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Vous avez reçu un courrier de l’EFS ? Ce que signifie avoir un sang « rare » et pourquoi on vous demande de revenir donner

Certains donneurs reçoivent un courrier de l'EFS parce que leur sang présente des caractéristiques particulièrement recherchées : un groupe sanguin rare ou un taux élevé d'anticorps. Ces donneurs sont invités à donner régulièrement pour constituer des réserves vitales et fabriquer des médicaments à partir du plasma.

Vous avez peut‑être reçu récemment un courrier de l’Etablissement français du sang (EFS) après un don : loin d’annoncer un problème de santé, ce document peut indiquer que votre sang présente des caractéristiques recherchées. Il s’agit soit d’un groupe sanguin dit « rare », soit d’un profil immunologique utile — par exemple un taux élevé d’anticorps contre l’hépatite B. Dans ces deux cas, l’EFS peut vous inviter à revenir donner régulièrement pour aider des patients qui ont besoin de produits sanguins ou de médicaments dérivés du plasma.

Qu’est‑ce qu’un « sang rare » ?

On a souvent tendance à réduire les groupes sanguins aux lettres A, B, AB et O et au rhésus positif ou négatif. En réalité, le système sanguin humain est beaucoup plus complexe : on recense plusieurs centaines de marqueurs différents à la surface des globules rouges. Certains de ces marqueurs, pris isolément ou en combinaison, forment des groupes considérés comme rares lorsqu’ils sont présents chez moins de quatre personnes sur mille.

Concrètement, une personne peut être A+ et pourtant avoir un profil rare à cause d’un marqueur peu fréquent. La rareté est statistique et dépend des combinaisons de marqueurs, et non seulement du groupe ABO et du rhésus. Cette rareté a une importance médicale : lors d’une transfusion, recevoir un sang incompatible peut déclencher une réaction immunologique grave et mettre en danger le patient.

Pourquoi ne sait‑on pas que l’on a un sang rare ?

Le statut de porteur d’un groupe rare ne se révèle pas à l’œil nu et n’est pas systématiquement recherché lors d’une prise de sang de routine. Les tests standard indiquent le groupe ABO et le rhésus, mais pas l’ensemble des centaines de marqueurs existants. Dans certains cas, un statut rare apparaît après une transfusion, une grossesse ou lors d’analyses approfondies réalisées pour des donneurs réguliers.

En France, on estime qu’environ un million de personnes sont porteuses d’un groupe sanguin rare, mais seulement une fraction — quelques dizaines de milliers — en ont réellement connaissance. Identifier ces donneurs permet d’organiser des réserves adaptées pour des patients aux besoins spécifiques.

Les donneurs « protégés » : pourquoi le plasma est précieux

Outre les groupes rares, l’EFS recherche aussi des donneurs dont le plasma contient un taux élevé d’anticorps contre certains agents infectieux. C’est le cas, par exemple, des personnes qui présentent un niveau important d’anticorps anti‑HBs, témoignant d’une protection contre l’hépatite B. Le plasma de ces donneurs peut servir à la fabrication de médicaments immun globulines spécifiques, utilisés pour prévenir l’infection après une exposition ou chez des patients qui ne répondent pas au vaccin.

Durant la crise du Covid‑19, un principe similaire a été appliqué : le plasma de personnes ayant un taux significatif d’anticorps a été prélevé, analysé et, si son titre le permettait, utilisé pour aider des malades atteints de formes sévères. L’objectif était d’apporter des anticorps circulants capables de réduire la charge virale et de limiter l’aggravation de la maladie.

Du don de plasma à la fabrication de médicaments

  • Le plasma est séparé du sang après prélèvement et peut être congelé puis transformé en médicaments contenant des anticorps ou des facteurs de coagulation.
  • Ces médicaments servent notamment à prévenir une infection après une exposition (protection passive) ou à traiter des patients immunodéprimés qui ne produisent pas suffisamment d’anticorps eux‑mêmes.
  • La présence de taux élevés d’anticorps chez un donneur augmente la valeur thérapeutique de son plasma pour certaines indications.

Comment l’EFS repère les donneurs utiles ?

Lors d’un don, des analyses de routine sont effectuées. Pour les donneurs réguliers ou ceux pour lesquels un signal apparaît (transfusion antérieure, grossesse, ou résultats inhabituels), des tests complémentaires peuvent être demandés pour identifier des marqueurs rares ou mesurer un taux d’anticorps spécifique.

Si vos résultats montrent une caractéristique intéressante — groupe rare ou taux d’anticorps élevé — l’EFS peut vous écrire pour vous en informer et vous proposer des rendez‑vous de prélèvement ultérieurs. Ce n’est pas un message d’alerte sur votre santé, mais une sollicitation pour aider d’autres patients.

Qui est le plus souvent concerné ?

Certaines populations sont statistiquement plus susceptibles de porter des groupes rares en raison de leurs origines génétiques. Mais la rareté peut apparaître chez n’importe qui et n’est pas liée à l’état de santé. En pratique, trois profils de personnes sont souvent identifiés :

  1. Les donneurs réguliers, chez qui des analyses approfondies sont parfois réalisées.
  2. Les personnes ayant subi une transfusion ou une grossesse, qui peuvent développer des anticorps révélant un groupe particulier.
  3. Des individus détectés à l’occasion d’études ou de dépistages ciblés.

Que faire si vous recevez un courrier de l’EFS ?

Si l’EFS vous invite à revenir donner, voici quelques précautions et informations pratiques :

  • Il s’agit généralement d’une invitation positive : vous êtes reconnu comme pouvant apporter un produit sanguin ou plasmatique utile.
  • Les équipes vous expliqueront pourquoi on vous sollicite et répondront à vos questions sur le suivi et la fréquence des dons.
  • Vous pouvez accepter ou décliner l’invitation : le don reste volontaire. Si vous acceptez, des prélèvements complémentaires peuvent être réalisés pour confirmer les résultats.
  • Les conditions médicales habituelles au don (âge, poids, état de santé, délai depuis un vaccin ou une maladie) s’appliquent toujours.

Fréquence et suivi des dons

Selon le produit recherché, on vous demandera peut‑être de venir plus régulièrement. Par exemple, le plasma peut être prélevé plusieurs fois par an, tandis que le don total de sang a des intervalles réglementés. L’EFS vous indiquera le calendrier adapté.

Pourquoi votre geste compte

Les besoins en produits sanguins et en médicaments dérivés du plasma sont permanents et parfois imprévisibles. Disposer de donneurs identifiés comme porteurs de groupes rares ou d’anticorps spécifiques facilite la prise en charge des patients qui ne peuvent pas recevoir du sang « standard » ou qui ont besoin d’immunoglobulines particulières.

Au‑delà de l’aide directe aux malades, le don régulier permet aussi de constituer des stocks, de mener des recherches et de préparer des réponses en cas d’urgences sanitaires ou d’épidémies locales, comme les études menées pour le Chikungunya à La Réunion.

En pratique : conseils pour donner

  • Hydratez‑vous bien avant le don et prenez un repas léger.
  • Vérifiez votre éligibilité (âge, poids, intervalle depuis un autre don ou une vaccination) auprès des équipes de prélèvement.
  • Posez des questions sur les analyses complémentaires et sur la conservation ou l’utilisation du plasma si cela vous intéresse.
  • Si vous êtes informé d’un profil rare, pensez à conserver la lettre ou le document envoyé par l’EFS : il facilite le suivi et la traçabilité.

Conclusion

Recevoir un courrier de l’EFS n’est pas un motif d’inquiétude : c’est souvent la reconnaissance que votre sang ou votre plasma possède des qualités recherchées pour aider d’autres personnes. Que vous soyez porteur d’un groupe sanguin rare ou que vous ayez un niveau d’anticorps utile, le don régulier peut sauver des vies et permettre de fabriquer des traitements essentiels. Si l’EFS vous sollicite, renseignez‑vous auprès des équipes, elles vous expliqueront la démarche et la fréquence des dons proposés. Et même si vous n’êtes pas dans ces catégories particulières, tout don reste précieux pour la communauté.

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