La préfète de l’Hérault a annoncé la levée, mardi 19 février 2026, de l’interdiction de collecte et de commercialisation des coquillages en provenance de l’étang de Thau (huîtres, moules, palourdes). Cette décision intervient près de deux mois après l’arrêté préfectoral pris fin décembre, appliqué rétroactivement au 19 décembre, en raison d’une série de toxi-infections alimentaires collectives liées à la présence de norovirus. Les autorités estiment qu’aucun nouvel événement contaminant n’a été constaté depuis vingt-huit jours, ce qui permet de considérer la qualité sanitaire du milieu comme redevenue satisfaisante.
Ce qui s’est passé
Au cours de la mi-décembre, de fortes précipitations ont provoqué le débordement des réseaux d’assainissement dans l’aire entourant l’étang de Thau. Des enquêtes sanitaires ont identifié plusieurs cas groupés de gastro-entérites aiguës associés à la consommation d’huîtres issues de la lagune. Les analyses ont mis en évidence la présence de norovirus, agent très contagieux responsable de la plupart des toxi-infections alimentaires aiguës liées aux coquillages contaminés.
Face au risque pour la santé publique, l’État a pris un arrêté fin décembre interdisant la récolte et la vente des coquillages de la zone concernée. L’interdiction, appliquée en pleine période de fêtes — moment de forte consommation pour la filière — a duré près de deux mois et a été particulièrement préjudiciable pour les producteurs locaux.
Chronologie
- Mi-décembre : fortes pluies et débordement des réseaux d’assainissement.
- 19 décembre : date à partir de laquelle l’arrêté a été appliqué rétroactivement.
- 30 décembre : publication officielle de l’arrêté préfectoral.
- Janvier–février : surveillance et tests réguliers de la qualité sanitaire des eaux et des coquillages.
- 19 février : levée de l’interdiction après 28 jours sans nouvel événement contaminant.
Impact sanitaire et explication du risque
Le norovirus est l’un des principaux responsables des gastro-entérites aiguës d’origine alimentaire. Il se transmet facilement par l’eau contaminée et peut s’accumuler dans les coquillages filtrants comme les huîtres et les moules. Lorsque les réseaux d’assainissement débordent, des effluents peuvent être déversés dans les cours d’eau et, en aval, dans des zones de production conchylicole.
Les autorités sanitaires évaluent le risque à partir des données épidémiologiques (cas déclarés), des analyses microbiologiques des eaux et des coquillages, et d’un suivi continu des paramètres environnementaux. La décision de lever l’interdiction s’appuie sur l’absence d’incidents détectés durant une période jugée suffisante pour permettre le rétablissement d’une qualité sanitaire satisfaisante.
Conséquences économiques pour la filière
La fermeture de la commercialisation en pleine période de fêtes a provoqué un manque à gagner important pour les professionnels de la conchyliculture. Le président du Comité régional de conchyliculture de Méditerranée, Patrice Lafont, a estimé que la filière avait subi un préjudice d’environ douze millions d’euros depuis la fin décembre. Ce chiffre englobe les ventes perdues, les invendus, la logistique immobilisée et les coûts supplémentaires liés aux mesures sanitaires et à la commercialisation différée.
L’étang de Thau représente une part majeure de la production conchylicole méditerranéenne : le département de l’Hérault compte près de 380 entreprises dédiées à cette activité, qui emploient environ 3 000 personnes. Au-delà des pertes pour les exploitations, l’interruption d’activité a des répercussions pour les chaînes logistiques locales, les marchés, les poissonneries et le tourisme associé à la découverte du patrimoine conchylicole.
Mesures de soutien annoncées
Pour atténuer le choc économique, les collectivités territoriales (région Occitanie, département de l’Hérault et agglomération de Sète) ont annoncé un plan de soutien de 1,5 million d’euros. Ce plan comprend notamment :
- Des exonérations temporaires de certaines redevances professionnelles pour les entreprises concernées ;
- Un soutien financier direct ciblé pour compenser une partie des pertes de trésorerie des exploitations ;
- Une campagne de communication visant à restaurer la confiance des consommateurs dans les produits du bassin de Thau ;
- Un appui technique pour l’amélioration des protocoles de surveillance et de qualité sanitaire.
Ces mesures combinées veulent à la fois soulager les entreprises à court terme et relancer la demande en redonnant confiance aux consommateurs.
Réactions des professionnels
Les ostréiculteurs et les professionnels du secteur ont accueilli la levée de l’interdiction avec un soulagement prudent. « Nous sommes contents de pouvoir reprendre l’activité, mais il faudra du temps pour renouer avec les marchés et retrouver la confiance des clients », déclare un producteur local. Beaucoup observent que la période d’inactivité, tombant durant les fêtes, a aggravé les pertes et pourrait laisser un impact durable sur les habitudes d’achat.
Sur le terrain, les exploitants poursuivent les contrôles internes et multiplient les analyses pour s’assurer de la sécurité des lots mis en vente. Certains professionnels souhaitent que cet épisode accélère des investissements structurels, notamment sur la gestion des eaux pluviales et la modernisation des réseaux d’assainissement en amont des zones de production.
Ce que doivent savoir les consommateurs
Les autorités sanitaires ont indiqué que les coquillages issus de l’étang de Thau peuvent être de nouveau commercialisés. Néanmoins, pour limiter les risques de toxi-infections alimentaires, il est recommandé aux consommateurs de :
- Privilégier des points de vente et des producteurs identifiés et de demander la traçabilité du lot ;
- Respecter les règles d’hygiène lors de la préparation et de la consommation : bien nettoyer les ustensiles et les surfaces, éviter la consommation par des personnes fragiles (personnes âgées, jeunes enfants, femmes enceintes, personnes immunodéprimées) sans avis médical si consommation crue) ;
- Cuire les coquillages lorsque cela est souhaité, la cuisson détruit la plupart des virus et bactéries ;
- Signaler toute suspicion d’intoxication alimentaire aux services de santé afin de permettre une surveillance épidémiologique continue.
Prévention et perspectives
Pour éviter la reproduction d’un tel événement, plusieurs axes ont été mis en avant par les collectivités et les professionnels :
- Renforcer les infrastructures d’assainissement et la gestion des eaux pluviales en amont des zones conchylicoles pour limiter les risques de rejet d’effluents lors d’épisodes pluvieux intenses.
- Améliorer la surveillance environnementale avec des dispositifs de suivi en continu de la qualité de l’eau et des campagnes d’analyses renforcées après épisodes météorologiques remarquables.
- Mettre en place des plans de communication transparents et réactifs pour informer rapidement consommateurs et acteurs locaux en cas d’incident sanitaire.
- Développer des formations et des outils d’accompagnement pour les exploitants afin de renforcer la résilience de la filière face aux aléas climatiques et sanitaires.
Par ailleurs, la dynamique de valorisation du territoire conchylicole, déjà engagée avec des initiatives comme le Conchylitour, pourrait jouer un rôle dans la reconquête des marchés. Ces actions visent à mettre en lumière le savoir-faire local, la traçabilité et la qualité des produits pour restaurer la confiance.
En conclusion
La réouverture de la commercialisation des coquillages de l’étang de Thau constitue une étape importante vers la reprise d’une activité économique essentielle dans l’Hérault. Si la levée de l’interdiction repose sur des critères sanitaires précis et sur l’absence d’incidents récents, la filière devra désormais conjuguer actions de relance, contrôles renforcés et mesures structurelles pour prévenir de futurs épisodes. Le soutien financier et la communication des collectivités apporteront un appui nécessaire, mais la reconstruction de la confiance des consommateurs prendra du temps et nécessitera la mobilisation coordonnée des pouvoirs publics, des professionnels et des acteurs locaux.
Ce dossier illustre aussi la vulnérabilité des productions alimentaires face aux aléas climatiques et aux défaillances des réseaux d’assainissement. Il pose la question plus large de l’adaptation des territoires littoraux et de la nécessité d’investissements pour protéger à la fois la santé publique et les activités économiques qui en dépendent.