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Cancer colorectal chez les moins de 50 ans : une hausse inquiétante et encore inexpliquée

Le décès récent de personnalités médiatiques relance l’attention sur la hausse notable des cancers colorectaux chez les moins de 50 ans. Si facteurs de risque classiques existent, les chercheurs suspectent aussi des causes nouvelles, notamment liées au microbiote et à l’usage d’antibiotiques.

Le décès, en février 2026, d’une personnalité publique affectée par un cancer colorectal a remis en lumière un phénomène qui inquiète la communauté médicale : la progression des cas de cancer du côlon et du rectum chez des personnes de moins de 50 ans. Si ces cancers restent majoritairement des maladies de l’âge, plusieurs études récentes montrent une augmentation marquée de l’incidence chez les générations nées dans les années 1980 et 1990. Les causes précises de cette hausse restent encore mal cernées et font l’objet de recherches actives.

Des chiffres qui interpellent

Selon des travaux publiés l’an dernier et cités par des revues scientifiques internationales, les personnes nées dans les années 1990 présentent un risque de développer un cancer colorectal jusqu’à quatre fois supérieur à celui des personnes nées dans les années 1960, dans plusieurs pays occidentaux. Les données analysées proviennent notamment d’Australie, du Canada, des États-Unis et du Royaume-Uni.

Aux États-Unis, une étude parue dans la revue JAMA a montré que, chez les moins de 50 ans, le cancer colorectal était devenu la première cause de mortalité par cancer. Malgré cela, la part des diagnostics chez les jeunes reste minoritaire : environ 6 % de l’ensemble des cancers colorectaux sont détectés avant 50 ans. Mais le constat est net : l’incidence augmente chez les adultes jeunes, et beaucoup de ces cas sont découverts à un stade avancé.

Les facteurs classiques ne suffisent pas à tout expliquer

Les facteurs de risque « traditionnels » du cancer colorectal sont bien connus : surpoids et obésité, alimentation riche en viandes transformées et pauvre en fibres, sédentarité, consommation excessive d’alcool et tabagisme. Ces éléments contribuent à une partie des cas et sont des cibles évidentes des campagnes de prévention.

Cependant, ces facteurs n’expliquent pas entièrement l’augmentation rapide observée chez les générations plus jeunes. Plusieurs cliniciens et chercheurs soulignent que de nombreux patients jeunes diagnostiqués n’avaient pas de comportements à risque marqués, ce qui oriente les équipes scientifiques vers d’autres hypothèses.

Le microbiote intestinal, piste à approfondir

Le microbiote intestinal — l’ensemble des micro-organismes qui peuplent notre intestin — est aujourd’hui au centre des investigations. Une étude importante publiée dans la revue Nature a mis en évidence une signature génétique associée à une toxine produite par certaines souches d’Escherichia coli, la colibactine. Les mutations attribuables à cette génotoxine seraient plus fréquentes chez des patients jeunes atteints de cancer colorectal que chez des patients plus âgés.

Ces résultats suggèrent que certaines bactéries, par la production de composés capables d’endommager l’ADN, pourraient jouer un rôle dans la genèse de tumeurs chez des sujets relativement jeunes. Mais il s’agit encore d’un « premier indice » : la relation de cause à effet doit être confirmée par des études complémentaires et des modèles expérimentaux plus robustes.

Antibiotiques et perturbation du microbiote

Par ailleurs, des recherches épidémiologiques ont évoqué un lien possible entre des usages répétés d’antibiotiques et un risque accru de cancer colorectal précoce. Les antibiotiques modifient durablement la composition du microbiote et peuvent favoriser l’émergence de souches potentiellement dommageables ou la perte de bactéries protectrices.

Cette hypothèse explique en partie pourquoi des changements environnementaux et médicaux récents — notamment la consommation d’antibiotiques sur plusieurs décennies — pourraient contribuer à l’évolution du profil des cancers colorectaux.

Des profils de tumeurs variés, des causes multiples

Les spécialistes insistent sur la diversité des sous-types de cancer colorectal observés chez les jeunes. Cette hétérogénéité suggère qu’il n’y aura probablement pas une seule cause explicative, mais un faisceau de facteurs génétiques, microbiens, environnementaux et comportementaux qui se combinent différemment selon les individus.

Déterminer les contributions respectives de ces facteurs est essentiel pour adapter la prévention, affiner les recommandations de dépistage et développer des stratégies thérapeutiques plus ciblées.

Quels symptômes doivent alerter ?

Faute de campagnes de dépistage systématique chez les moins de 50 ans dans la plupart des pays (la France et le Royaume-Uni proposent encore en priorité un dépistage à partir de 50 ans), le repérage des signes cliniques reste crucial. Les principaux symptômes devant conduire à une consultation sont :

  • présence de sang dans les selles ou saignements rectaux ;
  • modification persistante du transit intestinal (diarrhée ou constipation inhabituelle) ;
  • douleurs abdominales inexpliquées ou crampes récurrentes ;
  • perte de poids involontaire et fatigue persistante ;
  • anémie inexpliquée détectée lors d’un bilan sanguin.

Les jeunes patients et les médecins doivent garder à l’esprit que ces signes, même lorsqu’ils semblent bénins, méritent une exploration si leur persistance dépasse quelques semaines.

Dépistage : où en est-on ?

Face à la montée des cas chez les adultes jeunes, certains pays ont déjà adapté leurs recommandations : les États-Unis ont abaissé l’âge de dépistage systématique à 45 ans en 2021, afin de détecter plus tôt des lésions précancéreuses ou des cancers à un stade curable. D’autres pays étudiés n’ont pas encore fait ce choix et maintiennent un âge de départ à 50 ans.

Les méthodes de dépistage courantes incluent le test immunologique de recherche de sang occulte dans les selles (FIT) — simple et non invasif — et la coloscopie, qui reste l’examen de référence lorsqu’un test positif nécessite une exploration approfondie. Les recommandations locales et l’accès aux examens varient selon les systèmes de santé.

Que faire si l’on s’inquiète ?

Si vous présentez un des symptômes évoqués ou si vous avez des antécédents familiaux de cancer colorectal (un parent au premier degré) ou de maladies inflammatoires chroniques de l’intestin, consultez votre médecin. Ce dernier pourra proposer :

  • un bilan initial (examen clinique, prises de sang) ;
  • la réalisation d’un test de recherche de sang dans les selles ;
  • l’orientation vers un spécialiste pour une coloscopie si nécessaire.

Il est important de ne pas minimiser des signes persistants et de parler ouvertement de ses symptômes avec un professionnel de santé.

Prévention et actions individuelles

Sur le plan individuel, plusieurs mesures réduisent le risque de cancer colorectal et améliorent la santé globale : maintien d’un poids santé, alimentation riche en fibres et légumes, limitation des viandes transformées et des boissons alcoolisées, arrêt du tabac et activité physique régulière. Ces recommandations restent pertinentes, même si elles n’expliquent pas toute la hausse observée.

La recherche sur le microbiote et les interventions visant à le moduler (par l’alimentation, les probiotiques ou d’autres approches) est prometteuse, mais ne peut encore être recommandée comme stratégie de prévention spécifique validée pour réduire le risque de cancer colorectal.

Un appel à la vigilance et à la recherche

La montée des cas de cancer colorectal chez les moins de 50 ans constitue un signal d’alarme pour les systèmes de santé et la recherche. Les équipes scientifiques multiplient les études pour mieux identifier les causes et proposer des mesures de prévention et de dépistage adaptées. En attendant des réponses définitives, la vigilance individuelle et la réactivité des professionnels de santé restent les meilleurs outils pour détecter précocement ces cancers et améliorer les chances de guérison.

Si vous êtes préoccupé par votre risque personnel, parlez-en à votre médecin : une évaluation individualisée permettra de définir la conduite à tenir la plus adaptée à votre situation.

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