La récente publication de bonnes pratiques par la Haute Autorité de santé (HAS) dans le domaine des troubles du spectre autistique (TSA) provoque une réaction nette de lÉtat : des missions dinspection vont être menées pour vérifier que les structures accueillant des enfants autistes appliquent des méthodes recommandées par la science. L’exécutif a clairement indiqué qu’il ne tolérerait plus des prises en charge reposant sur des approches jugées non recommandées, notamment certaines formes de psychanalyse.
Des recommandations qui remettent la psychanalyse en question
La HAS a actualisé ses références pour l’accompagnement des enfants présentant un TSA, en insistant sur des interventions précoces, structurées et fondées sur des preuves. Dans ce document, la psychanalyse est qualifiée de pratique « non recommandée » pour la prise en charge de l’autisme : les instances scientifiques n’ont pas identifié d’effet démontré de ces approches pour améliorer le développement des enfants autistes. Cette position repose sur une revue des données disponibles et sur le consensus d’experts en neurodéveloppement.
Ce changement vise à clarifier quelles méthodes ont une efficacité mesurable — par exemple les approches comportementales et développementales — et à réduire les pratiques susceptibles d’entraîner une perte de chance pour l’enfant ou de culpabiliser les parents.
Des inspections et des sanctionnements annoncés
Etienne Pot, délégué interministériel aux troubles du neurodéveloppement, a annoncé des « missions d’inspection » visant les établissements et les services accompagnant des enfants autistes. L’objectif affiché est de s’assurer que les prises en charge respectent les recommandations de la HAS et les bonnes pratiques basées sur les preuves scientifiques.
En cas de non-conformité, plusieurs mesures peuvent être envisagées :
- la mise en demeure d’adapter les pratiques et de former les équipes ;
- la suspension temporaire de lits ou de services jugés dangereux ou inefficaces pour le développement de l’enfant ;
- des procédures juridiques possibles, notamment si des familles estiment que leur enfant a subi une perte de chance en raison de pratiques non adaptées.
Le ministère de la Santé a indiqué ne pas exclure de « recadrer » les établissements lorsque des risques ou des pratiques contraires aux recommandations sont identifiés.
Cas concret : suspension de services à la Fondation Vallée
L’Agence régionale de santé (ARS) d’Île-de-France a déjà pris des mesures d’urgence en suspendant quatre services d’hospitalisation complète à la Fondation Vallée, à Gentilly (Val-de-Marne). Ces services — connus sous des appellations historiques comme Dolto ou Winnicott — ont été visés en raison de pratiques d’enfermement et d’un accompagnement considéré comme non conforme aux recommandations de la HAS. La Fondation, qui accueille de nombreux jeunes avec TSA, est désormais dans le viseur des autorités sanitaires.
Cette décision illustre la volonté des autorités régionales et nationales de passer des recommandations aux actes lorsque la sécurité, le bien-être ou les perspectives de progrès des enfants sont en jeu.
Pourquoi la psychanalyse est pointée du doigt
Les experts soulignent que, contrairement aux approches développementales et comportementales, la psychanalyse na pas démontré d’efficacité dans l’amélioration des compétences sociales, de la communication ou de l’autonomie chez les enfants autistes. De plus, certaines interprétations psychanalytiques qui cherchent l’origine de l’autisme dans la relation mère-enfant peuvent être vécues comme culpabilisantes pour les familles, déjà fragilisées par la charge liée au handicap.
Plusieurs acteurs, y compris des associations de familles et des professionnels, estiment que la formation initiale dans certains métiers (pédopsychiatrie, psychologie, travail social) reste trop influencée par des approches psychanalytiques, retardant l’adoption de méthodes validées et centrées sur l’apprentissage de compétences précises.
Témoignages de familles et constats de terrain
Des lignes d’écoute et des associations rapportent des témoignages récurrents de parents confrontés à des professionnels qui minimisent les besoins concrets de l’enfant ou interprètent son comportement comme une expression d’un conflit intrafamilial. Ces récits incluent des situations où des symptômes somatiques fréquents chez les enfants autistes ont été mal expliqués, ou où les réactions difficiles du jeune ont reçu des réponses inadaptées, laissant les familles démunies.
Autisme France et d’autres représentants de familles affirment que, souvent, les enfants ne progressent pas parce qu’ils ne bénéficient pas d’interventions adaptées leur permettant d’apprendre à compenser leurs difficultés, à communiquer et à gagner en autonomie.
Conséquences pour les formations et l’enseignement universitaire
Au-delà des établissements de soin et d’accueil, la question touche aussi la formation des professionnels. Le délégué interministériel a dénoncé la persistance, dans certains diplômes universitaires, de modules ou d’éclairages qui valorisent la psychanalyse pour comprendre l’autisme. Il s’agit, selon lui, d’une information erronée transmise aux futurs praticiens.
La métaphore employée par les autorités — « en astrophysique on n’enseigne pas que la Terre est plate » — vise à rappeler que l’enseignement doit refléter l’état des connaissances et les preuves accumulées. Les formations qui perpétuent des approches non validées risquent d’être interrogées, et des réformes pédagogiques pourraient être encouragées pour aligner les cursus sur les bonnes pratiques scientifiques.
Que recommandent les bonnes pratiques de la HAS ?
La HAS rappelle plusieurs principes clés pour la prise en charge des enfants avec TSA :
- intervenir le plus tôt possible, dès 18 mois lorsqu’un trouble est suspecté ;
- favoriser des approches structurées et adaptées au développement (méthodes comportementales et développementales) ;
- évaluer annuellement le fonctionnement et les progrès de l’enfant pour ajuster le projet personnalisé ;
- placer la famille au cœur du dispositif : soutenir, former et associer les parents aux interventions ;
- prévenir les pratiques inutiles, intrusives ou culpabilisantes qui ne reposent pas sur des preuves d’efficacité.
Ces recommandations visent à maximiser les chances de progrès, en s’appuyant sur des interventions mesurables et individualisées, et non sur des interprétations subjectives de la symptomatologie.
Quelles suites possibles pour les structures non conformes ?
Les ARS vont être saisies par la délégation pour examiner des établissements signalés. Selon les constats, les autorités pourront :
- demander des plans de mise en conformité et proposer des formations ciblées pour les équipes ;
- ordonner des mesures conservatoires, comme la suspension temporaire de lits ou de services ;
- ou, en cas de manquements graves et persistants, laisser la voie à des poursuites judiciaires si des familles engagent des actions pour perte de chance.
Pour les établissements, il s’agit donc d’une période de vigilance : adapter les méthodes, documenter les pratiques et démontrer qu’elles s’appuient sur des référentiels validés.
Que peuvent faire les familles aujourd’hui ?
Les familles concernées peuvent :
- se renseigner sur les recommandations de la HAS et demander que le projet d’accompagnement de leur enfant s’en inspire ;
- exiger une évaluation pluridisciplinaire et des bilans réguliers pour suivre les progrès ;
- solliciter des associations de défense des droits des personnes autistes qui peuvent orienter et accompagner dans les démarches ;
- si elles estiment que leur enfant subit une prise en charge inadaptée, alerter l’ARS ou engager des démarches juridiques, en se faisant conseiller par des professionnels du droit.
Perspectives et enjeux
La décision de traduire des recommandations en contrôles concrets pose à la fois un défi et une opportunité : un défi pour les structures qui devront revoir leurs pratiques et un moment d’opportunité pour harmoniser les prises en charge autour de méthodes efficaces et centrées sur le développement des enfants. L’enjeu principal est de garantir que chaque enfant autiste bénéficie d’un accompagnement qui favorise son développement, sa communication et son autonomie, sans exposer les familles à des discours culpabilisants ou à des pratiques sans bénéfice démontré.
Si la mise en conformité et les inspections aboutissent à une plus grande diffusion des approches validées, cela pourrait améliorer les parcours et les perspectives de nombreux enfants et alléger, à terme, la charge supportée par leurs proches.
En résumé
La HAS recentre les pratiques autour d’approches validées et déconseille la psychanalyse pour l’autisme. L’État s’engage à contrôler et, si nécessaire, sanctionner les structures qui persistent à proposer des prises en charge non conformes. Les familles, les établissements et les formations sont désormais appelés à s’aligner sur des méthodes évaluées pour garantir le meilleur accompagnement possible aux enfants autistes.