Ces dernières semaines, certains donneurs ont reçu une lettre de l’Établissement français du sang (EFS) les invitant à revenir plus souvent : ce n’est pas un avertissement médical, mais un encouragement. Pourquoi ? Parce que leur sang ou leur plasma est particulièrement utile. Cet article explique ce que recouvre la notion de « sang rare », qui peut être concerné, et à quoi servent ces dons réguliers.
Qu’entend-on par « sang rare » ?
On a tendance à résumer les groupes sanguins aux lettres A, B, AB et O et au rhésus positif ou négatif, mais la réalité est plus complexe. Il existe des centaines d’antigènes différents à la surface des globules rouges. Certains combinaisons d’antigènes, ou l’absence de certains d’entre eux, sont très peu fréquentes dans la population : on parle alors de groupes sanguins rares.
Un groupe sanguin est classé comme rare quand il est porté par moins de quatre personnes sur mille. Autrement dit, sur 1 000 personnes, moins de quatre auront exactement le même profil d’antigènes sanguins. À l’échelle nationale, cela représente plusieurs centaines de milliers à un million de personnes porteuses d’un marqueur rare, mais une proportion très limitée de sujets qui le savent réellement.
Pourquoi le sang rare est-il si important ?
La transfusion sanguine exige une compatibilité précise entre le donneur et le receveur. Si un patient reçoit du sang présentant des antigènes contre lesquels il a développé des anticorps, il peut faire une réaction hémolytique grave. Pour certains malades — personnes multiplement transfusées, femmes enceintes ayant développé des anticorps, ou patients atteints de maladies chroniques du sang — la recherche d’une poche parfaitement compatible est capitale pour éviter des complications potentiellement mortelles.
Disposer d’un registre de donneurs au profil rare permet à l’EFS et aux services hospitaliers de retrouver rapidement une poche adaptée quand un besoin critique apparaît. Sans ces donneurs identifiés, le recours à des solutions de contournement est plus long, plus coûteux et parfois impossible.
Qui sait qu’il a un sang rare ?
Contrairement à la découverte du groupe ABO, la présence d’un antigène rare n’est pas détectée systématiquement lors d’un simple test sanguin de routine. L’identification nécessite des recherches spécifiques, qui ne sont pas menées systématiquement sur l’ensemble de la population pour des raisons techniques et financières.
Plusieurs situations peuvent cependant révéler un groupe rare :
- les donneurs réguliers, lorsque des analyses plus complètes sont effectuées lors des collectes ;
- les personnes transfusées, qui peuvent être typées plus finement si des incompatibilités sont suspectées ;
- les femmes enceintes, si des anticorps foeto-maternels apparaissent et entraînent un bilan plus poussé.
En France, on estime qu’un million de personnes portent un profil rare, mais seules environ 20 000 l’ont appris et sont répertoriées. Cela laisse un vivier important de donneurs potentiels encore inconnus et pourtant essentiels.
Les autres donneurs recherchés : ceux protégés contre l’hépatite B
Outre les profils antigéniques rares, l’EFS porte une attention particulière aux donneurs dont le plasma contient un taux élevé d’anticorps anti-HBs. Ces anticorps témoignent d’une protection contre le virus de l’hépatite B, soit après une vaccination efficace, soit après une infection guérie.
Le plasma riche en anticorps peut être transformé en un médicament d’immunoglobulines spécifique (concentré d’anticorps) utilisé pour prévenir l’infection chez des personnes exposées ou vulnérables : par exemple, un patient non vacciné ayant subi une exposition à risque ou un nouveau-né dont la mère est infectée. Ces produits peuvent sauver des vies ou éviter des contaminations après une exposition aigüe.
La fabrication de ces médicaments nécessite un approvisionnement régulier et des donneurs dont les taux d’anticorps sont suffisamment élevés. C’est pourquoi l’EFS encourage parfois des donneurs ciblés à revenir donner leur plasma plus souvent, afin de collecter et de fractionner ces anticorps en produits thérapeutiques.
Comment se déroule le prélèvement de plasma utile ?
Le prélèvement de plasma peut se faire via une plasmaphérèse, une procédure qui récupère le plasma et réinjecte au donneur ses globules rouges et plaquettes. Elle dure plus longtemps qu’un don de sang classique (environ 45 minutes à une heure selon les sites) et permet d’obtenir une quantité de plasma plus importante à chaque séance.
La plasmaphérèse est encadrée médicalement : avant toute procédure, un entretien et un examen rapide garantissent l’aptitude du donneur. La fréquence des dons autorisée diffère de celle du don de sang total, et l’EFS informe précisément les donneurs ciblés des modalités et des besoins.
Que faire si vous recevez une lettre de l’EFS ?
Recevoir une invitation de l’EFS n’est pas inquiétant : au contraire, c’est un signe que votre profil est recherché. Voici les étapes recommandées :
- Contactez l’EFS ou rendez-vous au centre indiqué pour obtenir des informations sur la raison précise de l’invitation.
- Posez vos questions sur la procédure (duree, type de prélèvement, fréquence) et sur l’utilisation du sang ou du plasma collecté.
- Si vous êtes amené à donner, suivez les consignes de préparation (hydratation, alimentation) et respectez le calendrier proposé.
L’EFS répond aux interrogations sur la confidentialité des données et l’utilisation thérapeutique des produits issus du don. Les donneurs identifiés comme porteurs d’un groupe rare ne sont pas « engagés » à l’infini : leur participation reste volontaire et modulable.
Des besoins ponctuels, mais une nécessité de long terme
Les situations d’urgence peuvent pousser à rechercher rapidement un donneur au profil très spécifique, mais le besoin est aussi structurel. La constitution et l’entretien d’un répertoire de donneurs rares et la collecte régulière de plasma riche en anticorps sont des missions continues. Elles permettent :
- de sécuriser l’approvisionnement en poches compatibles pour des malades qui en dépendent ;
- d’assurer une disponibilité de produits dérivés du plasma pour des traitements préventifs et curatifs ;
- de réduire les délais et les risques lors d’une transfusion ou d’une exposition à un agent infectieux.
Et si vous n’êtes pas concerné par ces profils ? Votre don reste vital
Même si l’on n’a pas un groupe sanguin rare ou des anticorps particuliers, chaque don compte. Les besoins en sang et en produits sanguins restent constants pour la chirurgie, les accidents, les soins des malades chroniques et les traitements des cancers. Des collectes régulières sur l’ensemble du territoire sont indispensables pour maintenir des stocks suffisants et équilibrés.
Donner son sang, c’est un acte simple qui peut sauver plusieurs vies. Si l’EFS vous sollicite parce que votre profil est recherché, considérez cela comme une contribution précieuse mais n’oubliez pas que tout don, classique ou ciblé, est utile.
Conclusion
L’invitation à donner plus fréquemment signale une particularité bienvenue : un sang ou un plasma dont la valeur thérapeutique est élevée, soit par la rareté d’un profil antigénique, soit par la présence d’anticorps protecteurs comme les anti-HBs. Ces donneurs jouent un rôle clé dans la sécurité transfusionnelle et la fabrication de médicaments dérivés du plasma. Si vous recevez une lettre de l’EFS, renseignez-vous et, si vous le pouvez, acceptez de revenir : votre geste pourra faire la différence pour des patients en situation fragile.