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Autisme chez l’enfant : l’État annonce inspections et sanctions contre les prises en charge psychanalytiques

Après la publication de nouvelles bonnes pratiques par la HAS, le gouvernement promet des inspections pour sanctionner les prises en charge non recommandées, notamment psychanalytiques. Des suspensions et fermetures temporaires d'unités ont déjà eu lieu, et des familles pourraient saisir la justice si les préconisations ne sont pas respectées.

La publication récente des bonnes pratiques de la Haute Autorité de santé (HAS) concernant l’accompagnement des enfants présentant un trouble du spectre de l’autisme (TSA) a déclenché une réaction ferme de l’exécutif. Le délégué interministériel aux troubles du neurodéveloppement a annoncé des missions d’inspection dans les structures accueillant ces enfants, et a évoqué la possibilité de sanctions — allant jusqu’à des fermetures temporaires de lits — pour les établissements qui recourent à des méthodes jugées « non recommandées », en particulier certaines approches psychanalytiques.

Pourquoi la HAS déconseille la psychanalyse pour l’autisme

La HAS a détaillé des pratiques cliniques fondées sur des preuves scientifiques pour la prise en charge des TSA, insistant sur l’intervention précoce, le développement des compétences de communication et l’implication des parents. Elle a qualifié la psychanalyse de « non recommandée » pour l’autisme : selon l’autorité, ces approches n’ont pas démontré leur efficacité pour améliorer les compétences adaptatives des enfants autistes et peuvent parfois retarder la mise en place d’interventions validées.

Ce constat s’appuie sur des revues de la littérature et sur l’expertise multidisciplinaire réunie par la HAS. Les recommandations mettent en avant des méthodes comportementales et développementales qui visent à enseigner des compétences concrètes (communication, autonomie, gestion des comportements) et à adapter l’environnement de l’enfant.

Réaction de l’État : inspections et mesures conservatoires

Face à ces conclusions, le délégué interministériel a déclaré ne plus tolérer dans les structures d’accompagnement d’enfants autistes le recours à des prises en charge exclusivement psychanalytiques. Il a annoncé des missions d’inspection conduites avec les agences régionales de santé (ARS) pour vérifier la conformité des pratiques aux recommandations scientifiques. Si des écarts importants sont constatés et qu’ils constituent une « perte de chance » pour l’enfant, des mesures comme la fermeture temporaire de lits ou la suspension d’activités pourront être ordonnées afin de forcer une refonte des projets d’établissement.

Au-delà des mesures administratives, le délégué a également indiqué que des familles pourraient engager des actions en justice pour faire valoir que leur enfant n’a pas bénéficié des méthodes reconnues par la HAS. Ces perspectives renforcent la pression sur les établissements et les professionnels dont la formation ou les pratiques restent ancrées dans une approche psychanalytique.

Cas concret : suspension en Île-de-France

Illustration immédiate de cette politique : l’Agence régionale de santé d’Île-de-France a suspendu en urgence plusieurs services d’hospitalisation complète au sein d’une grande structure pédopsychiatrique qui accueillait de nombreux jeunes avec TSA. Les motifs avancés concernent des pratiques d’enfermement et une inadéquation aux recommandations de la HAS. La décision montre que les ARS sont prêtes à agir rapidement lorsque des risques pour les enfants sont signalés.

Des familles qui témoignent et s’épuisent

Les associations et les lignes d’information pour l’autisme font état de témoignages nombreux et préoccupants. Des parents racontent des consultations où l’on leur impute la responsabilité des troubles de leur enfant, ou des prises en charge qui ne favorisent ni les apprentissages ni l’autonomie. Ces récits renforcent le sentiment chez de nombreuses familles d’avoir affaire à des professionnels still ancrés dans une culture psychanalytique, parfois au détriment d’approches centrées sur le développement concret de l’enfant.

Pour des parents, l’absence d’intervention adaptée se traduit par une stagnation ou un retard des acquis, alors que les recommandations insistent sur l’importance d’un accompagnement précoce, dès 18 mois lorsque des signes sont identifiés. Le soutien et la formation des parents sont aussi soulignés comme essentiels pour permettre un suivi cohérent à la maison.

La question de la formation des professionnels

Les autorités pointent la persistance, dans certaines formations initiales et continues, d’enseignements qui privilégient des cadres cliniques non validés par les preuves actuelles. Le délégué interministériel a cité des diplômes universitaires qui continueraient d’exposer les étudiants à la psychanalyse comme angle d’interprétation des signes cliniques, sans suffisamment d’alternative fondée sur des preuves.

Plusieurs acteurs du secteur reconnaissent que la formation des pédopsychiatres, psychologues, éducateurs et travailleurs sociaux a évolué mais reste parfois marquée par des héritages théoriques. La mise à jour des cursus et la diffusion des recommandations de bonnes pratiques apparaissent donc comme des leviers essentiels pour changer les pratiques sur le terrain.

Que préconise la HAS pour la prise en charge des enfants avec TSA ?

  • Intervenir le plus tôt possible, avec des bilans et des accompagnements dès l’apparition de signes, parfois dès 18 mois.
  • Favoriser les approches développementales et comportementales qui enseignent des compétences pratiques : communication, autonomie quotidienne, gestion des comportements.
  • Évaluer régulièrement le fonctionnement et les progrès de l’enfant, avec des objectifs individualisés et révisables.
  • Placer les parents au centre du parcours : information, accompagnement et formation pour qu’ils puissent appliquer des stratégies cohérentes au quotidien.
  • Coordonner les interventions entre établissements scolaires, équipes de soin et services sociaux pour assurer une continuité des prises en charge.

Conséquences possibles pour les établissements

Les inspections des ARS visent à vérifier que les projets d’établissement et les pratiques professionnelles sont conformes aux recommandations et garantissent l’intérêt de l’enfant. En cas d’infraction ou de pratiques dangereuses, plusieurs mesures peuvent être appliquées : injonctions de mise en conformité, suspensions temporaires de lits ou d’activités, et, si nécessaire, signalement aux autorités judiciaires. Ces sanctions administratives ont vocation à protéger les enfants et à encourager une mise à niveau rapide des pratiques.

Certaines structures devront peut-être revoir leur projet clinique, former leurs équipes à des méthodes validées et renforcer la coopération avec les familles. Pour les établissements qui s’adaptent, la période de remise à niveau peut être l’occasion de moderniser l’offre et de mieux répondre aux besoins des enfants et de leurs proches.

Vers une justice des familles ?

Le renforcement des recommandations ouvre la voie à des recours juridiques par des familles qui estiment que leur enfant n’a pas reçu les soins appropriés. Des actions en responsabilité pourraient être engagées pour obtenir réparation financière ou pour faire reconnaître une faute professionnelle. L’enjeu juridique complétera l’action administrative : au-delà des sanctions collectives, des décisions de justice pourraient condamner des pratiques individuelles ou institutionnelles inadéquates.

Perspectives et défis

La mise en conformité généralisée des pratiques représente un défi majeur. Elle suppose des moyens pour la formation continue, des ressources humaines qualifiées, et des outils d’évaluation adaptés sur le terrain. Les ARS, les établissements universitaires, les équipes de soins et les associations de familles devront travailler ensemble pour que les recommandations conduisent à des changements effectifs et rapides.

Par ailleurs, l’accompagnement des familles durant la période de transition est crucial : soutenir les parents, leur fournir des informations claires et des dispositifs d’aide, et s’assurer que les enfants ne perdent pas d’accès aux soins pendant les réformes structurelles.

En synthèse

La position de la HAS et la réaction de l’État marquent un tournant dans la politique française de prise en charge de l’autisme. L’objectif affiché est de substituer aux pratiques non validées des interventions fondées sur la preuve et axées sur le développement concret des compétences des enfants. Les inspections annoncées et les premières suspensions montrent que les autorités sont prêtes à agir. Reste à transformer ces décisions en améliorations durables de l’offre de soins, pour que chaque enfant autiste bénéficie des interventions les plus efficaces et des parents du soutien dont ils ont besoin.

Les prochains mois seront donc déterminants : ils diront si les recommandations de la HAS s’accompagnent d’une réelle mise en conformité des pratiques, d’une modernisation des formations et d’une protection effective des droits et du développement des enfants autistes.

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