Le tabac reste en 2023 la première cause de mortalité évitable en France. Selon les derniers chiffres publiés par Santé publique France, plus de 68 000 décès prématurés sont attribuables au tabagisme cette année-là, soit environ 11 % de la mortalité totale. Ces données, issues d’une méthodologie actualisée, confirment une tendance générale à la baisse par rapport à certaines années précédentes, mais révèlent aussi des inégalités marquées entre les sexes et entre les territoires.
Une mortalité élevée, des tendances nuancées
Le chiffre de plus de 68 000 morts reflète l’impact cumulé du tabagisme sur plusieurs pathologies : cancers, maladies respiratoires chroniques, pathologies cardiovasculaires et neurovasculaires notamment. Si la mortalité attribuable au tabac a légèrement diminué par rapport à 2015, la baisse reste inégale et lente. Les effets du tabac se manifestent souvent après des décennies d’exposition, de sorte que les habitudes prises dans la jeunesse peuvent expliquer en partie la charge actuelle de morbidité et de mortalité.
Les causes principales
Le cancer demeure la première cause de décès liés au tabac. Les données montrent que :
- 55 % des décès attribuables au tabac chez les femmes sont liés à des cancers ;
- 58 % des décès attribuables au tabac chez les hommes sont dus à des cancers.
Autres conséquences importantes : un décès sur trois lié à une maladie respiratoire chronique et un décès sur dix lié à une maladie cardiovasculaire ou neurovasculaire sont imputables au tabagisme. Ces chiffres traduisent l’impact systémique du tabac sur la santé, au-delà des cancers les plus médiatisés.
Un rapprochement des courbes entre femmes et hommes
La mortalité attribuable au tabac est aujourd’hui estimée à environ 6 % chez les femmes et 18 % chez les hommes. Cette différence historique reflète des décennies durant lesquelles la prévalence du tabac était plus élevée chez les hommes. Toutefois, l’écart se réduit : les générations de femmes qui ont adopté le tabagisme dans leur jeunesse présentent désormais des taux de maladies liés au tabac comparables à ceux des hommes. Le résultat est un tassement des différences de mortalité entre sexes et une inquiétude quant à l’augmentation des risques pour la population féminine.
Pourquoi les femmes rejoignent-elles les hommes ?
- Évolution des comportements : des augmentations de la consommation féminine dans certaines générations.
- Différences biologiques : certaines pathologies liées au tabac peuvent évoluer différemment selon le sexe.
- Facteurs sociaux : marketing ciblé, conditions de travail et stress peuvent favoriser le maintien ou la reprise du tabagisme.
De fortes disparités régionales
Les inégalités territoriales sont particulièrement marquées. Les régions Hauts-de-France, Grand Est et la Corse affichent des taux de mortalité attribuable au tabac supérieurs d’environ 40 % à celui de l’Île-de-France, qui est la région hexagonale la moins touchée. En revanche, plusieurs territoires ultramarins, comme la Guadeloupe, la Martinique et la Guyane, présentent des niveaux de mortalité liés au tabac plus faibles, en lien avec une consommation historiquement moins élevée. La Réunion constitue une exception au sein des territoires d’outre-mer, avec des taux proches de ceux observés dans l’Hexagone.
Les facteurs derrière ces différences
Plusieurs éléments expliquent ces écarts régionaux :
- Facteurs socio-économiques : la prévalence du tabagisme est plus élevée dans les zones où le niveau de vie et l’accès à la prévention sont plus faibles.
- Culture locale et habitudes : des traditions de consommation différentes selon les territoires.
- Accès aux services de santé et aux dispositifs d’accompagnement : inégalités dans l’offre de soins et de soutien pour l’arrêt du tabac.
- Exposition environnementale et commerciale : densité de points de vente et influence du marché parallèle peuvent moduler la consommation.
La campagne « Devenir Ex-fumeur » : un relais pour l’arrêt
Pour encourager les tentatives d’arrêt, Santé publique France et le ministère de la Santé ont lancé, du 16 février au 15 mars, la campagne « Devenir Ex-fumeur ». Conçue comme un relais du Mois sans tabac, cette campagne vise à orienter les fumeurs vers un accompagnement personnalisé et gratuit, notamment le service Tabac Info Service, accessible par téléphone non surtaxé. L’objectif est de transformer les motivations collectives en actions concrètes, en rappelant que des aides existent et que tenter d’arrêter augmente fortement les chances de succès.
Quels soutiens sont proposés ?
- Accompagnement téléphonique et en ligne par des professionnels formés au sevrage tabagique ;
- Programmes de suivi individualisé (conseils, plans de sevrage) ;
- Aides pharmacologiques validées (substituts nicotiniques, aides médicamenteuses prescrites par un professionnel) ;
- Groupes d’entraide et dispositifs collectifs locaux qui renforcent la motivation et aident à maintenir l’arrêt.
La réussite d’une tentative d’arrêt dépend souvent d’un soutien adapté : combiner accompagnement comportemental et aides médicamenteuses augmente significativement les chances de sevrage durable.
Inégalités sociales et prévention : ce qu’il reste à faire
Les chiffres de 2023 mettent en lumière que la lutte contre le tabagisme ne peut se limiter à des messages généraux. Les politiques de santé publique doivent tenir compte des disparités sociales et territoriales pour être efficaces. Parmi les pistes évoquées par les spécialistes et les autorités :
- Renforcer l’accès à l’accompagnement pour les publics les plus fragiles, par exemple via des prises en charge facilitées ou des actions de proximité ;
- Adapter les messages de prévention en tenant compte des différences culturelles et générationnelles ;
- Agir sur les déterminants sociaux (emploi, éducation, conditions de logement) qui favorisent la consommation ;
- Renforcer les contrôles sur le marché parallèle et l’offre illicite, qui fragilisent les politiques de réduction du tabagisme.
Que peut faire un fumeur aujourd’hui ?
Si vous fumez et que vous souhaitez arrêter, plusieurs étapes pratiques peuvent aider :
- Fixer une date d’arrêt et préparer un plan : identifier les situations à risque et les moyens de les gérer.
- Consulter un professionnel de santé pour évaluer les aides possibles et établir un parcours personnalisé.
- Utiliser les aides disponibles : substituts nicotiniques, médicaments prescrits si nécessaire, et un accompagnement comportemental.
- S’appuyer sur l’entourage et les dispositifs collectifs : l’arrêt est souvent facilité par le soutien social.
- Ne pas se décourager après une rechute : de nombreuses tentatives précèdent un arrêt durable.
Les campagnes nationales comme « Devenir Ex-fumeur » et les dispositifs locaux cherchent à rendre ces étapes plus accessibles et compréhensibles pour tous.
Perspectives et enjeux pour les années à venir
La trajectoire à long terme dépendra de la capacité des politiques publiques à réduire les inégalités d’accès à la prévention et aux soins, et à adapter les interventions aux réalités locales. Les progrès observés sont encourageants, mais le rythme de réduction de la mortalité liée au tabac doit s’accélérer pour limiter durablement son impact sur la santé publique.
Par ailleurs, la fermeture du fossé entre sexes impose une vigilance accrue : il faudra suivre de près l’évolution des comportements chez les femmes et adapter les actions de prévention et de prise en charge en conséquence. Enfin, la lutte contre le tabagisme ne peut se déconnecter des enjeux sociaux et économiques qui façonnent les déterminants de la santé.
En résumé
En 2023, plus de 68 000 décès prématurés en France sont attribuables au tabac, principalement par des cancers, mais aussi par des maladies respiratoires et cardiovasculaires. Les inégalités selon le sexe et le territoire restent marquées : les femmes voient leur risque augmenter, et certaines régions présentent des taux beaucoup plus élevés que d’autres. Les campagnes d’accompagnement comme « Devenir Ex-fumeur » visent à transformer la prise de conscience en actions concrètes, en insistant sur l’importance du soutien et des dispositifs d’aide pour réussir l’arrêt.
Si vous envisagez d’arrêter, un accompagnement personnalisé augmente nettement vos chances. Les autorités sanitaires rappellent que des dispositifs gratuits et professionnels existent pour aider chaque fumeur à tenter l’arrêt et à le maintenir sur le long terme.