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Poitiers : amputée après deux infections au CHU, elle réclame 3,2 M€ et obtient une première reconnaissance

Une femme de 44 ans, amputée d’une jambe après deux infections contractées au CHU de Poitiers, a vu l’établissement reconnu coupable d’un « manquement » lors d’une audience au tribunal administratif. Elle demande 3,2 millions d’euros de réparation ; le rapporteur public a quant à lui évalué l’indemnisation à environ 1 million d’euros.

Après des années de procédures et de souffrances, le dossier d’une femme de 44 ans amputée d’une jambe après deux infections contractées au CHU Laborit de Poitiers revient sur le devant de la scène judiciaire. Lors d’une audience du tribunal administratif, l’établissement a été reconnu coupable d’un « manquement à l’origine d’une perte de chance », une décision qui ouvre la voie à une indemnisation mais ne fixe pas encore son montant définitif.

Les faits en rappel : une succession d’infections et une amputation

La patiente, ancienne assistante maternelle, avait d’abord été hospitalisée en 2016 pour une fracture de la cheville. À cette occasion, elle a contracté ce qui a été qualifié d’infection nosocomiale. Après une nouvelle fracture survenue en 2018, elle a de nouveau été infectée, cette fois par un staphylocoque doré. Ces deux épisodes infectieux ont fragilisé sa situation sanitaire et, en décembre 2020, les complications ont conduit à l’amputation d’une jambe.

Au cours de l’audience, le tribunal administratif a estimé qu’il existait un lien entre la prise en charge à l’hôpital et la perte de chance d’éviter l’aggravation qui a mené à l’amputation. La reconnaissance d’un « manquement » par l’établissement est une étape importante pour la victime, même si le montant de la réparation reste à déterminer.

La demande d’indemnisation : 3,2 millions d’euros réclamés

La victime réclame 3,2 millions d’euros au CHU, un chiffrage qui prend en compte plusieurs éléments de préjudice : le préjudice physique et esthétique, le préjudice moral, la perte de gains professionnels éventuelle, les frais liés aux soins et à la rééducation, ainsi que l’aménagement du domicile et la prise en charge des besoins futurs (prothèses, aides humaines, matériel adapté).

Le rapporteur public, voix consultative au tribunal, a estimé pour sa part l’indemnisation à environ 1 million d’euros. Cette divergence illustre les marges d’appréciation qui existent en matière d’évaluation des préjudices : le montant final dépendra d’une analyse détaillée des conséquences actuelles et futures du handicap sur la vie de la victime.

Que signifie la reconnaissance d’un « manquement » et la notion de perte de chance ?

La notion juridique de « perte de chance » est souvent utilisée dans les contentieux médicaux. Elle consiste à réparer la probabilité perdue pour une personne d’obtenir un résultat favorable en raison d’une faute ou d’une carence dans la prise en charge. Dans ce dossier, le tribunal a considéré que les manquements relevés dans la gestion des infections ont réduit la probabilité d’éviter l’aggravation conduisant à l’amputation.

Concrètement, la reconnaissance d’un manquement permet à la victime d’obtenir une réparation mais oblige également l’établissement à assumer une responsabilité administrative ou médicale. Cette responsabilité peut donner lieu à une indemnisation financière destinée à compenser les différents postes de préjudice.

Les étapes judiciaires à venir

La décision finale sur le montant de l’indemnisation sera rendue à une date fixée par le tribunal. Si le tribunal condamne l’établissement à verser des dommages et intérêts, l’arrêt pourra ensuite faire l’objet d’un appel ou d’autres voies de recours selon les règles de procédure applicables. Dans certains cas, l’État ou l’hôpital peut contester l’évaluation du préjudice ou demander des expertises complémentaires.

En parallèle, la victime peut solliciter des mesures d’urgence pour obtenir des aides financières provisoires ou un accompagnement renforcé en attendant la décision définitive : aides sociales, allocations liées au handicap, prise en charge par les régimes d’assurance maladie ou par des dispositifs d’indemnisation spécifique. Le montant réclamé vise à couvrir aussi ces besoins futurs qui peuvent être très lourds sur le long terme.

Conséquences humaines et besoin de reconstruction

Au-delà du chiffrage financier, la requérante recherche « surtout une reconnaissance », a déclaré son avocat lors de l’audience. La reconnaissance judiciaire d’une responsabilité joue un rôle symbolique important pour les victimes : elle officialise la faute subie et facilite l’accès à des réparations matérielles et morales, mais elle est aussi la première étape d’un processus de reconstruction psychologique et sociale.

L’amputation et le handicap associé modifient profondément la vie quotidienne : mobilité réduite, réadaptation, dépendance partielle pour certains gestes, contraintes professionnelles et impact sur la vie familiale. La réparation financière vise à compenser ces conséquences mais ne remplace pas le travail de réadaptation, la réinsertion professionnelle ou l’accompagnement psychologique nécessaires.

Points techniques : infections nosocomiales et staphylocoque doré

Les infections nosocomiales, contractées dans un établissement de santé, peuvent être causées par différents micro-organismes et surviennent parfois malgré des mesures de prévention. Le staphylocoque doré (Staphylococcus aureus) est une bactérie courante qui peut provoquer des infections allant de manifestations cutanées bénignes à des formes plus graves lorsqu’elle atteint des tissus profonds ou la circulation sanguine.

  • Facteurs favorisant les infections : procédures invasives (chirurgie, pose d’implants), immunodépression, mauvaise cicatrisation, ou conditions hospitalières particulières.
  • Actions de prévention : hygiène des mains, protocoles de stérilisation, surveillance épidémiologique et politiques d’antibiotiques adaptées.
  • Conséquences possibles : allongement des séjours, nécessité d’interventions supplémentaires, et dans les cas graves, perte d’organe ou d’un membre.

La jurisprudence administrative reconnaît parfois la responsabilité d’un établissement lorsque des défaillances dans ces domaines constituent un élément déterminant de l’aggravation du dommage subi par un patient.

Comment sont évalués les postes de préjudice ?

Lors de l’examen d’une demande d’indemnisation, plusieurs types de préjudice sont pris en compte :

  • Le préjudice physique et esthétique : souffrances, limitation d’activités, douleur chronique.
  • Le préjudice moral : souffrance psychique, atteinte à la qualité de vie.
  • Le préjudice économique : perte de revenus, frais médicaux, rééducation, aides humaines et matériels adaptés.
  • Le préjudice d’agrément : impossibilité de pratiquer des activités de loisirs.

Des experts médicaux et financiers peuvent être mandatés pour chiffrer l’impact concret et durable du handicap. Le rapporteur public propose une évaluation, mais la décision finale appartient au tribunal sur la base des éléments présentés et des expertises.

Ce que cela implique pour les patients et les établissements

Pour les patients, cette affaire rappelle l’importance de connaître ses droits en matière d’accidents médicaux et d’infections contractées en établissement de santé. Un signalement, des démarches auprès des autorités sanitaires ou des actions judiciaires peuvent aboutir à une reconnaissance et à une indemnisation.

Pour les hôpitaux et cliniques, la condamnation pour manquement met en lumière la nécessité d’entretenir et d’améliorer en permanence les procédures de prévention des infections, la formation du personnel, et la transparence vis-à-vis des patients. Les établissements sont soumis à des obligations de sécurité et de qualité des soins qui, lorsqu’elles ne sont pas respectées, peuvent engager leur responsabilité.

Accompagnement et ressources possibles pour les victimes

Les personnes confrontées à un handicap acquis suite à une prise en charge sanitaire peuvent solliciter différents dispositifs d’aide :

  1. Les allocations et prestations (telles que l’allocation aux adultes handicapés) pour compenser la perte de ressources.
  2. Les aides techniques et aménagements du domicile, remboursés partiellement ou totalement selon les dispositifs en vigueur.
  3. Un accompagnement par des associations de victimes et des services d’aide sociale pour la réinsertion et le soutien psychologique.
  4. La possibilité de solliciter une expertise médicale indépendante et un avocat spécialisé pour évaluer la recevabilité d’une action en responsabilité.

Chaque situation est singulière : l’accompagnement doit être personnalisé et prendre en compte l’ensemble des besoins médicaux, sociaux et professionnels de la victime.

En résumé

La reconnaissance par le tribunal administratif d’un manquement du CHU de Poitiers dans le dossier d’une patiente amputée ouvre la voie à une indemnisation qui reste à déterminer. La victime réclame 3,2 millions d’euros, tandis que le rapporteur public évalue la réparation autour d’un million d’euros. Au-delà du montant, cette décision est d’abord une reconnaissance de la souffrance subie et du lien entre prise en charge hospitalière et aggravation du dommage.

La suite de la procédure, et la décision finale sur le montant de la réparation, seront scrutées par la victime comme par les professionnels de santé. L’affaire illustre la complexité des contentieux liés aux infections nosocomiales et rappelle l’enjeu majeur de prévention et de sécurité des soins au sein des établissements hospitaliers.

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