Santé Quotidien, votre actualité santé et bien-être

Après la mort de James Van Der Beek, l’énigme de la hausse des cancers colorectaux chez les jeunes

La mort de l’acteur américain James Van Der Beek met en lumière l’augmentation inquiétante des cancers colorectaux chez les moins de 50 ans, dont les causes restent mal comprises. Si des facteurs de risque classiques sont impliqués, des pistes nouvelles comme le microbiote attirent l’attention des chercheurs.

La mort de l’acteur américain James Van Der Beek, décédé à 48 ans des suites d’un cancer colorectal, a ravivé l’attention sur un phénomène inquiétant : la forte augmentation, observée depuis quelques décennies, des cas de cancer du côlon et du rectum chez les personnes de moins de 50 ans. Si l’affection reste globalement plus fréquente chez les seniors, les tendances épidémiologiques récentes montrent une progression nette chez les générations nées à partir des années 1980 et 1990, au point que des équipes de recherche parlent aujourd’hui d’une « épidémie chez les jeunes ».

Chiffres et tendances : que montrent les études ?

Plusieurs études internationales ont mis en évidence une hausse significative de l’incidence du cancer colorectal chez les jeunes adultes. Une recherche publiée dans le Journal of the National Cancer Institute a estimé que les personnes nées dans les années 1990 présentaient un risque environ quatre fois supérieur de développer un cancer colorectal par rapport à celles nées dans les années 1960, sur certaines périodes observées et dans plusieurs pays (Australie, Canada, États-Unis, Royaume‑Uni).

Aux États‑Unis, une étude parue dans la revue JAMA a même montré que, parmi les moins de 50 ans, le cancer colorectal est devenu la première cause de mortalité par cancer. Malgré tout, il faut rappeler que la majorité des cas restent diagnostiqués chez des personnes plus âgées : environ 6 % des cancers colorectaux sont diagnostiqués avant 50 ans selon des analyses menées dans plusieurs populations.

Face à cette montée, les recommandations de dépistage ont évolué : les États‑Unis ont abaissé l’âge de début du dépistage systématique à 45 ans en 2021, une mesure qui suscite des débats et des discussions dans d’autres pays, où le dépistage reste souvent proposé à partir de 50 ans.

Les facteurs de risque classiques n’expliquent pas tout

Les causes possibles de cette hausse sont multiples et, à ce stade, incomplètement comprises. Les facteurs de risque reconnus pour le cancer colorectal—surpoids et obésité, alimentation riche en produits transformés et en viande rouge, consommation excessive d’alcool, tabagisme, sédentarité—sont certainement en partie responsables de l’augmentation observée. Ces comportements ont progressé à l’échelle mondiale et contribuent à un fardeau plus élevé de plusieurs cancers.

Cependant, de nombreux cliniciens et chercheurs soulignent que ces éléments ne suffisent pas à expliquer l’ampleur et la rapidité du phénomène. Des patients diagnostiqués jeunes présentent parfois des modes de vie globalement sains, ce qui pousse la communauté scientifique à explorer d’autres pistes et mécanismes.

Le microbiote intestinal : une piste prometteuse

Parmi les hypothèses récentes, le rôle du microbiote intestinal suscite un intérêt croissant. Le microbiote, cet ensemble complexe de bactéries, virus et champignons vivant dans notre intestin, peut influencer l’inflammation, le métabolisme des nutriments, et la réparation de l’ADN. Des dérèglements ou la présence de souches bactériennes particulières pourraient favoriser des altérations cellulaires propices aux cancers.

Une étude publiée dans la revue Nature a mis en lumière une découverte notable : certaines mutations caractéristiques associées à une molécule bactérienne appelée colibactine — une génotoxine produite par certaines souches d’Escherichia coli — étaient plus fréquentes chez des patients jeunes atteints de cancer colorectal que chez des patients plus âgés. Ce signal donne un « premier indice important », mais il nécessite des travaux complémentaires pour établir un lien de causalité et comprendre les circonstances d’exposition et d’action.

Par ailleurs, plusieurs recherches ont suggéré une association entre l’usage répété d’antibiotiques et un risque accru de cancer colorectal précoce, possiblement via un effet perturbateur sur l’équilibre du microbiote. Ces observations soulignent la complexité des interactions entre comportements, environnement microbien et santé intestinale.

Des causes probablement multiples et variées

Les spécialistes notent également la diversité des sous‑types de cancers colorectaux diagnostiqués chez les jeunes, ce qui fait penser que plusieurs causes ou combinaisons de causes peuvent être en jeu. Comme l’a expliqué une chercheuse britannique impliquée dans ces travaux, il sera probablement « très difficile d’identifier une seule cause » expliquant l’ensemble de la hausse observée.

Des facteurs environnementaux, des expositions alimentaires ou chimiques, des variations génétiques prédisposantes ou encore des changements dans les pratiques de prescription médicamenteuse au cours des dernières décennies pourraient tous contribuer, directement ou indirectement, à cette augmentation.

Quels sont les signes à surveiller ?

Un diagnostic précoce améliore significativement les chances de traitement efficace. Il est donc crucial de connaître les symptômes qui doivent pousser à consulter un médecin, même chez des personnes jeunes :

  • modifications persistantes du transit intestinal (diarrhée ou constipation sans cause évidente) ;
  • présence de sang dans les selles ou selles plus foncées ;
  • douleurs abdominales inexpliquées, crampes ou ballonnements persistants ;
  • perte de poids involontaire et non expliquée ;
  • fatigue chronique, pâleur liée à une anémie possible.

Ces signes ne signifient pas nécessairement la présence d’un cancer, mais ils justifient une évaluation médicale rapide, qui peut inclure un examen clinique, un test de recherche de sang dans les selles et, selon les cas, une coloscopie.

Dépistage, diagnostic et prévention

Le dépistage organisé et individuel reste une mesure clé pour détecter des lésions précancéreuses et des cancers à un stade précoce. Les méthodes de dépistage courantes comprennent les tests à la recherche de sang occulte dans les selles (tests immunologiques) et la coloscopie, examen qui permet de visualiser directement l’intérieur du côlon et du rectum et d’enlever des polypes lorsque nécessaire.

Au‑delà du dépistage, les mesures de prévention recommandées reposent sur des leviers bien établis :

  • maintien d’un poids santé et d’une activité physique régulière ;
  • alimentation riche en fibres, légumes et fruits, et limitation des produits ultratransformés et de la viande rouge ;
  • modération de la consommation d’alcool et arrêt du tabac ;
  • usage raisonné des antibiotiques, conforme aux recommandations médicales, pour préserver l’équilibre du microbiote lorsque cela est possible.

Ces recommandations ne garantissent pas l’absence de cancer, mais elles contribuent à réduire le risque global et améliorent la santé digestive et générale.

Que font les chercheurs et quelles perspectives ?

La communauté scientifique multiplie les approches pour tenter de comprendre cette hausse préoccupante : études épidémiologiques comparant cohortes nées à différentes périodes, analyses génomiques et moléculaires des tumeurs, investigations sur le microbiote et recherches expérimentales en laboratoire. L’objectif est double : identifier des facteurs de risque modifiables pour orienter des politiques de prévention, et mieux caractériser les tumeurs chez les jeunes pour adapter les stratégies de dépistage et de traitement.

Des découvertes récentes, comme l’identification de mutations liées à des toxines bactériennes, ouvrent des pistes prometteuses, mais elles exigent du temps et des validations supplémentaires avant de se traduire en recommandations cliniques. Entre‑temps, les médecins appellent à la vigilance : consulter rapidement en cas de symptômes et discuter du dépistage dans le cadre d’antécédents familiaux ou de facteurs individuels de risque.

Que retenir ?

La hausse des cancers colorectaux chez les moins de 50 ans est un signal sanitaire important dont les causes restent partiellement élucidées. Si l’alimentation, l’obésité et le mode de vie expliquent en partie l’augmentation, des facteurs nouveaux comme des modifications du microbiote ou des expositions environnementales pourraient également jouer un rôle. Le décès de personnalités médiatiques met en lumière l’urgence d’améliorer la sensibilisation, le dépistage et la recherche.

En pratique : il est essentiel de ne pas négliger des symptômes digestifs persistants, de consulter son médecin et, selon les recommandations locales et le profil individuel, d’envisager un dépistage. Pour la population et les autorités de santé, l’enjeu est à la fois de mieux prévenir et de poursuivre les travaux pour percer l’énigme de cette augmentation chez les jeunes générations.

Partager l'article

Articles sur le même thème

Augmentation inquiétante du cancer colorectal chez les moins de 50 ans : que sait‑on après la mort de James Van Der Beek ?

La disparition de l’acteur James Van Der Beek met en lumière la hausse des cancers colorectaux chez les adultes de moins de 50 ans, un phénomène observé dans plusieurs pays et dont les causes restent largement inconnues. Des pistes comme l’obésité, l’antibiothérapie répétée et le microbiote intestinal sont étudiées, tandis que les autorités sanitaires débattent d’un abaissement de l’âge du dépistage.

Lire la suite

Sang rare et plasma précieux : pourquoi l’EFS encourage certains donneurs à revenir régulièrement

L’Etablissement français du sang contacte certains donneurs pour les inciter à revenir régulièrement : il s’agit souvent de personnes porteuses de groupes sanguins rares ou dotées d’anticorps particulièrement utiles. Leur sang ou leur plasma permet de fabriquer des médicaments à base d’anticorps et d’assurer des transfusions vitales pour des patients en situation complexe.

Lire la suite