Santé Quotidien, votre actualité santé et bien-être

Bassin de Thau : la vente des coquillages autorisée, la filière entre soulagement et défi de confiance

Après près de deux mois d’interdiction liée à des contaminations au norovirus, la commercialisation des huîtres, moules et palourdes de l’étang de Thau est de nouveau autorisée. Les professionnels respirent, mais s’inquiètent d’un manque à gagner important et de la nécessité de retrouver la confiance des consommateurs.

Après près de deux mois d’interdiction de récolte et de commercialisation, les coquillages issus de l’étang de Thau — huîtres, moules et palourdes — peuvent de nouveau être vendus. La préfète de l’Hérault a levé les restrictions après avoir constaté qu’aucun nouvel événement contaminant n’avait été identifié depuis vingt-huit jours, délai retenu pour considérer la qualité sanitaire du milieu satisfaisante.

Retour sur une fermeture brutale

L’arrêté préfectoral pris fin décembre et appliqué rétroactivement au 19 décembre faisait suite à plusieurs toxi-infections alimentaires collectives attribuées à la consommation d’huîtres provenant de l’étang de Thau. Les investigations épidémiologiques ont pointé la présence de norovirus, agent fréquent des gastro-entérites aiguës. Les fortes précipitations de la mi-décembre, qui ont provoqué des débordements des réseaux d’assainissement, sont mises en cause pour avoir contaminé le milieu lagunaire.

La décision d’interdire la commercialisation, prise en pleine période de fêtes — la plus lucrative pour la filière — a été vécue comme un coup dur par les ostréiculteurs et les mareyeurs. La fermeture a duré environ soixante jours, le temps nécessaire aux autorités sanitaires et aux services de surveillance des eaux de constater l’absence de nouvel épisode contaminant.

Une facture économique lourde

Les professionnels du bassin de Thau évaluent le manque à gagner de cette période à près de douze millions d’euros. Pour un territoire qui compte 380 entreprises conchylicoles et environ 3 000 emplois dédiés, l’impact est significatif : pertes de chiffre d’affaires, stocks immobilisés, chaînes d’approvisionnement perturbées. Certains producteurs ont dû suspendre des approvisionnements vers la restauration et la grande distribution, tandis que les petits commerçants et marchés locaux ont perdu une part importante de leurs ventes de fin d’année.

Au-delà des chiffres, les acteurs craignent des conséquences durables : la défiance des consommateurs à l’égard des coquillages du bassin et la difficulté à retrouver des débouchés au niveau national, voire à l’export. « Maintenant, on va mesurer l’impact sur le comportement des acheteurs », résume un responsable professionnel régional, conscient que la reprise commerciale nécessitera du temps et des actions ciblées.

Mesures de soutien et relance

Les collectivités territoriales — région Occitanie, département de l’Hérault et agglomération de Sète — ont annoncé un plan de soutien chiffré à 1,5 million d’euros. Le dispositif comprend des exonérations de redevance professionnelle pour les entreprises conchylicoles, des aides financières ciblées et un appui à une campagne de communication destinée à restaurer la confiance du public.

Parmi les actions envisagées : une mise en avant du savoir-faire local via des opérations de valorisation, des mesures d’accompagnement pour la remise en commercialisation des stocks et des aides ponctuelles pour compenser une partie des pertes. Les initiatives de tourisme conchylicole, comme le Conchylitour lancé précédemment, seront également mobilisées pour sensibiliser le grand public au travail des producteurs et au contrôle sanitaire des produits.

Surveillance sanitaire et garanties

La levée des restrictions s’appuie sur une surveillance renforcée de la qualité des eaux et des analyses microbiologiques répétées. La décision préfectorale a été prise « après consultation de la cellule de concertation du pôle de compétence sur les activités de conchyliculture et de pêche », insistant sur la concertation entre l’État, les services sanitaires et les professionnels.

Les coquillages commercialisés devront continuer à faire l’objet de contrôles réguliers. La filière rappelle l’existence de procédés de purification et de zones de contrôle qui permettent de limiter les risques : mesures de surveillance des eaux, analyses de dépuration, traçabilité des lots et interdictions locales ponctuelles lorsque des paramètres hors norme sont détectés.

Qu’est-ce que le norovirus et quels sont les risques ?

Le norovirus est l’une des causes les plus fréquentes de gastro-entérite virale. Il se transmet principalement par voie féco-orale : consommation d’eau ou d’aliments contaminés, mains souillées ou surfaces infectées. Les symptômes, qui apparaissent rapidement après l’exposition, comprennent diarrhée, vomissements, maux de ventre et parfois fièvre. Dans la grande majorité des cas, l’infection reste bénigne et se résout en quelques jours, mais elle peut être sévère chez les personnes fragiles ou très jeunes.

Concernant les coquillages, le risque est élevé lorsque ceux-ci sont consommés crus ou insuffisamment cuits, car ils peuvent concentrer des virus présents dans l’eau. La cuisson prolongée réduit fortement le risque, tandis que la consommation crue comporte un risque résiduel si des contaminations ont eu lieu.

Ce que cela change pour le consommateur

Avec la levée de l’interdiction, les coquillages du bassin de Thau repartent sur le marché, mais les autorités et les professionnels insistent sur la nécessité d’une vigilance partagée :

  • Préférence pour des produits issus de filières tracées et contrôlées ;
  • Respect des recommandations sanitaires : conservation au frais, manipulation hygiénique et cuisson adaptée pour les personnes vulnérables ;
  • Surveillance des symptômes après consommation et signalement des toxi-infections aux autorités sanitaires lorsque nécessaire.

Les campagnes d’information prévues visent à expliquer les contrôles réalisés et les bonnes pratiques de consommation, afin de limiter la fébrilité des acheteurs et éviter les mesures de précaution excessives qui pénaliseraient inutilement la filière.

Des enseignements pour l’avenir

La crise souligne l’importance d’investir dans la résilience des infrastructures d’assainissement, notamment pour limiter les rejets accidentels lors d’épisodes pluvieux intenses. Les débordements des réseaux ont été identifiés comme le déclencheur de la contamination : améliorer les capacités d’épuration et prévenir les réseaux unitaires pourrait réduire la fréquence de tels épisodes.

Les professionnels et les collectivités évoquent également la nécessité d’un renforcement des protocoles de surveillance environnementale et d’outils d’alerte plus rapides, pour limiter l’ampleur d’une fermeture lorsqu’un événement est détecté. Enfin, la filière sait qu’elle devra redoubler d’efforts pour communiquer avec transparence, valoriser les contrôles effectués et rappeler le rôle des dispositifs de dépuration et de traçabilité.

Un retour progressif à la normale

La levée des restrictions marque une étape importante, mais elle ne résout pas tous les défis : reconquérir les marchés, écouler les stocks immobilisés et assurer la pérennité des emplois restent des priorités pour les mois à venir. Les aides annoncées et les actions de communication doivent permettre d’amorcer ce retour à la normale.

Pour les consommateurs, la prudence reste de mise : privilégier des achats auprès de professionnels identifiables, respecter les règles d’hygiène à la maison et signaler tout souci sanitaire permettront de réduire les risques et d’accompagner la filière vers une remise en confiance durable.

En bref

  • La commercialisation des coquillages de l’étang de Thau est à nouveau autorisée après près de deux mois d’interdiction liée à des contaminations au norovirus.
  • La filière chiffre son manque à gagner à environ douze millions d’euros ; un plan de soutien de 1,5 million d’euros est annoncé par les collectivités.
  • Surveillance renforcée, procédures de dépuration et campagnes d’information sont prévues pour restaurer la confiance des consommateurs.

La reprise est amorcée, mais la période qui suit exigera coordination, transparence et investissements pour que le bassin de Thau retrouve pleinement sa place de territoire conchylicole reconnu et apprécié.

Partager l'article

Articles sur le même thème