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Cancers colorectaux chez les moins de 50 ans : mystère et urgence de dépistage

La mort de personnalités récemment exposée a remis en lumière la forte hausse des cancers colorectaux chez les personnes nées dans les années 1980-1990. Les causes restent inconnues, mais chercheurs et cliniciens appellent à une vigilance accrue et à un dépistage plus précoce.

Le décès récent d’une personnalité publique des suites d’un cancer colorectal a ravivé l’inquiétude autour d’une tendance observée depuis plusieurs années : une augmentation notable des cas de cancer du côlon et du rectum chez les personnes de moins de 50 ans. Des études menées dans plusieurs pays riches montrent que les générations nées dans les années 1980 et 1990 présentent aujourd’hui un risque bien plus élevé qu’il y a quelques décennies. Les médecins s’alarment, les chercheurs multiplient les hypothèses, et les autorités sanitaires revoient progressivement leurs recommandations de dépistage.

Des chiffres qui interpellent

Plusieurs publications scientifiques récentes ont documenté cette évolution. Une étude internationale a montré que les personnes nées dans les années 1990 ont jusqu’à quatre fois plus de risque de développer un cancer colorectal que celles nées dans les années 1960. Une analyse publiée dans JAMA plaide même pour considérer désormais le cancer colorectal comme la première cause de mortalité par cancer chez les moins de 50 ans aux États-Unis. Dans le même temps, la proportion globale des cancers colorectaux diagnostiqués chez les jeunes reste relativement faible : environ 6 % des cas surviennent chez des personnes de moins de 50 ans, mais la hausse est rapide et touche des cohortes entières.

Pourquoi cette hausse ? Les pistes explorées par la recherche

La réponse n’est pas tranchée. Plusieurs facteurs établis de risque pour les cancers colorectaux — surpoids, alimentation riche en produits ultra-transformés, consommation d’alcool, tabagisme, sédentarité — pourraient contribuer à cette augmentation. Toutefois, ces éléments n’expliquent pas entièrement la rapidité ni l’ampleur de la hausse observée chez des générations entières.

Face à ce constat, les équipes de recherche explorent d’autres pistes :

  • Le microbiote intestinal : des travaux récents pointent des altérations du microbiote chez certains patients jeunes atteints d’un cancer colorectal. Une étude publiée dans la revue Nature a mis en évidence la présence plus fréquente, chez des patients jeunes, de traces de mutations liées à une génotoxine appelée colibactine, produite par certaines souches d’Escherichia coli. Cette molécule peut endommager l’ADN des cellules intestinales et favoriser la carcinogenèse.
  • L’usage d’antibiotiques : l’utilisation répétée d’antibiotiques au cours de la vie, surtout dans l’enfance et l’adolescence, est une autre hypothèse. Les antibiotiques modifient durablement la composition du microbiote et pourraient, selon plusieurs études épidémiologiques, augmenter le risque de cancers colorectaux prématurés.
  • Facteurs environnementaux et alimentaires : l’évolution des habitudes alimentaires (consommation accrue d’aliments transformés, de matières grasses industrielles, de sucres ajoutés) et l’exposition à des perturbateurs environnementaux sont régulièrement évoquées, mais la preuve d’un lien direct et causal à l’échelle des cohortes reste à établir.
  • Prédispositions génétiques et sous-types de tumeurs : les chercheurs observent de nombreux sous-types de cancers colorectaux chez les jeunes, ce qui suggère des mécanismes multiples plutôt qu’une cause unique. Certaines tumeurs sont liées à des mutations héréditaires connues, mais beaucoup de cas surviennent sans antécédent familial identifiable.

Ce que disent les cliniciens

Les oncologues et gastro-entérologues constatent un phénomène inquiétant : des patients jeunes arrivent souvent au diagnostic à un stade avancé, en raison d’un retard de reconnaissance des symptômes. Chez les professionnels de santé, la probabilité de suspecter un cancer colorectal chez un patient de 30 à 45 ans est plus faible que chez un septuagénaire, ce qui conduit parfois à des investigations tardives.

Plusieurs spécialistes soulignent aussi que certains patients jeunes présentent un mode de vie plutôt sain, ce qui renforce l’idée que les facteurs responsables sont divers et parfois insoupçonnés. L’exemple de personnes sportives ou attentives à leur hygiène de vie qui développent néanmoins une tumeur a nourri les interrogations des équipes de recherche.

Quels symptômes doivent alerter ?

Il est essentiel de connaître et de ne pas minimiser les signes évocateurs du cancer colorectal, quel que soit l’âge :

  • modification durable du transit intestinal (diarrhée ou constipation) ;
  • présence de sang dans les selles ou selles très foncées ;
  • douleurs abdominales persistantes ou inconfort chronique ;
  • perte de poids inexpliquée et fatigue persistante ;
  • anémie ferriprive sans cause évidente.

En présence de l’un de ces signes, il est recommandé de consulter son médecin pour une évaluation adaptée. Un examen clinique, une recherche de sang occulte dans les selles, une prise de sang ou une coloscopie peuvent être proposés selon la situation clinique.

Que faire en matière de dépistage ?

La question du dépistage est au cœur du débat. Face à l’augmentation des cas chez les moins de 50 ans, certains pays ont déjà adapté leurs recommandations : les États-Unis ont abaissé l’âge de départ du dépistage à 45 ans en 2021. D’autres pays, dont la France et le Royaume-Uni, maintiennent pour l’instant le dépistage organisé à partir de 50 ans, mais des voix s’élèvent pour reconsidérer ces seuils.

Les arguments pour abaisser l’âge de dépistage incluent la montée des cas précoces et l’efficacité du dépistage (test immunologique sur prélèvement de selles, coloscopie) pour détecter des lésions précancéreuses. Les arguments contre reposent sur l’analyse coût-efficacité à l’échelle de la population, la disponibilité des ressources en endoscopie et le risque de surdiagnostics. Les autorités de santé nationales pèsent ces éléments en parallèle des nouvelles données épidémiologiques.

Prévention et recommandations pratiques

Si la cause exacte de la hausse n’est pas encore connue, quelques mesures de prévention restent pertinentes :

  1. maintenir un poids santé et pratiquer une activité physique régulière ;
  2. limiter la consommation d’alcool et éviter le tabac ;
  3. préférer une alimentation riche en fibres (fruits, légumes, céréales complètes) et limiter les aliments ultra-transformés et riches en graisses saturées ;
  4. être prudent avec les usages prolongés d’antibiotiques et en discuter avec son médecin ;
  5. répondre rapidement aux signes évocateurs et ne pas les attribuer systématiquement à des troubles bénins sans avis médical.

La recherche avance, mais le mystère persiste

Les scientifiques multiplient les études pour comprendre pourquoi le cancer colorectal touche aujourd’hui plus de jeunes adultes. Les axes de recherche incluent des cohortes épidémiologiques, des analyses fines du microbiote, des études génomiques des tumeurs et des enquêtes sur les expositions environnementales. Des découvertes, comme l’implication possible de la colibactine d’E. coli, sont prometteuses mais nécessitent des confirmations et des investigations mécanistiques.

La complexité provient en partie de la diversité des cas observés : il n’existe probablement pas une unique cause, mais une combinaison de facteurs génétiques, microbiens, alimentaires et environnementaux qui se conjuguent différemment selon les individus. Comprendre ces interactions demandera du temps et des ressources, mais ces recherches sont cruciales pour adapter les stratégies de dépistage et de prévention.

Message aux lecteurs

La hausse des cancers colorectaux chez les moins de 50 ans est un signal d’alerte qui impose prudence et vigilance. Si vous avez des symptômes digestifs persistants ou inexpliqués, parlez-en à votre médecin. Les médecins et chercheurs appellent à ne pas banaliser ces signes, à améliorer l’information du public et des professionnels, et à intensifier la recherche sur les causes potentielles, notamment le rôle du microbiote et des expositions précoces.

En attendant des réponses définitives, la prévention reste un levier essentiel : mode de vie sain, suivi médical adapté, et attention aux signes d’alerte. Le débat sur l’âge du dépistage se poursuivra, mais la première ligne de défense reste la connaissance des symptômes et la réactivité médicale.

En bref

La progression des cancers colorectaux chez les générations nées dans les années 1980-1990 inquiète la communauté médicale. Les causes probables sont multiples et encore mal comprises, et la recommandation principale pour le public est de rester attentif aux symptômes et de consulter rapidement en cas de doute.

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