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Cancer colorectal chez les jeunes : pourquoi les cas augmentent et ce que disent les chercheurs

La mort de l'acteur James Van Der Beek à 48 ans ravive l'alerte sur la hausse des cancers colorectaux avant 50 ans, un phénomène observé dans plusieurs pays et encore mal expliqué. Les spécialistes explorent des pistes multiples — microbiote, antibiotiques, facteurs de mode de vie et facteurs génétiques — mais aucune cause unique n’a été identifiée à ce jour.

La disparition de l’acteur américain James Van Der Beek, décédé à 48 ans des suites d’un cancer colorectal, a remis sous les projecteurs une tendance qui inquiète les spécialistes : la hausse du nombre de cancers du côlon et du rectum chez les personnes de moins de 50 ans. Ce phénomène, documenté depuis plusieurs années dans plusieurs pays à revenus élevés, reste incompris dans ses causes précises. Les équipes de recherche multiplient les travaux pour tenter d’expliquer une augmentation rapide observée sur une génération, en étudiant à la fois des facteurs environnementaux, biologiques et génétiques.

Des chiffres qui interpellent

Les données épidémiologiques font apparaître une augmentation nette du risque de cancer colorectal pour les générations nées à partir des années 1980-1990 par rapport aux générations précédentes. Selon des études internationales, les personnes nées dans les années 1990 ont jusqu’à quatre fois plus de risque d’être atteintes qu’une génération née dans les années 1960. Malgré cette hausse, la majorité des cas continue de concerner des personnes plus âgées : environ 6 % des cancers colorectaux sont diagnostiqués chez les moins de 50 ans dans certaines séries nationales.

Aux États-Unis, la maladie est devenue la première cause de mortalité par cancer chez les moins de 50 ans dans certaines études récentes. Cette situation a conduit les autorités américaines à abaisser l’âge de départ du dépistage organisé de 50 à 45 ans en 2021. Dans d’autres pays, comme la France ou le Royaume-Uni, le dépistage organisé reste en général proposé à partir de 50 ans, bien que des voix s’élèvent pour réévaluer ces seuils à la lumière des tendances actuelles.

Quelles causes possibles ?

La question qui préoccupe le plus les chercheurs est simple : pourquoi une augmentation si rapide chez des sujets jeunes ? Plusieurs hypothèses sont à l’étude, souvent complémentaires plutôt qu’exclusives. Les principales pistes explorées sont :

  • Facteurs de mode de vie : surpoids, alimentation riche en produits ultra-transformés et en graisses, faible consommation de fibres, sédentarité, consommation d’alcool et tabagisme sont des facteurs connus de risque pour le cancer colorectal. Ils peuvent contribuer à la tendance, mais ne suffisent pas à expliquer l’ampleur et la rapidité de l’augmentation observée.
  • Microbiote intestinal : de plus en plus d’études mettent en avant le rôle potentiel du microbiote (ensemble des microbes intestinaux). Certaines bactéries capables de produire des substances génotoxiques — comme la colibactine produite par certaines souches d’Escherichia coli — laissent des signatures de mutation retrouvées plus fréquemment dans les tumeurs de jeunes patients. Ces résultats sont considérés comme un indice important, mais nécessitent des confirmations et des études mécanistiques supplémentaires.
  • Usage d’antibiotiques : des travaux suggèrent qu’un usage répété d’antibiotiques, surtout à un âge précoce, pourrait perturber durablement le microbiote et favoriser des processus inflammatoires ou mutagènes impliqués dans la carcinogenèse colorectale.
  • Causes génétiques et prédispositions héréditaires : des syndromes héréditaires comme la polypose adénomateuse familiale (FAP) ou le syndrome de Lynch augmentent fortement le risque de cancer colorectal, souvent à un âge plus jeune. Ces cas restent minoritaires mais importants à détecter car ils impliquent une prise en charge spécifique et un suivi familial.
  • Multiplicité des sous-types tumoraux : l’observation de nombreux sous-types moléculaires différents laisse penser que plusieurs mécanismes distincts peuvent conduire à des cancers colorectaux précoces, ce qui complique l’identification d’une cause unique.

Ce que montrent les études récentes

Une étude publiée dans la revue Nature a mis en évidence une signature mutagène liée à la colibactine, retrouvée plus fréquemment dans les tumeurs de patients jeunes. Pour les chercheurs, il s’agit d’un « premier indice » sur le rôle possible de certaines bactéries du microbiote dans la genèse de cancers précoces. D’autres études épidémiologiques ont relié des antécédents d’utilisation d’antibiotiques à un risque accru de cancer colorectal sur le long terme.

Malgré ces avancées, les experts insistent sur la prudence : corrélation ne signifie pas causalité, et les résultats demandent des réplications ainsi que des expériences biologiques pour confirmer des mécanismes. Par ailleurs, les cohortes étudiées proviennent majoritairement d’Australie, des États-Unis, du Canada et du Royaume-Uni, ce qui pose la question de la généralisation à d’autres populations et contextes environnementaux.

Pourquoi le diagnostic est souvent tardif chez les jeunes

Un autre facteur aggravant est le retard diagnostique fréquent chez les personnes jeunes. Les symptômes évocateurs d’un cancer colorectal — changement du transit intestinal (diarrhée ou constipation persistante), présence de sang dans les selles, douleur abdominale, perte de poids inexpliquée, fatigue — sont souvent attribués à des causes bénignes chez des patients jeunes, tels que le syndrome de l’intestin irritable ou des infections. Cette sous-estimation conduit parfois à des diagnostics à un stade avancé, réduisant les chances de traitement curatif simple.

C’est pourquoi de nombreux cliniciens appellent à davantage de vigilance : consulter son médecin dès l’apparition de signes persistants, et ne pas hésiter à demander des examens complémentaires si les symptômes persistent ou s’aggravent.

Que faire aujourd’hui ? Recommandations pratiques

Face à l’incertitude scientifique, plusieurs mesures concrètes s’imposent pour limiter les risques et améliorer les prises en charge :

  • Sensibilisation et information : informer le grand public et les médecins généralistes que le cancer colorectal peut toucher des personnes jeunes et que certains symptômes doivent amener à des investigations rapides.
  • Dépistage ciblé : suivre les recommandations nationales de dépistage et, pour les personnes à risque (antécédents familiaux, syndromes héréditaires, antécédent de polypes, maladies inflammatoires chroniques de l’intestin), envisager un dépistage plus précoce et un suivi personnalisé.
  • Mode de vie : adopter des comportements protecteurs reconnus — alimentation riche en fibres, limitation des produits ultra-transformés et de l’alcool, activité physique régulière, maintien d’un poids santé et arrêt du tabac — même si ces mesures n’expliquent pas à elles seules la hausse des cas chez les jeunes.
  • Prudence avec les antibiotiques : utiliser les antibiotiques seulement lorsque cela est justifié et sous la supervision d’un professionnel de santé afin de limiter leurs effets potentiellement délétères sur le microbiote.
  • Consultation rapide : consulter son médecin en présence de symptômes persistants (sang dans les selles, modification durable du transit, amaigrissement inexpliqué, fatigue intense) et demander les tests appropriés (test de recherche de sang occulte dans les selles, coloscopie si indiqué).

Perspectives scientifiques et besoins de recherche

Les chercheurs insistent sur la nécessité de programmes de recherche pluridisciplinaires : génétique, microbiologie, épidémiologie, nutrition et sciences du comportement doivent être articulés pour décrypter ce phénomène. Il faut notamment :

  1. Valider et comprendre le rôle potentiel de signatures mutagènes liées à des bactéries du microbiote.
  2. Étudier l’impact à long terme d’expositions précoces (antibiotiques, alimentation, environnement) sur le risque cancérogène.
  3. Améliorer la détection précoce par des biomarqueurs ou des stratégies de dépistage adaptées aux personnes jeunes à risque.
  4. Confronter les résultats obtenus dans différentes populations et contextes géographiques.

Ces axes devraient permettre, à terme, de mieux cibler des actions préventives et des stratégies thérapeutiques adaptées aux cancers colorectaux précoces, qui semblent se constituer par des voies biologiques parfois distinctes de celles observées chez les patients plus âgés.

Un message clair pour le public

La hausse des cancers colorectaux chez les moins de 50 ans est un signal d’alerte qui nécessite attention et action, mais pas de panique. Les connaissances progressent et plusieurs pistes prometteuses sont à l’étude. En attendant des réponses définitives, la meilleure attitude reste la prévention, la vigilance face aux symptômes et le recours rapide au médecin. Pour les personnes présentant des antécédents familiaux ou des facteurs de risque connus, parler de leur situation avec un médecin permet de définir un calendrier de surveillance adapté.

La disparition de personnalités médiatiques touchées par cette maladie rappelle tragiquement que le cancer colorectal n’est pas réservé aux personnes âgées. Cela renforce l’urgence d’améliorer la prévention, d’élargir le dialogue sur le dépistage et de soutenir la recherche pour comprendre et inverser cette tendance préoccupante.

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