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Cancer colorectal chez les jeunes : pourquoi les cas explosent chez la génération 1980–1990 ?

La mort de personnalités récentes a mis en lumière une hausse inquiétante des cancers colorectaux chez les moins de 50 ans, particulièrement pour les personnes nées dans les années 1980‑1990. Les causes restent incertaines : chercheurs et médecins explorent des pistes variées, du microbiote aux antibiotiques, en passant par l'alimentation et les habitudes de vie.

Le décès récent d’une personnalité publique a ravivé l’inquiétude autour de la forte augmentation des cancers colorectaux chez les personnes de moins de 50 ans. Longtemps considérée comme une maladie touchant majoritairement les personnes âgées, la tumeur du côlon et du rectum affecte désormais de plus en plus de jeunes, en particulier ceux nés dans les années 1980 et 1990. Les données épidémiologiques font apparaître une progression marquée mais les causes exactes restent mal élucidées, ce qui pousse la communauté scientifique à multiplier les recherches.

Des chiffres qui interpellent

Plusieurs études menées dans des pays à revenu élevé — Australie, Canada, États-Unis, Royaume‑Uni — montrent une augmentation du risque de cancer colorectal chez les générations nées à partir des années 1980. Une recherche publiée dans le Journal of the National Cancer Institute a indiqué que les personnes nées dans les années 1990 présentent un risque environ quatre fois plus élevé de développer un cancer colorectal que celles nées dans les années 1960. Aux États‑Unis, une étude récente parue dans JAMA a même établi que le cancer colorectal est devenu la première cause de mortalité par cancer chez les moins de 50 ans dans ce pays.

Cependant, ces cancers restent encore majoritairement diagnostiqués chez des patients plus âgés : les moins de 50 ans représentent environ 6 % des cas diagnostiqués. Le changement d’incidence est donc spectaculaire sur le plan démographique mais part d’un niveau relativement bas, ce qui complique l’interprétation et la réponse sanitaire.

Quelles hypothèses pour expliquer cette hausse ?

Les facteurs classiques associés au risque de cancer colorectal sont bien connus : surpoids et obésité, alimentation riche en viandes transformées et pauvre en fibres, consommation d’alcool, tabagisme, sédentarité. Ces éléments contribuent à la charge globale de cancer dans la population, mais ils n’expliquent pas entièrement l’augmentation rapide observée chez les générations plus jeunes.

Face à ce constat, les chercheurs ont élargi leurs recherches à d’autres pistes :

  • Le microbiote intestinal : l’ensemble des microbes qui colonisent notre intestin est aujourd’hui suspecté d’avoir un rôle important. Des études récentes ont trouvé des altérations spécifiques du microbiote chez des jeunes patients atteints de cancer colorectal.
  • Les toxines bactériennes : une étude publiée dans Nature a mis en avant la colibactine, une toxine produite par certaines souches d’Escherichia coli. Les signatures génétiques laissées par cette génotoxine apparaissent plus fréquentes chez des patients jeunes, suggérant un lien potentiel mais non encore confirmé entre la présence de ces bactéries et l’apparition précoce de tumeurs.
  • L’usage antibiotique : des recherches indiquent qu’une exposition répétée et précoce aux antibiotiques pourrait modifier durablement le microbiote et favoriser des altérations favorables à la carcinogenèse colorectale.
  • Facteurs environnementaux et alimentaires nouveaux : l’augmentation de la consommation d’aliments ultra‑transformés, d’additifs et de modes de vie modifiés depuis les années 1980 est également étudiée comme facteur contributif possible.
  • Causes génétiques et syndromes héréditaires : bien que la majorité des cas précoces ne soit pas liée à des syndromes héréditaires connus (comme le syndrome de Lynch ou la polypose adénomateuse familiale), l’histoire familiale reste un indicateur important du risque et doit être recherchée systématiquement.

Pourquoi il est difficile d’identifier une cause unique

Les spécialistes insistent sur la complexité du phénomène. Comme l’explique Jenny Seligmann, chercheuse en cancer colorectal, il existe de nombreux sous‑types de cette maladie et probablement plusieurs trajectoires biologiques différentes conduisant à un cancer chez les jeunes. Cela rend improbable l’identification d’une seule cause explicative : au contraire, il est plus réaliste de penser à plusieurs facteurs combinés, agissant en interaction (gènes, microbiote, environnement, alimentation, médicaments).

De plus, l’augmentation observée en l’espace de quelques décennies suggère l’intervention de facteurs environnementaux ou comportementaux récents, mais l’interprétation est brouillée par des évolutions parallèles comme l’amélioration du diagnostic, des changements de pratiques médicales, et la variabilité des données entre pays.

Symptômes à surveiller et délai de diagnostic

Chez les jeunes, le cancer colorectal est souvent diagnostiqué tardivement parce que ni les patients ni les médecins ne le soupçonnent. Pourtant, certains signaux d’alerte doivent conduire à consulter rapidement :

  • Modifications persistantes du transit intestinal (diarrhée ou constipation).
  • Présence de sang dans les selles ou saignements rectaux inexpliqués.
  • Douleurs abdominales récurrentes ou sensation de gêne persistante.
  • Perte de poids involontaire et fatigue inexpliquée.
  • Anémie ou autres anomalies biologiques révélées par une prise de sang.

Devant ces signes, il est important de consulter son médecin généraliste qui décidera des examens appropriés (test de recherche de sang occulte dans les selles, coloscopie, imagerie, biopsies). Les jeunes sont souvent mis sous anti‑inflammatoires ou traités pour d’autres affections digestives avant que le diagnostic ne soit posé, ce qui retarde parfois la détection.

Dépistage : où en est‑on ?

Le dépistage organisé du cancer colorectal a permis de réduire l’incidence et la mortalité chez les populations ciblées. Aux États‑Unis, face à la montée des cas précoces, l’âge de départ du dépistage a été abaissé en 2021 de 50 à 45 ans. D’autres pays débattent encore de la mesure : au Royaume‑Uni et en France, le dépistage organisé reste principalement proposé à partir de 50 ans, bien que certains professionnels recommandent d’adapter la stratégie selon les antécédents familiaux et les facteurs de risque individuels.

Les outils de dépistage couramment utilisés sont le test immunologique sur selles (FIT) et la coloscopie. Le FIT peut détecter des traces de sang invisibles et orienter vers une coloscopie diagnostique si le test est positif. La coloscopie reste l’examen de référence car elle permet d’identifier et d’enlever des polypes avant qu’ils ne deviennent cancéreux.

Prévention et conseils pratiques

Bien qu’il n’existe pas de recette miracle pour prévenir tous les cas, plusieurs mesures de prévention sont recommandées pour réduire le risque global de cancer colorectal :

  • Maintenir un poids santé et pratiquer une activité physique régulière.
  • Favoriser une alimentation riche en fibres (fruits, légumes, céréales complètes) et limiter la consommation de viandes transformées et d’aliments ultra‑transformés.
  • Modérer la consommation d’alcool et éviter le tabac.
  • Éviter l’usage excessif et répétitif d’antibiotiques, en respectant les prescriptions médicales et en discutant de leur nécessité avec un professionnel de santé.
  • Connaître ses antécédents familiaux et en informer son médecin ; pour les familles à risque, une surveillance adaptée peut être mise en place plus tôt.

Des études suggèrent également que certains médicaments (aspirine à faibles doses) peuvent réduire le risque de récidive chez des patients sélectionnés, mais ces traitements ne doivent être envisagés que sous surveillance médicale et après évaluation du rapport bénéfice/risque.

Ce que les recherches à venir doivent éclairer

Les découvertes récentes sur la colibactine et les signatures génomiques liées à certaines bactéries sont prometteuses, mais demandent encore des validations. Les équipes de recherche cherchent à déterminer si des interventions ciblées sur le microbiote (probiotiques, modifications alimentaires, limitation des antibiotiques) pourraient réduire le risque, ou si des tests biologiques nouveaux permettront d’identifier plus tôt les personnes à risque.

La complexité et la multiplicité des facteurs impliqués imposent des études interdisciplinaires associant épidémiologie, microbiologie, génétique et recherche clinique. En attendant, la vigilance individuelle et collective — adhésion aux programmes de dépistage pour les tranches d’âge concernées, consultation rapide en cas de symptômes, et adoption d’un mode de vie protecteur — reste la meilleure stratégie pour limiter les conséquences de cette hausse inquiétante.

En résumé

La hausse des cancers colorectaux chez les jeunes, particulièrement ceux nés dans les années 1980–1990, est un signal d’alarme sanitaire. Si des facteurs bien connus (alimentation, obésité, alcool, tabac) jouent un rôle, ils ne suffisent pas à expliquer l’ensemble du phénomène. Les recherches se multiplient sur le microbiote, les toxines bactériennes et l’impact des antibiotiques, mais il faudra du temps pour établir des conclusions nettes. En attendant, connaître les symptômes, consulter rapidement et suivre les recommandations de dépistage selon son âge et ses antécédents restent essentiels.

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