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Cancer colorectal chez les moins de 50 ans : pourquoi les cas augmentent et que sait-on aujourd’hui ?

La mort de l’acteur James Van Der Beek met en lumière la hausse préoccupante des cancers colorectaux chez les moins de 50 ans observée ces dernières décennies. Les causes restent mal élucidées : recherches sur le microbiote, rôle possible des antibiotiques et facteurs de mode de vie sont au cœur des investigations.

Le décès de l’acteur américain James Van Der Beek, survenu en février 2026 d’un cancer colorectal à 48 ans, relance l’attention médiatique et scientifique sur une tendance qui inquiète les chercheurs : la hausse des cas de cancer du côlon et du rectum chez des personnes de moins de 50 ans. Ces cancers, longtemps considérés comme des affections touchant majoritairement les seniors, sont de plus en plus diagnostiqués chez des adultes d’âge moyen et jeunes. Plusieurs études internationales confirment cette progression mais demeurent prudentes sur les causes exactes.

Des chiffres qui interpellent

Des recherches menées dans des pays comme l’Australie, le Canada, les États-Unis et le Royaume-Uni mettent en évidence une augmentation nette du risque chez les personnes nées dans les années 1980 et 1990. Une étude publiée dans le Journal of the National Cancer Institute indiquait que les personnes nées dans les années 1990 présentaient un risque jusqu’à quatre fois supérieur de développer un cancer colorectal par rapport à celles nées dans les années 1960.

Aux États-Unis, une parution récente dans la revue JAMA soulignait que, pour la tranche d’âge <50 ans, le cancer colorectal est devenu la première cause de mortalité par cancer. Toutefois, il faut nuancer ces constats : les nouveaux cas chez les jeunes représentent encore une minorité des diagnostics globaux. Dans plusieurs séries, seulement environ 6 % des cancers colorectaux sont détectés avant 50 ans, la majorité des cas restant chez les personnes plus âgées.

Quels facteurs sont suspectés ?

Les chercheurs explorent une pluralité d’hypothèses car l’augmentation semble trop rapide pour être expliquée par un seul facteur. Parmi les pistes examinées :

  • Facteurs de mode de vie : surpoids, mauvaise alimentation (excès d’aliments ultratransformés, faible consommation de fibres), sédentarité, consommation d’alcool et tabagisme sont des facteurs connus de risque pour le cancer colorectal. Ils peuvent contribuer à une part de l’augmentation, mais n’expliquent pas entièrement la hausse observée dans un laps de temps restreint.
  • Exposition aux antibiotiques : des études épidémiologiques ont suggéré une association entre usages répétés d’antibiotiques et risque accru de cancer colorectal précoce, possiblement en perturbant l’équilibre du microbiote intestinal.
  • Microbiote intestinal : des découvertes récentes ont focalisé l’attention sur des bactéries productrices de molécules génotoxiques. Une étude publiée dans Nature a identifié des traces de mutations liées à une toxine bactérienne, la colibactine (produite par certaines souches d’Escherichia coli), plus fréquentes chez des patients jeunes atteints d’un cancer colorectal que chez des patients plus âgés. Cette piste pourrait relier modifications du microbiote et cancérogenèse locale.
  • Facteurs génétiques et biologiques : plusieurs sous-types de cancer colorectal existent, et certains cas précoces peuvent être liés à des prédispositions génétiques. Cependant, la proportion de cas héréditaires ne suffit pas à expliquer l’ensemble de la hausse.

Pourquoi le mystère persiste

Les scientifiques reconnaissent la complexité du phénomène. Comme l’ont souligné des spécialistes, il est probable que plusieurs causes se combinent : interactions entre prédispositions génétiques, changements alimentaires et environnementaux, perturbations du microbiote et facteurs iatrogènes comme l’exposition répétée à certains médicaments. Le fait que de nombreux jeunes malades présentent par ailleurs un mode de vie apparemment sain complique la compréhension de l’étiologie.

La diversité des sous-types observés chez les jeunes rend également difficile l’identification d’un unique mécanisme. « Il sera très difficile d’en identifier une seule », note une chercheuse britannique spécialisée dans le sujet, pointant la nécessité d’études complémentaires, longitudinales et multi‑paramètres.

Signes qui doivent alerter

Il est essentiel que les symptômes digestifs persistants ne soient pas négligés, quel que soit l’âge. Les signes qui doivent inciter à consulter un professionnel de santé comprennent :

  • Présence de sang dans les selles ou selles très foncées
  • Modifications durables du transit (diarrhée ou constipation persistantes)
  • Douleurs abdominales inexpliquées ou sensation de gêne abdominale
  • Perte de poids involontaire et fatigue persistante
  • Anémie inexpliquée (essoufflement, pâleur)

En cas de symptômes persistants, le médecin évaluera le besoin d’examens complémentaires (test de recherche de sang dans les selles, coloscopie, imagerie, etc.). Le message relayé par des patients connus et des spécialistes est clair : ne pas attendre et consulter rapidement.

Dépistage : où en est-on ?

Face à l’augmentation des cas chez les moins de 50 ans, certains pays ont adapté leurs recommandations. Les États‑Unis ont abaissé l’âge de départ du dépistage organisé à 45 ans en 2021. Cette décision vise à détecter plus tôt des lésions précancéreuses et des cancers à un stade curable. Dans d’autres pays, comme la France et le Royaume‑Uni, le dépistage organisé reste majoritairement centré sur la tranche 50‑74 ans, mais le débat est ouvert et des voix s’élèvent pour réévaluer les âges cibles.

Le dépistage repose le plus souvent sur des tests non invasifs réalisés à domicile (test immunologique de recherche de sang dans les selles), suivis d’une coloscopie en cas de résultat positif. La coloscopie reste l’examen de référence pour visualiser la muqueuse colique et enlever d’éventuelles polypes.

Que peuvent faire les individus ?

Plusieurs mesures générales de prévention peuvent contribuer à réduire le risque, même si elles ne garantissent pas une protection absolue :

  • Maintenir un poids santé et pratiquer une activité physique régulière.
  • Favoriser une alimentation riche en fibres, légumes et fruits, et limiter les aliments ultratransformés et les viandes rouges ou transformées.
  • Limiter la consommation d’alcool et éviter le tabac.
  • Signaler rapidement tout symptôme digestif persistant à un professionnel de santé.

Il est aussi important d’informer son médecin de ses antécédents familiaux, car une histoire familiale de cancer colorectal peut justifier une surveillance plus précoce.

Ce que cherchent encore les chercheurs

Les équipes scientifiques multiplient les approches : études génétiques, analyses du microbiote, investigations épidémiologiques sur les expositions médicamenteuses et environnementales, et essais cliniques visant à mieux comprendre les mécanismes. Les indices mis en avant récemment, comme l’implication potentielle de la colibactine, sont prometteurs mais demandent des confirmations et des travaux mécanistiques pour établir une relation de cause à effet.

Parallèlement, la médecine préventive cherche à adapter les stratégies de dépistage et à cibler les populations à risque. L’objectif est double : identifier les cancers plus tôt pour améliorer le pronostic et comprendre les leviers de prévention pour réduire l’incidence à long terme.

En résumé

La hausse des cancers colorectaux chez les moins de 50 ans est un signal préoccupant qui a fait récemment les gros titres à la suite de la mort de personnalités publiques. Si l’on observe une augmentation statistique, les causes exactes restent mal définies et sont probablement multifactorielles. Les pistes actuelles incluent des facteurs de mode de vie, des altérations du microbiote intestinal, un rôle possible des antibiotiques et des facteurs génétiques pour une fraction des cas.

Devant ces incertitudes, le message principal pour la population reste de rester vigilant : consulter en cas de signes persistants, informer son médecin de ses antécédents, adopter des habitudes de vie favorables et suivre les recommandations de dépistage adaptées à son pays et à son profil de risque.

Quand consulter urgemment ?

Consultez rapidement en cas de saignement rectal abondant, douleur abdominale sévère et persistante, perte de connaissance, essoufflement marqué ou signes d’anémie importants. Pour tout autre symptôme chronique ou inquiétude, prenez rendez‑vous avec votre médecin traitant afin d’évaluer la nécessité d’investigations complémentaires.

La compréhension de cette épidémiologie nouvelle progresse, mais elle dépendra de recherches continues et d’une meilleure surveillance. En attendant, la vigilance individuelle et les campagnes d’information et de dépistage restent des outils essentiels pour limiter l’impact de cette maladie.

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