La ministre de l’Agriculture, Annie Genevard, a annoncé vendredi la levée de la quasi-totalité des zones réglementées mises en place pour lutter contre la dermatose nodulaire contagieuse (DNC) chez les bovins. Cette décision intervient après plusieurs semaines sans nouveau cas déclaré sur le territoire national et s’accompagne d’un réajustement des mesures sanitaires : une grande partie du Sud-Ouest bascule en « zone vaccinale » tandis qu’une toute petite portion des Pyrénées-Orientales reste sous restrictions en raison d’un foyer signalé côté espagnol.
Pourquoi ces zones sont-elles levées ?
La décision ministérielle repose sur l’observation épidémiologique et le protocole sanitaire qui avait été déployé depuis l’apparition de la maladie en France l’été précédent. Selon les autorités, depuis le 2 janvier aucun nouveau cas n’a été confirmé. Le temps écoulé et la mise en œuvre combinée des mesures — abattage ciblé des troupeaux affectés et vaccination préventive — ont conduit le gouvernement à estimer que le risque de propagation généralisée avait significativement diminué.
Concrètement, la levée des zones réglementées signifie un assouplissement des restrictions sur les mouvements d’animaux à l’intérieur du pays. Toutefois, des formalités demeurent pour les exportations : les échanges internationaux resteront soumis à des déclarations et, le cas échéant, à des accords bilatéraux entre États pour garantir la traçabilité et la sécurité sanitaire des animaux exportés.
La stratégie sanitaire : abattage, vaccination et surveillance
Le protocole retenu par le gouvernement combine deux axes principaux :
- l’abattage systématique des animaux d’un foyer dès la détection d’un cas, une mesure visant à enrayer rapidement toute source de contagion ;
- la vaccination préventive et ciblée des troupeaux dans les zones à risque, pour constituer une barrière immunitaire et limiter la transmission par les vecteurs.
La dermatose nodulaire est transmise principalement par des moucherons piqueurs (insectes hématophages), ce qui rend les capacités de diffusion liées aux conditions climatiques et à la densité de vecteurs. La combinaison d’abattages ciblés et d’une vaccination étendue visait donc à couper les chaînes de transmission et à protéger les cheptels non infectés.
Bilan chiffré et perspectives
Depuis l’apparition des premiers cas, près de deux millions de bovins ont été vaccinés en France. Parallèlement, quelque 3 500 bovins ont été abattus dans le cadre des mesures de lutte, sur un cheptel national d’environ 16 millions de têtes. Ces chiffres illustrent l’ampleur de la réponse sanitaire mobilisée par les autorités et les éleveurs.
Le gouvernement a également indiqué que la vaccination serait reconduite dans certaines zones en 2026 afin de maintenir la protection des troupeaux et d’éviter une reprise épidémique. La surveillance reste active : déclaration des cas, investigations vétérinaires sur les foyers éventuels et suivi des mouvements d’animaux sont maintenus pour détecter et contenir rapidement toute résurgence.
Absence historique de bovins au Salon de l’agriculture
Pour la première fois depuis la création du Salon de l’agriculture en 1964, aucun bovin ne sera présenté lors de l’événement. Les organismes de sélection des races ont décidé, par précaution et par solidarité avec les éleveurs touchés, de ne pas amener leurs animaux au salon. Cette décision a été respectée par la ministre qui a précisé qu’il ne s’agissait pas d’un boycott politique, mais d’une mesure de prudence sanitaire.
Cette absence marque un symbole fort : même si la situation sanitaire s’améliore et que les restrictions sont levées sur la plupart du territoire, l’impact de l’épidémie se fait encore sentir sur la filière, ses rendez-vous et ses habitudes. Le Salon reste toutefois maintenu, avec une organisation adaptée et des stands centrés sur les échanges professionnels, les produits et les innovations, sans la traditionnelle présence des troupeaux bovins.
Réactions et débats au sein du monde agricole
La stratégie choisie par l’État a reçu des appuis et des critiques au sein du monde agricole. L’alliance majoritaire FNSEA-JA a soutenu le protocole combinant abattage ciblé et vaccination, estimant qu’il permettait de limiter les dégâts et de protéger l’ensemble de la filière. En revanche, d’autres syndicats, comme la Coordination rurale et la Confédération paysanne, ont demandé un assouplissement des mesures, critiquant l’impact économique des abattages et appelant à davantage de souplesse dans la gestion des foyers.
Les débats portent aussi sur la question du recours à l’abattage intégral d’un troupeau à la détection d’un cas : certains vétérinaires et agriculteurs estiment que cette approche est lourde et traumatisante, tandis que d’autres la considèrent comme nécessaire pour éviter une propagation incontrôlée augmentée par les vecteurs. La concertation entre pouvoirs publics, scientifiques et représentants professionnels se poursuit pour adapter les mesures sans compromettre la sécurité sanitaire.
Conséquences économiques et soutien aux éleveurs
L’épidémie a exposé des éleveurs à des pertes financières significatives, liées aux abattages, aux coûts de vaccination et aux perturbations des marchés. Face à cette situation, les pouvoirs publics ont annoncé des dispositifs d’accompagnement et d’indemnisation destinés aux exploitants affectés. Ces aides visent à compenser les pertes directes et à soutenir la reprise de l’activité dans les zones les plus touchées.
Par ailleurs, la réorganisation logistique du transport des animaux, la mise en place de plans de biosécurité renforcés sur les exploitations et la nécessité d’investir dans la prévention (vaccins, dispositifs de lutte contre les vecteurs) représentent des coûts et des enjeux pour la profession dans les mois à venir.
Que surveiller en 2026 ?
Plusieurs éléments seront à suivre au cours de l’année :
- le maintien ou la reprise éventuelle de cas en France ou chez les voisins européens, en particulier près des frontières où la circulation d’animaux et de vecteurs peut favoriser la réintroduction ;
- les campagnes de vaccination planifiées et leur couverture effective au sein des cheptels identifiés comme prioritaires ;
- l’évolution des mesures de biosécurité sur les exploitations et leur adoption par les éleveurs ;
- les discussions entre syndicats et autorités concernant l’ajustement des protocoles d’intervention (abattage, restrictions de mouvement, compensation financière).
La coordination européenne et les échanges d’informations entre services vétérinaires resteront, par ailleurs, essentiels pour suivre l’évolution de la maladie et harmoniser les réponses entre pays voisins.
Conseils pratiques pour les éleveurs
Jusqu’à obtention d’un statu quo sanitaire confirmé, il est recommandé aux éleveurs de :
- maintenir des mesures de biosécurité stricte (limiter les accès au cheptel, désinfection, gestion des déchets) ;
- collaborer avec le vétérinaire territorial pour la vaccination et la surveillance clinique des animaux ;
- déclarer immédiatement tout symptôme suspect et suivre les consignes officielles en cas de suspicion ;
- préparer les documents administratifs nécessaires pour tout mouvement ou exportation, et se renseigner auprès des services vétérinaires pour les formalités spécifiques.
Conclusion
La levée quasi générale des zones réglementées marque une étape importante dans la gestion de la dermatose nodulaire en France. Elle reflète l’effet des mesures sanitaires mises en place ces derniers mois et le succès apparent de la stratégie de vaccination et d’éradication. Néanmoins, la situation reste fragile : une petite zone en lien avec un foyer espagnol demeure surveillée et la filière continue de ressentir les conséquences de la crise, symbolisées par l’absence inédite de bovins au Salon de l’agriculture. La vigilance et la coopération entre autorités, vétérinaires et éleveurs resteront déterminantes pour prévenir une reprise et pour protéger le cheptel national en 2026.