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Fin de vie : à l’Assemblée, un nouveau round pour une loi toujours incertaine

L’Assemblée nationale relance ce soir l’examen de deux propositions de loi sur la fin de vie, l’une axée sur les soins palliatifs et l’autre sur la création d’un droit à l’aide à mourir. Malgré la priorité présidentielle affichée pour 2026, le rejet par le Sénat et un calendrier parlementaire chargé rendent incertaine l’adoption définitive du texte avant l’été.

Un nouveau chapitre s’ouvre ce soir à l’Assemblée nationale : les députés vont de nouveau débattre de la fin de vie, autour de deux propositions de loi qui divisent profondément. L’une porte sur le renforcement des soins palliatifs et recueille un large consensus ; l’autre, beaucoup plus polémique, entend créer un droit à l’aide à mourir, et ravive des oppositions tant politiques que sociétales.

Contexte et précédent parlementaire

En mai dernier, la proposition portée par le député du groupe MoDem Olivier Falorni avait été adoptée à l’Assemblée par 305 voix contre 199, mais le texte a ensuite été rejeté par le Sénat au terme de débats houleux. Ce rejet a relancé la procédure : pour parvenir à un texte définitif, il faudra trouver un accord entre les deux chambres. Faute d’accord, la voie normale reste une nouvelle lecture à l’Assemblée puis au Sénat, voire la convocation d’une commission mixte paritaire si un terrain d’entente se dessine.

Le président de la République a inscrit la question de la fin de vie parmi ses priorités pour 2026, déclarant vouloir « aller au bout du travail législatif » engagé depuis 2022. Mais cette volonté politique se heurte à une réalité institutionnelle et politique plus complexe : calendrier parlementaire chargé, divisions au sein même des familles politiques et réticences affichées au Sénat.

Que prévoit le texte sur l’aide à mourir ?

La proposition la plus sensible instaure un « droit à l’aide à mourir » destiné à autoriser et accompagner un patient qui le souhaite à s’administrer une substance létale, ou à se la faire administrer par un médecin ou un infirmier si la personne n’est pas physiquement en mesure d’agir elle-même. Le débat porte autant sur les garanties à mettre en place — conditions d’accès, protocoles, contrôles — que sur les fondements éthiques et médicaux d’une telle responsabilité pour les professionnels de santé.

À côté de ce dispositif, la deuxième proposition de loi vise à renforcer l’offre et la qualité des soins palliatifs. Elle prévoit notamment des mesures pour augmenter les moyens, améliorer la formation des équipes et garantir un meilleur accès territorial aux prises en charge. Sur ce volet, un consensus plus large existe, bien que des désaccords subsistent quant à la création d’un droit opposable aux soins palliatifs, mesure validée en première lecture à l’Assemblée mais supprimée au Sénat.

Obstacles parlementaires et calendrier

Le calendrier est l’un des principaux obstacles. Le gouvernement et le président ont affirmé leur volonté d’avancer, mais le ministre chargé des Relations avec le Parlement, Sébastien Lecornu, doit composer avec une rentrée législative déjà surchargée. Certains observateurs et responsables politiques estiment qu’il sera difficile de trouver la place nécessaire pour conduire l’ensemble des débats et votes requis avant la pause estivale.

Les sénateurs, de leur côté, se montrent réticents à siéger en juillet, en raison notamment des élections sénatoriales. Sans leur disponibilité, une adoption définitive avant l’été paraît improbable. Si aucune majorité ni accord n’émerge entre les deux assemblées, la procédure risque de s’éterniser et certains craignent une stratégie de « pourrissement », consistant à laisser le texte végéter faute de consensus.

Position des députés et dynamique politique

Olivier Falorni, qui porte le texte à l’Assemblée, reste confiant et rappelle l’ampleur du vote de mai dernier. Pour lui, la détermination présidentielle et la majorité parlementaire doivent permettre de surmonter les oppositions. D’autres députés, y compris dans la majorité, appellent à la prudence : ils souhaitent un débat approfondi et des garanties fortes avant d’entériner un dispositif qui engage la responsabilité des professionnels de santé et touche aux convictions intimes.

La question traverse les familles politiques. À gauche, des voix appuient la reconnaissance d’un droit encadré à l’aide à mourir, en soulignant l’autonomie des patients et la nécessité d’éviter des souffrances insupportables. À droite et au centre droit, d’autres députés expriment des réserves, invoquant le risque pour la protection des personnes vulnérables et le rôle fondamental des soins palliatifs. Des sensibilités transversales, notamment issues du monde médical et religieux, alimentent un débat public déjà passionné.

Enjeux pour les patients et le système de santé

Au-delà des considérations politiques, le débat porte d’abord sur des enjeux concrets pour les personnes en fin de vie et leurs proches. Les associations de patients et certaines organisations de soignants insistent sur le besoin urgent d’améliorer l’accès aux soins palliatifs, de renforcer l’accompagnement psychologique et de clarifier les directives anticipées. Ils soulignent que, quel que soit le sort réservé à la proposition sur l’aide à mourir, un véritable renforcement des soins palliatifs demeure une priorité pour réduire la souffrance et garantir la dignité des patients.

Pour les professionnels de santé, la question est double : d’un côté, la reconnaissance d’une procédure légale pour l’aide à mourir soulève des enjeux déontologiques et pratiques (formation, conditions d’intervention, protection juridique) ; de l’autre, la création d’un droit opposable aux soins palliatifs pose la question des moyens alloués aux équipes mobiles, aux services hospitaliers et aux structures de soins à domicile.

Scénarios possibles et étapes à venir

Plusieurs scénarios sont plausibles dans les semaines qui viennent :

  • Un accord entre l’Assemblée et le Sénat via une commission mixte paritaire, qui permettrait d’aboutir à un texte commun et d’éviter de multiples allers-retours.
  • Une nouvelle lecture opposée, conduisant à de nouveaux débats et votes dans chaque chambre, et retardant l’adoption définitive.
  • Une temporisation politique si le calendrier ne permet pas d’ouvrir des marges suffisantes avant la pause estivale, laissant la question pour plus tard dans l’année ou la législature suivante.

La date du 24 février, annoncée pour un vote solennel à l’Assemblée, sera un premier rendez-vous décisif : elle permettra de mesurer la cohésion des majorités et la capacité du texte à franchir une nouvelle étape. Mais même en cas d’adoption à l’Assemblée, le rejet sénatorial ou l’absence d’accord empêcheront l’entrée en vigueur d’une loi définitive sans nouvelles lectures.

Ce que disent les acteurs

Du côté de l’exécutif, la volonté affichée est d’aller jusqu’au bout d’un processus législatif considéré comme nécessaire pour répondre à des situations de souffrance extrême. Pour les partisans du texte, il s’agit d’offrir un cadre légal, sécurisé et encadré, permettant d’accompagner des personnes en fin de vie qui en expriment le souhait. Pour ses opposants, le risque est d’institutionnaliser une pratique aux implications éthiques majeures sans garanties suffisamment robustes.

Les débats à venir devront donc concilier exigence d’humanité envers les patients, protections pour les plus vulnérables et clarté des procédures pour les professionnels de santé. La partie n’est pas gagnée : elle dépendra autant des équilibres parlementaires que des compromis techniques que sauront proposer les rapporteurs et les ministères concernés.

Conclusion

La relance de l’examen à l’Assemblée marque une étape importante dans un dossier sensible et suivi de près par la société civile, les professionnels de santé et les responsables politiques. Si la priorité présidentielle donne une impulsion, le chemin législatif reste semé d’embûches : divergences politiques, questions éthiques et contraintes calendaires risquent d’allonger la route. Reste à voir si les prochaines semaines permettront d’aboutir à un texte équilibré et applicable, ou si la loi sur la fin de vie continuera d’osciller entre avancées et impasses institutionnelles.

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