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Record de greffes en 2025 : progrès notable, mais la France reste en tension face à la pénurie d’organes

En 2025, la France a réalisé 6 148 greffes, un record historique qui place le pays derrière l’Espagne et les Pays-Bas. Malgré ce bond, les besoins restent très supérieurs : plus de 23 000 patients attendent une greffe et le taux de refus familial atteint un niveau inédit.

En 2025, la France a franchi un cap : 6 148 transplantations d’organes ont été réalisées, un niveau jamais atteint jusqu’alors. Annoncé par l’Agence de la biomédecine, ce chiffre dépasse le précédent record de 2017 et confirme le dynamisme des équipes de transplantation françaises, mais il masque aussi des besoins toujours très supérieurs à l’offre.

Les chiffres clés et leur portée

Le bilan 2025 révèle des avancées techniques et organisationnelles. Le rein demeure l’organe le plus transplanté : parmi les greffes rénales, plus de 600 ont été réalisées à partir de donneurs vivants, signe d’une mobilisation accrue autour du don intrafamilial ou entre personnes apparentées. Pourtant, au 31 décembre 2025, 23 294 patients figuraient encore sur les listes d’attente, dont 11 642 en situation d’urgence. En 2025, 966 personnes sont décédées faute de greffon disponible.

Sur le plan international, la France reste l’un des pays les plus actifs en matière de greffes, derrière l’Espagne et les Pays-Bas. Ce classement illustre des trajectoires différentes : organisation du prélèvement, culture du don, et modèles de sensibilisation varient d’un pays à l’autre.

Pourquoi ces progrès sont insuffisants

Si le nombre de greffes monte, l’écart entre besoins et ressources reste préoccupant. Plusieurs facteurs expliquent cette tension :

  • Le nombre de donneurs potentiels en mort encéphalique n’augmente pas au rythme des besoins.
  • Le taux de refus des familles après une mort encéphalique a atteint 37,1 % en 2025, un niveau inédit qui limite fortement le nombre de prélèvements effectifs.
  • La complexité médicale et logistique des prélèvements et des greffes exige des moyens spécialisés et une coordination nationale très fine.

L’impact de la désinformation et de la méfiance

Les autorités soulignent un phénomène préoccupant : la progression des inscriptions au registre national des refus est en partie liée à des vagues de désinformation. Selon Benoît Averland, directeur du prélèvement, des rumeurs et « fake news » circulant sur les réseaux sociaux ont alimenté certaines craintes — par exemple des allégations infondées sur des prélèvements pratiqués sur des personnes encore en vie — et contribué au recul de l’engagement chez les jeunes adultes.

Marine Jeantet, directrice générale de l’Agence de la biomédecine, a salué les résultats 2025 mais averti : « Bonne nouvelle : on n’a jamais autant greffé. Cela ne suffit pas. » Les associations de patients, comme Renaloo, ont quant à elles tiré la sonnette d’alarme : Yvanie Caillé rappelle que neuf patients sur dix en attente nécessitent un rein et que chaque délai représente un risque vital.

Conséquences humaines et territoriales

La pénurie d’organes a des conséquences directes et tragiques : des patients meurent en attente, d’autres voient leur qualité de vie se dégrader fortement pendant les années de dialyse. Cette inégalité se manifeste aussi selon les territoires, en fonction de l’organisation hospitalière locale, des équipes de prélèvement, et de la communication des autorités sanitaires.

Les dons vivants, bien que précieux, ne peuvent suffire à combler l’ensemble des besoins. Leur développement nécessite un accompagnement médical, psychologique et juridique adapté pour les donneurs et les receveurs, afin de garantir sécurité, consentement éclairé et suivi à long terme.

Mesures envisagées et actions prioritaires

Face à cette situation, les pouvoirs publics et les acteurs du secteur ont identifié plusieurs axes de travail :

  • Renforcer l’information et la confiance du public : campagnes de sensibilisation, actions ciblées vers les 18-25 ans, et communication transparente sur les conditions du prélèvement et de la greffe.
  • Améliorer la formation des professionnels impliqués dans le prélèvement afin d’optimiser l’identification des donneurs potentiels et la prise en charge des familles.
  • Développer et sécuriser le don vivant par des dispositifs d’accompagnement médical et psychologique et par des voies de recours comme les paires d’échange pour les dons rénaux incompatibles.
  • Renforcer la lutte contre la désinformation : surveillance des rumeurs, diffusion d’informations vérifiées et partenariats avec des plateformes pour promouvoir des contenus fiables.
  • Optimiser la logistique nationale : coordination entre équipes hospitalières, amélioration des processus de transport d’organes, et investissements technologiques pour mieux gérer les listes d’attente et les appariements.

Rôle des associations et des familles

Les associations de patients et les collectifs de donneurs jouent un rôle central dans la sensibilisation et le soutien. Elles racontent les parcours, expliquent les procédures et participent à la lutte contre les idées reçues. La parole des proches de donneurs et de receveurs est souvent décisive pour convaincre des familles de consentir au prélèvement lorsque la personne n’a pas laissé d’indication explicite.

Comprendre le consentement et le registre national

En France, le système repose sur la présomption de consentement : toute personne est potentiellement donneuse, sauf si elle s’est inscrite au registre national des refus ou a laissé des directives explicites. Le taux de refus familial augmente toutefois lorsqu’aucune trace de la volonté du défunt n’apparaît, renforçant l’importance de la communication familiale sur ce sujet.

Les autorités encouragent donc chacun à parler de ses choix à ses proches et à connaître les modalités du registre des refus pour éviter les interrogations au moment du drame.

Perspectives scientifiques et innovations

Les progrès médicaux laissent entrevoir des pistes pour augmenter l’offre d’organes et améliorer les résultats post-greffe :

  • L’amélioration des techniques de conservation des organes permet d’accroître les fenêtres de transport et d’opérer sur des distances plus longues.
  • La transplantation croisée et les programmes d’échange de reins entre paires incompatibles facilitent les greffes pour des patients dont le donneur initial n’est pas compatible.
  • La recherche sur les greffes issues d’organes issus d’autres espèces ou sur la bio-ingénierie reste active, mais ces voies resteront encadrées et progressives avant toute application large.

Que peuvent faire les citoyens ?

Plusieurs actions simples peuvent aider à réduire la pénurie :

  1. Informer sa famille de sa volonté concernant le don d’organes et, le cas échéant, consigner son refus sur le registre national.
  2. S’informer auprès de sources fiables pour contrer les fausses informations circulant sur les réseaux sociaux.
  3. Participer aux campagnes locales de sensibilisation et soutenir les associations qui accompagnent les patients et les donneurs.

En conclusion

Le record de 6 148 greffes en 2025 marque une avancée incontestable pour la France : il témoigne de l’engagement des équipes médicales et de l’amélioration de certains dispositifs. Mais ce succès relatif ne doit pas masquer l’urgence : des milliers de patients attendent encore, des centaines meurent chaque année faute de greffon, et le recul de l’acceptation familiale, lié en partie à la désinformation, compromet les progrès.

Les autorités, les professionnels de santé, les associations et les citoyens doivent poursuivre un effort coordonné pour restaurer la confiance, mieux informer les jeunes générations, développer le don vivant et optimiser les processus techniques et logistiques. C’est en conjuguant information fiable, accompagnement des familles et innovations médicales que la France pourra espérer réduire l’écart entre l’offre et la demande d’organes.

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