Unplugged : retour sur investissement et impact sur la prévention des conduites addictives chez les collégiens
Le programme Unplugged, déployé en France dans 267 collèges depuis 2019, vise à prévenir l’initiation et la consommation de substances psychoactives (tabac, alcool, cannabis) chez les adolescents de 12 à 14 ans. Conçu pour être animé par les enseignants en classe, il combine activités interactives, jeux de rôle et discussions structurées pour développer les compétences psychosociales et corriger les croyances favorisant la consommation.
Les résultats clés de l’analyse coût‑bénéfice
Une analyse coût‑bénéfice conduite par Santé publique France, en partenariat avec le département Health Economics and Outcome Research d’IQVIA, applique une méthodologie inspirée du Washington State Institute for Public Policy pour estimer le rendement économique du programme dans le contexte français. Les résultats principaux indiquent qu’un euro investi dans Unplugged permettrait d’économiser six euros en dépenses de santé. Lorsqu’on intègre la valeur monétaire attribuée aux années de vie sauvées, le ratio coût‑bénéfice peut atteindre jusqu’à 150 euros d’économies par euro investi.
Ce que ces chiffres signifient
Le rapport 6:1 (6 euros économisés pour 1 euro dépensé) reflète principalement les réductions attendues des coûts directs de santé liées aux consommations évitées — hospitalisations, consultations, traitements pour maladies liées au tabac, à l’alcool et au cannabis, ainsi que la prévention de complications à moyen et long terme. Le chiffre plus élevé (jusqu’à 150:1) inclut en sus l’évaluation de la valeur des années de vie gagnées, un paramètre économique utilisé pour mesurer l’utilité sociétale des gains de santé sur le long terme.
Méthodologie et hypothèses retenues
L’analyse a pris en compte plusieurs composantes :
- les coûts directs du programme (formation des enseignants, matériel pédagogique, temps de classe consacré) ;
- les réductions estimées de la prévalence et de l’initiation au tabac, à l’alcool et au cannabis chez les élèves exposés au programme, sur la base des résultats d’évaluation d’efficacité menés dans le Loiret ;
- les coûts évités pour le système de santé (soins, hospitalisations, traitements chroniques) ;
- la valorisation des années de vie perdues évitées et, le cas échéant, d’autres gains non sanitaires (productivité à long terme), selon la perspective sociétale adoptée.
La méthode suivie s’inspire d’approches internationalement reconnues : projection des effets à long terme à partir des réductions observées à court terme, actualisation des coûts et bénéfices et réalisation d’analyses de sensibilité pour tester la robustesse des résultats face aux incertitudes des paramètres.
Limites et points d’attention
Comme toute étude économique fondée sur des projections, l’analyse comporte des limites qu’il est essentiel de garder à l’esprit :
- les effets mesurés à court terme dans le Loiret ont été extrapolés sur le long terme ; la permanence des bénéfices n’est pas garantie sans actions de rappel ou renforcement ;
- les modèles économiques reposent sur des hypothèses relatives aux trajectoires de consommation et aux coûts médicaux futurs, qui peuvent varier selon l’évolution des pratiques cliniques, des prix des soins et des politiques publiques ;
- certains bénéfices indirects (amélioration du bien‑être scolaire, réduction des violences liées à l’alcool, etc.) sont difficiles à quantifier et ont été partiellement pris en compte ;
- la généralisation des résultats à l’ensemble du territoire suppose une mise en œuvre fidèle du programme et des conditions locales comparables à celles étudiées.
Analyses de sensibilité
Pour tester la robustesse du ratio coût‑bénéfice, les auteurs ont réalisé des analyses de sensibilité modifiant successivement :
- le taux d’efficacité (amplitude de la réduction de consommation observée) ;
- le coût unitaire du déploiement (différences de coûts selon la taille des établissements et les modalités de formation) ;
- les valeurs attribuées aux années de vie gagnées ou aux gains de productivité.
Ces exercices montrent que, même en retenant des hypothèses conservatrices, le programme conserve un effet favorable sur le plan économique, bien que le ratio puisse diminuer sensiblement selon les scénarios les plus prudents.
Implications pour les politiques de prévention
La démonstration d’un retour sur investissement positif renforce l’argumentaire en faveur de l’intégration d’Unplugged dans la palette d’interventions de prévention en milieu scolaire. Plusieurs implications pratiques émergent :
- prioriser la formation initiale et continue des enseignants pour assurer une mise en œuvre fidèle et de qualité ;
- planifier des sessions de rappel ou modules complémentaires pour maintenir les effets à moyen et long terme ;
- associer Unplugged à d’autres actions de prévention communautaire et familiale pour maximiser l’impact global ;
- mettre en place des systèmes de suivi et d’évaluation pour mesurer l’efficacité réelle lors d’un déploiement à grande échelle et ajuster le dispositif selon les contextes locaux.
Coûts de mise en œuvre et facteurs déterminants
Le coût du programme comprend la formation des équipes pédagogiques, le temps en classe consacré aux séances, le matériel didactique et le coût d’organisation (coordination, évaluations). Ces éléments varient selon la taille des établissements, la disponibilité des formateurs et le niveau d’accompagnement proposé. Des économies d’échelle peuvent apparaître lors d’un déploiement massif, abaissant le coût moyen par élève et améliorant le rendement global.
Compléments et synergies possibles
Unplugged ne vise pas à se substituer à d’autres actions mais à compléter l’arsenal de prévention. Il peut être associé à :
- campagnes de sensibilisation nationales et locales ;
- actions ciblées pour les familles et les professionnels de santé scolaire ;
- programmes de sevrage et d’accompagnement pour les élèves déjà engagés dans une consommation.
Conclusion
L’analyse coût‑bénéfice réalisée par Santé publique France et IQVIA apporte une preuve supplémentaire de l’intérêt du programme Unplugged en tant qu’investissement rentable pour la santé publique. Un euro investi génère des économies substantielles pour le système de santé, et, lorsque l’on valorise les gains en années de vie, le bénéfice sociétal est encore plus marqué. Pour traduire ces résultats en bénéfices tangibles à grande échelle, il convient toutefois d’assurer une mise en œuvre rigoureuse, d’investir dans la formation des équipes éducatives et de suivre les effets dans le temps via des évaluations régulières.
Recommandations
- Étendre progressivement le déploiement d’Unplugged en privilégiant des phases pilotes accompagnées d’évaluations locales.
- Renforcer la formation et l’accompagnement des enseignants pour garantir l’intégrité du programme.
- Mettre en place un observatoire national pour suivre les indicateurs de consommation et l’impact économique sur la durée.
- Intégrer Unplugged à une stratégie globale de prévention, incluant la famille, les services de santé scolaire et les actions communautaires.
En combinant efficacité éducative et avantage économique, Unplugged apparaît comme une solution prometteuse pour réduire précocement l’initiation aux substances psychoactives et alléger, à terme, le fardeau pour la santé publique.