La prise en charge des enfants atteints de troubles du spectre de l’autisme (TSA) entre dans une nouvelle phase de contrôle et de mise en conformité. Après la publication par la Haute Autorité de santé (HAS) de recommandations actualisées, l’exécutif français a annoncé des inspections ciblées et la possibilité de sanctions — y compris des fermetures temporaires — pour les établissements qui persistent à recourir à des pratiques jugées « non recommandées », en particulier la psychanalyse.
Les recommandations de la HAS : ce qui change
La HAS a récemment précisé les bonnes pratiques pour l’accompagnement des enfants avec TSA. Parmi les points clefs figurent l’intervention la plus précoce possible (dès 18 mois lorsqu’un signe est détecté), la promotion du développement de la communication, l’évaluation annuelle du fonctionnement et des progrès de l’enfant, ainsi que la place centrale des parents et de leur formation. Ces recommandations s’appuient sur des méthodes dites comportementales et développementales, dont l’efficacité a été documentée dans la littérature scientifique.
La HAS a, de surcroît, qualifié la psychanalyse de pratique « non recommandée » pour le traitement de l’autisme, estimant qu’elle n’est reconnue comme traitement adapté dans aucun pays. Ce positionnement vise à orienter les professionnels et les structures vers des pratiques validées et à éviter des prises en charge potentiellement inadaptées ou préjudiciables.
Pourquoi la psychanalyse est visée
Plusieurs arguments ont conduit à cette mise à l’écart de la psychanalyse dans le contexte de l’autisme. D’une part, les approches psychanalytiques n’ont pas montré de bénéfice mesurable pour l’amélioration des compétences sociales, de communication ou d’autonomie chez les enfants autistes. D’autre part, elles peuvent instaurer un climat de culpabilisation chez les parents, en renvoyant la responsabilité de l’apparition du handicap sur la relation mère‑enfant ou sur des comportements parentaux.
Etienne Pot, délégué interministériel aux troubles du neurodéveloppement (TND), l’a exprimé sans détour : « Je ne veux plus qu’il y ait, dans notre pays, des structures qui accompagnent des enfants autistes en ayant recours à la psychanalyse. » Pour lui, ces approches « n’ont jamais démontré le moindre progrès pour les enfants autistes » et peuvent constituer une « perte de chance » si elles remplacent des interventions fondées sur des preuves.
Mesures annoncées : inspections, suspensions et poursuites
Face aux constats rapportés par des familles et des associations, l’État a annoncé un renforcement des contrôles. Des missions d’inspection seront menées dans les structures accueillant des enfants autistes afin de vérifier la conformité des pratiques aux recommandations scientifiques. Si des méthodes non conformes sont identifiées, les autorités compétentes pourront ordonner des « fermetures temporaires de lits » pour permettre la révision des projets d’établissement.
Le ministère de la Santé n’exclut pas non plus un recadrage des établissements et affirme que des suites judiciaires restent possibles. Des familles informées et mécontentes pourront saisir la justice pour faire valoir que leur enfant n’a pas bénéficié des méthodes recommandées par la HAS, et demander réparation en cas de perte de chance.
Un premier cas en Ile‑de‑France
À titre d’exemple concret, l’Agence régionale de santé (ARS) d’Île‑de‑France a suspendu en urgence quatre services d’hospitalisation complète à la Fondation Vallée, à Gentilly (Val‑de‑Marne), pointant des pratiques d’enfermement d’enfants et un non‑respect des recommandations de la HAS. Ce centre, qui fait partie du plus grand hôpital pédopsychiatrique de France et accueille majoritairement des jeunes avec TSA, a été visé parce que son mode d’accompagnement n’était pas conforme aux standards attendus pour l’autisme.
La suspension illustre la ferme volonté des autorités de traduire les recommandations en actes concrets, et d’agir rapidement lorsqu’il existe un danger ou un risque de perte de chance pour les mineurs concernés.
Temoignages et conséquences pour les familles
De nombreuses familles ont témoigné des effets délétères de prises en charge inadaptées. Des récits recueillis par la ligne Autisme Info Service décrivent des situations où des professionnels imputaient des troubles somatiques à la relation mère‑enfant ou où des parents se voyaient reprocher leur comportement plutôt que de se voir proposer des stratégies d’accompagnement pratiques et adaptées.
Danièle Langloys, présidente d’Autisme France, rappelle que « les familles se retrouvent majoritairement face à des professionnels imbibés de psychanalyse » et que, sans interventions adaptées, « l’enfant ne progresse pas ». Les associations et représentants de familles ont salué l’initiative des inspections, tout en demandant des garanties de suivi et un accompagnement effectif pour les structures mises en conformité.
Quelles pratiques sont recommandées ?
La HAS et la communauté scientifique privilégient aujourd’hui des approches reposant sur des preuves. Parmi elles figurent :
- Les interventions comportementales et développementales, visant à encourager l’apprentissage de la communication, des compétences sociales et l’autonomie dans la vie quotidienne ;
- La mise en place d’évaluations régulières et individualisées pour adapter le projet d’accompagnement en fonction des progrès et des besoins de l’enfant ;
- Le renforcement du rôle des parents : information, formation et soutien afin qu’ils puissent participer activement aux interventions et généraliser les apprentissages à domicile ;
- La coordination pluridisciplinaire entre pédiatres, pédopsychiatres, psychologues, orthophonistes, ergothérapeutes et autres professionnels spécialisés.
Comment repérer une prise en charge conforme ?
Pour les familles qui cherchent un service ou un établissement, quelques repères peuvent aider :
- Demander quel est le cadre théorique et les méthodes employées, et s’assurer qu’elles sont fondées sur des preuves scientifiques ;
- Vérifier que le projet personnalisé est formalisé, réévalué régulièrement et centré sur des objectifs concrets et mesurables ;
- S’assurer de la place donnée aux parents : formation, soutien et transmission d’outils pratiques ;
- Observer si l’accompagnement favorise l’autonomie et le développement des compétences fonctionnelles de l’enfant plutôt que des analyses interprétatives de la relation parent‑enfant ;
- Contacter des associations de familles ou des lignes d’écoute spécialisées pour obtenir des avis et des retours d’expérience.
La question de la formation des professionnels
Un des leviers identifiés pour faire évoluer les pratiques est la formation initiale et continue des professionnels. Selon Etienne Pot, la formation de certains pédopsychiatres, psychologues et travailleurs sociaux reste encore trop imprégnée d’une approche psychanalytique, ce qui peut freiner l’adoption de méthodes comportementales et développementales. Certaines universités ou diplômes continuent d’offrir des enseignements qui incluent un éclairage psychanalytique de l’autisme, ce qui soulève des critiques lorsque ces enseignements ne distinguent pas clairement ce qui est scientifiquement validé de ce qui relève d’une perspective clinique sans preuves d’efficacité pour l’autisme.
Les autorités appellent donc à une mise à jour des cursus et à la promotion de formations fondées sur les données probantes, pour garantir que les futurs professionnels disposent des outils nécessaires pour accompagner les enfants et leurs familles conformément aux recommandations nationales.
Voies de recours et responsabilités
Si une famille estime que son enfant a été exposé à des pratiques inadaptées, plusieurs possibilités existent : recours auprès de l’établissement, signalement aux autorités sanitaires locales, saisines des agences régionales de santé et, le cas échéant, actions juridiques. Les inspections annoncées doivent permettre de repérer les situations à risque et d’engager des mesures correctrices avant que n’apparaissent des conséquences irréversibles pour les enfants pris en charge.
Conclusion
La mise au point de la HAS et la réaction de l’État visent à protéger les enfants autistes et leurs familles en favorisant des pratiques d’accompagnement efficaces et sécurisées. Si la décision de classer la psychanalyse comme « non recommandée » suscite des débats professionnels et institutionnels, elle marque surtout une volonté d’aligner la prise en charge sur les preuves scientifiques et d’assurer un suivi rigoureux des structures. Pour les familles, il est essentiel de rester informées, de poser des questions précises aux professionnels et d’exiger des projets d’accompagnement centrés sur le développement et l’autonomie de l’enfant.
Les prochains mois devraient montrer comment les inspections et les actions de mise en conformité se traduiront sur le terrain, et si elles permettront d’améliorer l’accès à des services qui respectent les recommandations de la HAS et répondent aux besoins réels des enfants autistes et de leurs proches.