter d’éviter les dérives, et se veut encadré par des critères médicaux et des procédures d’avis et de délais.

Le volet consacré aux soins palliatifs propose, lui, plusieurs mesures visant à améliorer l’accès aux prises en charge et la qualité des parcours : renforcement des moyens, formation des équipes, et — point de crispation avec le Sénat — la création d’un « droit opposable » aux soins palliatifs, qui obligerait l’État à garantir l’accès lorsque les besoins sont avérés.

Points clés du projet

  • Création d’un « droit à l’aide à mourir » encadré par des conditions médicales et des procédures de vérification.
  • Possibilité pour un professionnel de santé d’administrer la substance létale si le patient est incapable de le faire lui‑même.
  • Renforcement des soins palliatifs et proposition d’un droit opposable à ces soins.
  • Dispositifs de suivi, registre et contrôles destinés à prévenir les abus.

Pourquoi le texte divise

Sur le fond, les divisions opposent principalement deux logiques. D’un côté, des défenseurs de l’autonomie et de la dignité du patient estiment nécessaire de reconnaître un droit permettant à une personne en fin de vie, souffrante et selon des critères stricts, de décider de sa fin. Pour eux, l’accès encadré à une aide à mourir est la dernière garantie contre une douleur prolongée ou une fin dégradante.

De l’autre, des opposants redoutent des dérives éthiques, une banalisation du geste et une pression intériorisée sur les personnes vulnérables. Certains congrès médicaux, associations et élus plaident pour renforcer d’abord l’offre palliative, arguant que des soins palliatifs mieux financés et plus accessibles réduiraient les demandes d’aide active à mourir.

Arguments soulevés par chaque camp

  • Pour : respect de l’autonomie, réponse à la souffrance insupportable, encadrement strict pour limiter les abus.
  • Contre : risques de pressions indirectes, difficultés de définition des critères, enjeux éthiques pour les professionnels de santé.

Un calendrier parlementaire serré

Malgré la priorité affichée par le président de la République lors de ses vœux de fin d’année — la fin de vie figurant parmi ses trois priorités pour 2026 — la route législative reste incertaine. Le gouvernement et la présidence peuvent influer sur l’inscription du texte à l’agenda, mais le calendrier est déjà chargé. Plusieurs responsables politiques pointent l’encombrement des travaux et le peu de marge de manœuvre du ministre chargé du suivi parlementaire.

Le rejet par le Sénat complique la donne : en l’absence d’accord entre les deux chambres, il faudra tenter une commission mixte paritaire (CMP) pour concilier les textes. Si la conciliation échoue, la navette législative reprend et le projet devra repasser successivement devant l’Assemblée et le Sénat jusqu’à trouver une majorité concordante. Ce processus peut allonger significativement le calendrier et rendre difficile une adoption définitive avant la pause estivale.

Contraintes pratiques

  • Les sénateurs ont exprimé leur réticence à siéger en juillet, notamment à cause des élections sénatoriales, ce qui limite les plages disponibles pour statuer.
  • La pluralité des sujets à traiter à l’Assemblée et au Sénat ajoute des compétitions de priorité entre textes.
  • La possibilité d’une stratégie de « pourrissement » — laisser le texte s’enliser — a été évoquée par certains opposants politiques.

Les acteurs et leurs positions

Le député Olivier Falorni, principal porteur du texte, se dit confiant et assure que le gouvernement et la présidence prendront « toutes les décisions nécessaires » pour permettre l’inscription et le vote du texte. Yaël Braun-Pivet, présidente de l’Assemblée nationale, et d’autres responsables ont exprimé le souhait de voir le dossier aboutir avant la pause estivale.

À l’inverse, certains parlementaires et anciens ministres jugent que la question n’est pas forcément prioritaire au regard d’autres urgences et doutent de la disponibilité réelle du calendrier. Les syndicats hospitaliers, des associations de patients et des organisations médicales ont multiplié les prises de parole pour rappeler la complexité humaine et technique du sujet.

Scénarios possibles

Plusieurs issues sont envisageables dans les semaines et mois à venir :

  1. Adoption accélérée : le gouvernement favorise l’inscription et le texte est adopté en deuxième lecture puis validé en commission mixte paritaire ou par une lecture finale en Assemblée et Sénat.
  2. Navette prolongée : absence d’accord conduit à plusieurs allers-retours entre les deux chambres, retardant l’adoption au-delà de l’été.
  3. Rejet définitif : le Sénat ou l’Assemblée, après nouvelles discussions, rejettent à nouveau des dispositions clés, entraînant l’abandon ou la refonte du projet.

Quel impact pour les patients et les soignants ?

Au-delà des débats parlementaires et des enjeux politiques, la question touche directement des patients, des proches et des professionnels de santé. Pour certains patients en fin de vie, la perspective d’un accès encadré à une aide à mourir représente une réponse à la souffrance. Pour d’autres, la priorité reste la généralisation et l’amélioration des soins palliatifs qui permettent d’accompagner la fin de vie dans la dignité.

Du côté des soignants, le texte pose des questions de formation, de responsabilité juridique et de conscience professionnelle. La proposition prévoit des garde-fous, mais l’application pratique imposera une préparation des équipes et des structures pour garantir le respect des volontés du patient tout en protégeant les professionnels.

Conclusion

La reprise du débat à l’Assemblée nationale marque une nouvelle étape d’un dossier sensible et longuement débattu. Si la volonté politique est affichée au plus haut niveau, les contraintes procédurales, les divisions d’opinion et la densité du calendrier parlementaire rendent l’adoption définitive incertaine à court terme. Le processus législatif devra concilier exigences éthiques, garanties juridiques et réalités médicales pour aboutir à un texte à la fois protecteur et respectueux des choix individuels. Dans l’immédiat, les prochaines séances et les votes programmés seront surveillés de près : ils indiqueront si la France peut, cette année, franchir une étape majeure sur la législation de la fin de vie.

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