La ministre de l’Agriculture, Annie Genevard, a annoncé vendredi la levée de la quasi-totalité des zones réglementées liées à la dermatose nodulaire contagieuse (DNC) en France, se félicitant des résultats du protocole sanitaire mis en place. « Le temps et le protocole choisi nous ont donné raison, puisque depuis le 2 janvier, nous n’avons plus aucun cas de dermatose nodulaire contagieuse », a déclaré la ministre sur France Inter. Seul un petit secteur des Pyrénées-Orientales restera soumis à des restrictions en lien avec un cas détecté en Espagne, a-t-elle précisé.
Qu’est-ce qui change concrètement ?
La principale conséquence de cette décision est la transformation de la plupart des zones « réglementées » en zones « vaccinales », en particulier dans une vaste portion du Sud-Ouest. Concrètement, cela entraîne la levée de la plupart des restrictions sur les mouvements d’animaux à l’intérieur du territoire national. Toutefois, les exportations restent encadrées : elles sont toujours soumises à des déclarations officielles et, selon les pays destinataires, à des accords bilatéraux spécifiques avant toute livraison.
Surveillance et vaccination
Depuis l’apparition de la maladie en France en juin, près de deux millions de bovins ont été vaccinés, selon les chiffres communiqués par le ministère. La vaccination sera maintenue et reconduite en 2026 dans certaines zones où le risque de réémergence reste jugé pertinent. Parallèlement, le dispositif de surveillance épidémiologique et les protocoles de déclaration des cas restent en vigueur afin de détecter rapidement toute reprise de l’épidémie.
Le protocole national : abattage et vaccination
Le gouvernement a appliqué une stratégie combinant abattage des animaux infectés et vaccination préventive. Concrètement, l’approche retenue a été l’abattage total d’un foyer dès l’apparition d’un cas, afin d’éviter la propagation sur les exploitations voisines, associé à des campagnes de vaccination ciblées. À ce jour, plus de 3 500 bovins ont été abattus, sur un cheptel national d’environ 16 millions de têtes.
Cette politique, soutenue par l’alliance majoritaire FNSEA-JA, a suscité des débats au sein du monde agricole. D’autres organisations, telles que la Coordination rurale et la Confédération paysanne, ont appelé à un assouplissement des règles et à une remise à plat du protocole pour limiter les impacts économiques et sociaux sur les exploitations.
Pourquoi il n’y aura pas de bovins au Salon de l’agriculture
Pour la première fois depuis la création du Salon international de l’agriculture en 1964, les bovins ne seront pas exposés. Les organismes de sélection des races ont décidé de ne pas présenter leurs animaux « par précaution et par solidarité » avec les éleveurs touchés par la DNC. À la veille de l’ouverture du salon, Annie Genevard a rappelé qu’elle respectait ce choix et a tenu à le distinguer d’un « boycott politique ». « Il n’y aura pas de boycott du Salon de l’agriculture, le fait qu’il n’y ait pas de bovins résulte plutôt d’une prudence sanitaire que d’une décision politique », a-t-elle affirmé.
Cette absence crée un effet symbolique fort pour un événement qui met traditionnellement en avant la diversité et la qualité du cheptel français. Plusieurs acteurs du secteur craignent des conséquences économiques et médiatiques, tandis que d’autres estiment qu’il s’agit d’une attitude responsable au regard du risque résiduel et de la solidarité envers les éleveurs affectés.
Conséquences pour les organisateurs et le public
- Les organisateurs devront adapter le programme du salon : animations, concours et présentations prévues autour des bovins seront modifiées ou remplacées.
- Les visiteurs pourront toujours assister à d’autres filières animales et aux expositions techniques, mais l’impact en termes d’attraction et de retombées médiatiques est attendu.
- Les mesures sanitaires sur place resteront renforcées pour garantir la sécurité des participants et éviter toute introduction accidentelle d’animaux susceptibles d’être porteurs du virus.
La dermatose nodulaire contagieuse : rappel des enjeux sanitaires
La dermatose nodulaire contagieuse, souvent abrégée DNC, est une maladie virale qui touche principalement les bovins. Elle se manifeste par des nodules cutanés, une baisse de l’état général et parfois une diminution de la production (laitière ou pondérale). La transmission se fait notamment par des moucherons piqueurs et d’autres vecteurs arthropodes, ce qui rend le contrôle compliqué, surtout pendant les périodes d’activité intense des insectes.
Il est important de souligner que la DNC n’est pas considérée comme une maladie transmissible à l’être humain. Les autorités vétérinaires insistent cependant sur la nécessité de respecter les mesures de biosécurité sur les exploitations et de déclarer tout cas suspect afin de limiter rapidement la diffusion du virus.
Les enjeux économiques et commerciaux
Au-delà du bien-être animal, la DNC a des conséquences sur la commercialisation : restrictions de déplacements, exigences sanitaires renforcées pour les exportations et pression sur les marchés locaux. Les exploitations touchées peuvent subir des pertes directes (abattage, baisse de production) et indirectes (difficultés à vendre des animaux, coûts des mesures sanitaires, image du produit).
Les exportations restent possibles mais sont encadrées. Les opérateurs doivent remplir des formalités déclaratives et, dans certains cas, obtenir des accords bilatéraux avec les pays importateurs, qui peuvent imposer des conditions sanitaires supplémentaires.
Des positions divergentes au sein du monde agricole
La stratégie gouvernementale a été soutenue par la FNSEA et les Jeunes Agriculteurs, qui ont mis l’accent sur l’efficacité du protocole combinant abattage ciblé et vaccination. Selon eux, cette approche a permis de contenir l’épidémie et de protéger le cheptel national.
À l’inverse, la Coordination rurale et la Confédération paysanne ont critiqué certaines méthodes, demandant plus de souplesse et une prise en compte renforcée des conséquences économiques et sociales pour les exploitations concernées. Ces tensions illustrent la difficulté à concilier une réponse sanitaire rapide et la protection des revenus des éleveurs.
Que peuvent attendre les éleveurs et le grand public ?
Pour les éleveurs :
- Maintien d’un dispositif de vaccination dans certaines zones en 2026 ;
- Surveillance accrue et obligation de signalement des cas suspects ;
- Accès aux dispositifs d’indemnisation et d’accompagnement mis en place par l’État, qui a déjà annoncé des fonds destinés à aider les éleveurs touchés.
Pour le grand public :
- La viande et les produits laitiers circulant dans le commerce restent soumis aux contrôles habituels et ne présentent pas de risque connu pour la santé humaine lié à la DNC ;
- La situation épidémiologique évolue et le gouvernement maintient un suivi rapproché pour prévenir toute résurgence.
Le cas des Pyrénées-Orientales et la coopération transfrontalière
La persistance d’un petit secteur réglementé dans les Pyrénées-Orientales résulte d’un lien direct avec un cas détecté en Espagne. Cette proximité transfrontalière rappelle l’importance de la coopération sanitaire entre pays voisins pour maîtriser les foyers et harmoniser les mesures. Les autorités françaises et espagnoles travaillent donc de concert pour tracer les mouvements d’animaux et fixer les conditions de levée des dernières restrictions.
En conclusion
La levée de la quasi-totalité des zones réglementées marque une étape importante dans la gestion de la dermatose nodulaire en France. Les autorités sanitaires estiment que le protocole mis en place a porté ses fruits, avec plus d’un million de bovins vaccinés et une stabilisation des cas depuis le début janvier. Reste à gérer les conséquences économiques et symboliques, notamment l’absence inédite de bovins au Salon de l’agriculture, et à maintenir une vigilance renforcée pour éviter un nouvel épisode épidémique.
La situation reste suivie de près par le ministère, les services vétérinaires et les organisations professionnelles : la prévention, la vaccination ciblée et la coopération transfrontalière restent les clés pour protéger le cheptel et préserver la filière bovine française.