Santé Quotidien, votre actualité santé et bien-être

Tabac : 68 000 décès en 2023 — les inégalités régionales et le rattrapage chez les femmes

Santé publique France rapporte que le tabac a causé plus de 68 000 décès prématurés en 2023, soit 11 % de la mortalité totale. Les chiffres mettent en évidence de fortes disparités régionales et une progression de la mortalité liée au tabac chez les femmes.

Santé publique France et le ministère de la Santé ont publié des données préoccupantes : en 2023, le tabac a été responsable de plus de 68 000 décès prématurés en France, soit environ 11 % de l’ensemble de la mortalité. Ces chiffres, établis à partir d’une méthodologie révisée et actualisée, confirment que le tabagisme demeure la première cause de mortalité évitable dans le pays, malgré une légère amélioration depuis 2015. Ils alimentent aussi la nouvelle campagne nationale d’accompagnement « Devenir Ex-fumeur », lancée pour aider les fumeurs à entamer une tentative d’arrêt.

Chiffres clés et tendances

Les données de 2023 montrent l’ampleur du fardeau sanitaire lié au tabac. Plus de 68 000 décès prématurés sont attribuables au tabagisme, ce qui représente une part importante de la mortalité évitable. Si l’on compare ces résultats avec des estimations antérieures, on observe une légère diminution globale depuis 2015, signe que certaines politiques publiques (hausse des prix, restrictions de publicité, espaces non-fumeurs, aides au sevrage) ont produit des effets. Toutefois, la baisse est loin d’être uniforme : elle masque des disparités profondes selon les régions, les sexes et les catégories sociales.

Principales causes de décès liées au tabac

Le cancer reste la première cause de mortalité imputable au tabac : il représente 55 % des décès liés au tabac chez les femmes et 58 % chez les hommes. À côté des tumeurs, les maladies respiratoires chroniques et les pathologies cardiovasculaires pèsent lourd : environ un décès sur trois lié à une maladie respiratoire chronique est attribuable au tabagisme, et un décès sur dix lié à une maladie cardiovasculaire ou neurovasculaire en est imputable. Ces chiffres soulignent la diversité des mécanismes par lesquels le tabac raccourcit la vie.

Des femmes qui rattrapent les hommes

Historiquement, la prévalence du tabagisme et la mortalité qui en découle étaient plus élevées chez les hommes. Aujourd’hui, la consommation des femmes s’est rapprochée de celle des hommes, en particulier dans les générations nées à partir des années 1970-1980. Ce phénomène se traduit déjà par une convergence des courbes de mortalité liées au tabac : si le tabac reste responsable de la mortalité de 18 % des hommes, il explique désormais 6 % des décès chez les femmes. À mesure que les générations plus jeunes vieillissent, l’écart entre sexes tend à se réduire, avec des conséquences attendues sur la mortalité féminine future.

Inégalités régionales marquées

Les données régionales révèlent des écarts très importants. Les régions du nord-est et du nord de la France affichent des taux de mortalité attribuable au tabac bien supérieurs à ceux observés en Île-de-France, qui reste la région la moins touchée parmi les régions métropolitaines. En particulier, les Hauts-de-France, le Grand Est et la Corse présentent des taux supérieurs d’environ 40 % à celui de l’Île-de-France.

À l’inverse, plusieurs territoires d’outre-mer — comme la Guadeloupe, la Martinique et la Guyane — affichent des niveaux de mortalité imputable au tabac plus faibles, en lien avec des habitudes de consommation historiquement moins marquées. La Réunion fait toutefois exception, où les taux sont proches de ceux observés en métropole.

Facteurs expliquant les disparités

  • Facteurs socio-économiques : la prévalence du tabagisme reste plus élevée dans les catégories sociales défavorisées, corrélée à des déterminants comme le niveau d’éducation, le chômage et les conditions de logement.
  • Accès aux soins : les différences d’accès et de recours aux services de prévention et de prise en charge peuvent amplifier les inégalités régionales. Dans certaines zones, l’offre de sevrage tabagique est limitée.
  • Culture et histoire locale : des habitudes culturelles spécifiques et l’histoire de consommation de tabac influent sur les taux régionaux.
  • Marché parallèle : la présence de circuits illicites ou de contournement des politiques tarifaires peut maintenir des niveaux de consommation plus élevés dans certaines régions frontalières ou périphériques.

Pourquoi ces données importent

Au-delà du chiffre, ces statistiques permettent de mieux cibler les politiques de santé publique. Connaître les régions et les populations les plus exposées aide à orienter les campagnes de prévention, renforcer l’accès aux dispositifs d’aide au sevrage et adapter les messages en fonction des caractéristiques locales. Elles constituent également un indicateur de l’efficacité des mesures déjà mises en place et des marges de progression possibles.

La campagne « Devenir Ex-fumeur » : objectifs et dispositifs

Pour accompagner ces constats, le ministère de la Santé et Santé publique France ont lancé une campagne nationale d’un mois — conçue comme un relais entre l’élan collectif du « Mois sans tabac » et l’accompagnement personnalisé proposé aux personnes qui souhaitent arrêter. L’objectif est d’inciter les fumeurs à s’engager dans une tentative d’arrêt, en leur rappelant que des aides gratuites et non surtaxées existent, et en facilitant l’accès à un suivi adapté.

Parmi les dispositifs mobilisables figurent les consultations de tabacologie, le soutien téléphonique et les outils numériques d’accompagnement, ainsi que les substituts nicotiniques et les traitements prescrits par un professionnel de santé. Le numéro national d’aide au sevrage, accessible de façon non surtaxée, reste un point d’entrée pour obtenir une orientation personnalisée et un accompagnement gratuit.

Messages clés pour les fumeurs

  • Il n’est jamais trop tard pour arrêter : des bénéfices de santé commencent dès les premières semaines et s’accumulent avec le temps.
  • Arrêter augmente fortement l’espérance de vie et réduit le risque de cancers, de maladies respiratoires et cardiovasculaires.
  • Un accompagnement adapté multiplie les chances de succès : aide médicale, substituts nicotiniques, soutien psychologique et dispositifs collectifs sont précieux.

Que faire si vous fumez ?

Si vous fumez et que vous envisagez d’arrêter, plusieurs options existent selon votre situation :

  1. Parlez-en à votre médecin ou à un professionnel de santé pour évaluer les solutions médicales adaptées.
  2. Contactez un service d’aide au sevrage pour un accompagnement personnalisé et des conseils pratiques.
  3. Envisagez des substituts nicotiniques ou d’autres traitements prescrits, et organisez un plan d’arrêt avec un objectif et des étapes concrètes.
  4. Soutenez votre démarche par des changements de routine, l’exclusion des facteurs déclenchants et la recherche d’un réseau de soutien familial ou professionnel.

Perspectives et recommandations pour les politiques publiques

Les chiffres 2023 confirment la nécessité de maintenir et d’intensifier les politiques de lutte contre le tabac, en insistant sur plusieurs axes :

  • Renforcer la prévention ciblée : campagnes locales adaptées aux populations les plus touchées, en tenant compte des réalités sociales et culturelles.
  • Améliorer l’accès aux dispositifs de sevrage : augmenter l’offre dans les territoires déficitaires et faciliter le financement des aides au sevrage pour les plus précaires.
  • Poursuivre la réduction de l’offre : contrôle du marché parallèle, régulation de la distribution et mesures fiscales systématiques pour dissuader la consommation.
  • Surveiller et actualiser les données : disposer de statistiques régulières et fines afin d’évaluer l’impact des mesures et d’ajuster les stratégies.

En conclusion

Le tabac reste en France la première cause de mortalité évitable, avec plus de 68 000 décès prématurés en 2023. Si une légère baisse est observée depuis 2015, les progrès sont inégaux : les femmes rattrapent progressivement les hommes, et des différences régionales importantes persistent. La campagne « Devenir Ex-fumeur » et les dispositifs d’accompagnement peuvent aider à transformer ces constats en actions concrètes. Pour réduire durablement ces chiffres, il faudra combiner prévention, accompagnement renforcé et politiques ciblées là où les besoins sont les plus élevés.

Les chiffres et recommandations issus de Santé publique France rappellent une évidence sanitaire : agir sur le tabagisme reste une priorité pour améliorer l’espérance de vie et réduire les inégalités de santé sur l’ensemble du territoire.

Partager l'article

Articles sur le même thème

Bassin de Thau : la vente d’huîtres et de moules réautorisée — quel bilan après deux mois de crise ?

Après deux mois d’interdiction liée à des contaminations au norovirus provoquées par le débordement des réseaux d’assainissement, la commercialisation des coquillages de l’étang de Thau est de nouveau autorisée. Les professionnels respirent, mais la filière fait les comptes : pertes estimées, mesures de soutien et rétablissement de la confiance restent prioritaires.

Lire la suite