Santé Quotidien, votre actualité santé et bien-être

Étang de Thau : la vente d’huîtres et de moules rouverte après deux mois d’interdiction — quel avenir pour la filière ?

Après près de deux mois d’interdiction de commercialisation liée à des contaminations au norovirus, la préfecture de l’Hérault a levé les restrictions sur les coquillages de l’étang de Thau. Si la décision apporte un soulagement immédiat, professionnels et collectivités s’inquiètent des pertes économiques et du rétablissement de la confiance des consommateurs.

La préfecture de l’Hérault a annoncé la levée des restrictions de récolte et de commercialisation des coquillages issus de l’étang de Thau, deux mois après leur interdiction. L’arrêté préfectoral qui suspendait la vente d’huîtres, de moules et de palourdes, pris fin décembre et appliqué rétroactivement depuis le 19 du même mois, n’est plus en vigueur : « Aucun nouvel événement contaminant caractérisé n’est intervenu depuis vingt‑huit jours », a précisé la préfète, justifiant la décision prise après consultation de la cellule de concertation dédiée aux activités de conchyliculture et de pêche.

Rappel des faits : pourquoi l’interdiction a‑t‑elle été prise ?

La fermeture du bassin de Thau à la commercialisation avait été motivée par plusieurs cas de toxi‑infections alimentaires collectives signalés après la consommation d’huîtres. Les investigations ont mis en évidence un lien épidémiologique attribué à la présence de norovirus, un agent responsable fréquent de gastro‑entérites aiguës. Les fortes pluies de mi‑décembre avaient provoqué le débordement des réseaux d’assainissement, entraînant une contamination ponctuelle des eaux de la lagune et une dégradation temporaire de la qualité sanitaire.

L’arrêté préfectoral du 30 décembre, qui rétroagissait au 19 décembre, a donc visé à protéger la santé publique en interrompant la commercialisation pendant la période la plus sensible pour le secteur, celle des fêtes de fin d’année.

Un coup dur pour la filière : pertes économiques et emplois menacés

La filière conchylicole du bassin de Thau, très structurée et intégrée au territoire, a payé un lourd tribut. Le président du Comité régional de conchyliculture de Méditerranée, Patrice Lafont, estime à environ douze millions d’euros le manque à gagner subi depuis la fin décembre. Ces pertes résultent à la fois de volumes non commercialisés, de ventes manquées pendant la période de forte demande et de coûts logistiques supplémentaires (stockage, traitements, pertes de marchandise).

Le département de l’Hérault rappelle que la région compte 380 entreprises dédiées à la conchyliculture et près de 3 000 emplois liés à cette activité. Au‑delà de l’impact financier immédiat, les professionnels craignent des conséquences à moyen terme : contrats commerciaux rompus, dégradation de la trésorerie des petites exploitations, et un risque réel de démobilisation des saisonniers et des équipements locaux.

Mesures d’accompagnement annoncées par les collectivités

Pour tenter d’atténuer l’effet de la crise, la région Occitanie, le département de l’Hérault et l’agglomération de Sète ont présenté un plan de soutien estimé à 1,5 million d’euros. Ce dispositif comprend notamment des exonérations de redevances professionnelles pour les conchyliculteurs touchés et un appui financier destiné à une campagne de communication visant à restaurer la confiance des consommateurs.

Parmi les initiatives évoquées figure le maintien et la promotion du Conchylitour, lancé à l’été 2024 : un parcours de découverte des métiers et du patrimoine conchylicole du bassin de Thau et de Vendres, avec des visites de mas conchylicoles, des rencontres avec les producteurs et des animations pédagogiques. Les collectivités misent sur ces actions pour valoriser le savoir‑faire local et rappeler les contrôles sanitaires effectués avant la remise sur le marché des produits.

Qu’est‑ce que le norovirus et quels sont les risques ?

Le norovirus est un virus hautement contagieux responsable de gastro‑entérites : diarrhée, vomissements, fièvre et douleurs abdominales constituent les symptômes les plus fréquents. La plupart des infections sont bénignes et se résolvent en quelques jours, mais elles peuvent être graves chez les personnes fragiles (personnes âgées, très jeunes enfants, immunodéprimés).

La contamination des coquillages survient généralement par filtration : huîtres et moules étant des filtreurs, elles accumulent les agents pathogènes présents dans l’eau. C’est pourquoi la qualité de l’eau de la lagune et la surveillance des rejets urbains et industriels sont cruciales pour la sécurité sanitaire des produits conchylicoles.

Contrôles et garanties sanitaires avant la commercialisation

La levée de l’interdiction a été décidée après une période sans nouvel événement contaminant et suite à l’avis des services sanitaires. Avant de revenir pleinement sur les étals, les coquillages sont soumis à un protocole de contrôles : analyses microbiologiques de l’eau et des animaux, traçabilité des lots, et vérifications des conditions de stockage et de transport.

Les acteurs du contrôle sanitaire (laboratoires, vétérinaires et autorités sanitaires) insistent sur le fait que la restauration de la commercialisation n’exclut pas une vigilance renforcée. Des prélèvements réguliers et des seuils de conformité stricts permettront de détecter rapidement toute dégradation et de réagir.

Mesures recommandées aux producteurs

  • Renforcer la surveillance des lieux de production et multiplier les analyses d’eau et de coquillages.
  • Améliorer la traçabilité lot par lot pour identifier rapidement l’origine d’un éventuel incident.
  • Respecter les bonnes pratiques d’hygiène lors de la manipulation et du conditionnement.
  • Communiquer de façon transparente avec les acheteurs et les consommateurs sur les contrôles effectués.

Rassurer les consommateurs : un travail de longue haleine

Même après la levée de l’interdiction, la confiance des consommateurs ne se rétablit pas automatiquement. Les incidents sanitaires ont un effet durable sur les habitudes d’achat et l’image du produit. Les collectivités et les professionnels prévoient donc une campagne d’information pour expliquer les raisons de la suspension, présenter les résultats des analyses et détailler les mesures prises pour garantir la sécurité sanitaire.

La communication devra être pédagogique : expliquer le rôle des norovirus, les protocoles de contrôle et le caractère localisé et temporaire de l’événement. Les relations avec la grande distribution, les poissonniers et les restaurants seront déterminantes pour relancer les ventes et garantir une remise en confiance progressive.

Enjeux structurels : prévenir les crises futures

Au‑delà des mesures d’urgence et d’accompagnement financier, l’événement met en lumière des enjeux structurels : la gestion des eaux pluviales et des réseaux d’assainissement, la protection des bassins de production face aux épisodes climatiques intenses, et la nécessité d’investissements pour améliorer la résilience de la filière.

Les fortes précipitations à l’origine du débordement des réseaux illustrent la vulnérabilité des zones conchylicoles aux épisodes météorologiques extrêmes, de plus en plus fréquents. Des travaux d’urgence sur les infrastructures d’assainissement, des systèmes d’alerte améliorés et des mesures d’aménagement du territoire seront indispensables pour limiter les risques de contaminations futures.

Perspectives pour les producteurs et le territoire

La réouverture à la vente est une bonne nouvelle pour les professionnels du bassin de Thau, mais elle ne marque pas la fin de la crise. Les exploitants devront conjuguer relance commerciale et prudence sanitaire. Le soutien financier annoncé atténuera une partie des pertes, mais la reprise durable dépendra de la capacité des acteurs à restaurer la confiance, à diversifier les circuits de vente et à renforcer les contrôles.

Pour le territoire, il s’agit aussi de valoriser le patrimoine conchylicole — par exemple via le Conchylitour — et de transformer cette crise en opportunité pour moderniser les pratiques et les infrastructures, tout en préservant l’identité d’un produit emblématique de la Méditerranée.

Que retenir ?

La levée de l’interdiction de commercialisation des coquillages de l’étang de Thau intervient après près de deux mois de suspension liée à des contaminations au norovirus provoquées par le débordement des réseaux d’assainissement. Si la décision est un soulagement pour les professionnels, les conséquences économiques — évaluées autour de douze millions d’euros — et la nécessité de restaurer la confiance des consommateurs restent les principaux défis à relever.

Les mesures d’accompagnement (exonérations, aides et campagne de communication) constituent un premier filet de sécurité, mais la prévention à long terme passera par des investissements dans les infrastructures, une surveillance sanitaire renforcée et une communication transparente entre producteurs, autorités et consommateurs.

Les semaines à venir seront donc décisives : il faudra suivre de près les résultats des contrôles, l’évolution des ventes et l’impact des actions de communication pour mesurer la capacité de la filière à se remettre durablement de cette crise estivale tardive.

Partager l'article

Articles sur le même thème

Coquillages de l’étang de Thau : vente rouverte après l’alerte aux norovirus, la filière face au défi de la confiance

Après près de deux mois d’interdiction de commercialisation en raison d’une contamination au norovirus liée à des débordements d’assainissement, la vente d’huîtres, moules et palourdes de l’étang de Thau est à nouveau autorisée. Les professionnels saluent la levée des restrictions, mais s’inquiètent des pertes économiques et de la nécessité de restaurer la confiance des consommateurs.

Lire la suite