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Cancer colorectal chez les moins de 50 ans : hausse inexpliquée et que faire

La mort de l'acteur James Van Der Beek a relancé l'alerte sur la hausse des cancers colorectaux chez les moins de 50 ans, une augmentation observée depuis plusieurs décennies mais encore mal comprise. Si des facteurs comme le surpoids et le mode de vie sont suspectés, des pistes nouvelles — microbiote, colibactine, utilisation d'antibiotiques — mobilisent désormais la recherche.

La disparition, début février, de l’acteur James Van Der Beek des suites d’un cancer colorectal a ravivé l’inquiétude autour d’une tendance observée depuis plusieurs années : la progression des cancers du côlon et du rectum chez des personnes de moins de 50 ans. Ces cas restent minoritaires en volume, mais leur augmentation, parfois rapide selon les régions, interroge chercheurs, cliniciens et autorités sanitaires. Entre explications partielles et hypothèses émergentes, que sait-on aujourd’hui et que peuvent faire les personnes concernées ?

Des chiffres préoccupants malgré une faible proportion

Globalement, la majorité des cancers colorectaux touche des personnes âgées : les 50 ans et plus restent le groupe le plus affecté. Pourtant, plusieurs études internationales ont mis en évidence une hausse notable des diagnostics chez les moins de 50 ans. Une large analyse comparant des cohorts nées dans les années 1990 à celles des années 1960 a rapporté un risque nettement augmenté pour la génération plus jeune. Par ailleurs, une étude récente publiée dans JAMA indique que, aux États-Unis, le cancer colorectal est devenu la première cause de mortalité par cancer chez les moins de 50 ans, une statistique qui montre l’urgence éducative et sanitaire autour de ce phénomène.

Concrètement, les cas précoces représentent une faible part du total — souvent citée autour de 6 % dans certaines séries nationales — mais leur progression sur une courte période est ce qui alarme les spécialistes. Cette croissance est d’autant plus frappante que, pour les populations plus âgées, des efforts de dépistage et des changements de comportements ont permis de stabiliser, voire de diminuer, les incidences dans certaines régions.

Quelles sont les hypothèses sur les causes ?

Plusieurs facteurs connus augmentent le risque de cancer colorectal : surpoids et obésité, alimentation riche en viandes transformées et produits ultratransformés, consommation excessive d’alcool, tabagisme, sédentarité. Ces éléments sont bel et bien présents dans la population jeune et contribuent probablement à l’augmentation observée.

Cependant, ces facteurs traditionnels ne suffisent pas à expliquer l’ampleur et la rapidité de la hausse. Les cliniciens signalent en effet des patient·es jeunes avec des modes de vie par ailleurs jugés « sains » qui développent malgré tout un cancer avancé. Ces observations ont poussé la recherche à explorer d’autres pistes.

Le rôle du microbiote intestinal

Le microbiote — cet ensemble de milliards de bactéries et microbes vivant dans notre intestin — est au centre de nombreuses investigations. Certaines bactéries peuvent produire des substances génotoxiques, c’est‑à‑dire capables d’endommager l’ADN des cellules hôtes. Une avancée notable est l’identification, par une équipe internationale, de mutations de l’ADN caractéristiques d’une génotoxine appelée colibactine, produite par certaines souches d’Escherichia coli. Ces mutations étaient plus fréquentes chez des patients jeunes atteints de cancer colorectal que chez des patients plus âgés, suggérant un lien potentiel entre exposition bactérienne et initiation tumorale.

Il faut toutefois rester prudent : ces résultats sont préliminaires et doivent être confirmés par d’autres études, qui devront aussi préciser les mécanismes, la fréquence réelle et les conditions d’exposition à ces souches bactériennes.

Antibiotiques et perturbation microbienne

Une autre piste qui suscite l’attention est l’usage répété d’antibiotiques. Ces médicaments, en altérant durablement la composition du microbiote, pourraient favoriser la prolifération de microorganismes délétères ou la perte d’espèces protectrices. Certaines études épidémiologiques ont retrouvé une association entre expositions prolongées ou répétées aux antibiotiques et un risque accru de cancer colorectal précoce. Là encore, la relation de cause à effet n’est pas établie de façon définitive : l’usage d’antibiotiques peut être un marqueur d’autres vulnérabilités et des recherches plus fines sont nécessaires.

Des sous-types variés : un problème multifactoriel

Les oncologues observent une diversité de présentations et de sous-types histologiques chez les jeunes malades, ce qui renforce l’idée qu’il n’existe pas une seule cause unique. Des facteurs génétiques (comme les syndromes héréditaires, par exemple le syndrome de Lynch ou des mutations germinales connues) expliquent une fraction des cas précoces, mais la majorité reste dite « sporadique » et multifactorielle.

Cette variabilité complique le travail des chercheurs, qui doivent intégrer données génétiques, environnementales, alimentaires et microbiennes pour reconstituer des trajectoires de risque.

Symptômes à surveiller et dépistage

Le principal danger chez les jeunes est le retard diagnostique : à tort, ils et elles sont souvent considérés·ées comme peu exposé·es, et des signes peuvent être attribués à des causes bénignes. Pourtant, certains symptômes doivent inciter à consulter rapidement :

  • modifications persistantes du transit intestinal (diarrhée ou constipation),
  • présence de sang dans les selles ou selles noires,
  • douleurs abdominales inexpliquées et persistantes,
  • perte de poids involontaire,
  • fatigue importante et non expliquée.

En cas de symptômes, un examen médical et des investigations adaptées (prise de sang, test de recherche de sang occulte dans les selles, coloscopie selon les indications) permettent de poser ou d’écarter un diagnostic.

Sur le plan du dépistage de masse, plusieurs pays ont revu leurs recommandations. Les États-Unis ont ainsi abaissé en 2021 l’âge de début du dépistage à 45 ans. D’autres pays continuent d’opter pour un dépistage à 50 ans, mais la question d’un abaissement généralisé de l’âge fait l’objet de débats scientifiques, logistiques et économiques, notamment pour évaluer le rapport bénéfices/risques et les ressources nécessaires.

Que peuvent faire les individus ? Conseils pratiques

Il n’existe pas de recette magique pour supprimer le risque, mais certaines mesures de prévention et de vigilance sont utiles :

  • consulter son médecin en présence de symptômes digestifs persistants, sans attendre ;
  • connaître ses antécédents familiaux et en informer son médecin (antécédents familiaux précoces de cancer colorectal nécessitent une prise en charge spécifique) ;
  • adopter une alimentation riche en fibres, fruits et légumes, limiter les viandes transformées et les produits ultratransformés ;
  • maintenir une activité physique régulière et prévenir le surpoids ;
  • éviter l’usage inutile d’antibiotiques et suivre les recommandations du médecin ;
  • discuter avec son médecin des modalités de dépistage pertinentes selon l’âge et les facteurs de risque (test immunologique de détection du sang occulte, colonoscopie si besoin).

Où en est la recherche ?

La recherche sur ce phénomène est active et multidisciplinaire. Les équipes explorent le rôle du microbiote, des expositions environnementales, des habitudes alimentaires modernes, de la pollution, des médicaments et des facteurs génétiques. Des études longitudinales, des analyses génomiques et des travaux expérimentaux en laboratoire sont nécessaires pour confirmer les pistes prometteuses — comme celle de la colibactine — et traduire ces découvertes en actions concrètes de prévention ou de dépistage ciblé.

Les autorités sanitaires, les équipes de cancérologie et les associations de patients suivent ces travaux de près pour adapter leurs recommandations au fur et à mesure des preuves.

Conclusion : rester vigilant sans céder à la panique

La hausse des cancers colorectaux chez les moins de 50 ans est un signal d’alarme qui mérite attention et recherche. Si les causes exactes restent partiellement inexpliquées, il existe des gestes simples de prévention et une nécessité impérieuse de consulter en cas de symptômes persistants. La mobilisation de la communauté médicale et scientifique est en cours pour mieux comprendre ce phénomène et améliorer la prévention, le dépistage et la prise en charge des patients jeunes. En attendant, l’écoute de ses signaux corporels et le dialogue avec son médecin restent les meilleurs réflexes.

Article rédigé à partir des données et études publiées récemment et des constats formulés par des spécialistes en cancérologie. Ce texte vise à informer ; il ne remplace pas un avis médical personnalisé.

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