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Pourquoi l’EFS sollicite certains donneurs : quand votre sang ou plasma devient crucial

L’Établissement français du sang (EFS) encourage certains donneurs à revenir régulièrement, soit parce qu’ils possèdent un groupe sanguin rare, soit parce que leur plasma contient des anticorps particulièrement protecteurs. Ces dons permettent de produire des produits sanguins et des médicaments indispensables pour des patients vulnérables ou en situation d’urgence.

Ces derniers mois, de nombreux donneurs en France ont reçu un courrier de l’Établissement français du sang (EFS) les invitant à revenir donner régulièrement. Ce signalement n’indique pas un problème de santé : au contraire, il souligne que le sang ou le plasma prélevé présente une valeur particulière pour la prise en charge d’autres malades. Mais que signifie concrètement « sang rare » et pourquoi certaines personnes protégées contre des infections comme l’hépatite B sont-elles aussi recherchées ?

Des groupes sanguins bien plus nombreux que A, B, AB et O

On a tendance à simplifier les groupes sanguins à A, B, AB et O puis à préciser le rhésus positif ou négatif. En réalité, le système immuno-hématologique est beaucoup plus complexe : on recense environ 400 marqueurs sanguins différents. Parmi eux, environ 250 sont qualifiés de « rares » selon la définition retenue par les établissements de transfusion.

Un groupe sanguin est considéré comme rare s’il est porté par moins de quatre personnes sur mille. Autrement dit, pour certaines combinaisons de marqueurs, il n’existe qu’un nombre limité de donneurs compatibles au sein de la population. Cette rareté a des conséquences concrètes : lorsqu’un patient a besoin d’une transfusion et que son profil est inhabituel, trouver un produit sanguin compatible peut être long et délicat.

Pourquoi la compatibilité est essentielle

Une transfusion avec un sang incompatible peut provoquer des réactions immunitaires graves, allant jusqu’à engager le pronostic vital. Pour cette raison, l’EFS et les services hospitaliers s’attachent à identifier et à conserver des stocks adaptés lorsque des profils rares sont détectés.

La détection de groupes rares se fait souvent à l’occasion d’un don de sang, d’une transfusion antérieure ou d’un suivi de grossesse : des anticorps peuvent apparaître après une exposition à un sang différent (transfusion, grossesse), révélant ainsi la particularité du profil. Cependant, le dépistage systématique de tous les marqueurs chez l’ensemble de la population serait techniquement et financièrement exorbitant ; il est donc ciblé chez des personnes régulièrement prélevées ou lorsque des antécédents médicalement pertinents l’indiquent.

Combien de personnes sont concernées ?

En France, on estime qu’environ un million de personnes sont porteuses d’un groupe sanguin rare. Pourtant, seules quelque 20 000 d’entre elles en ont conscience. Cette différence tient au fait que la rareté ne se révèle pas à l’œil nu ni à partir d’une simple prise de sang de routine. Elle nécessite des tests plus poussés pour identifier des marqueurs spécifiques.

Le rôle crucial des donneurs informés

L’EFS incite donc certains donneurs à revenir régulièrement : d’abord ceux dont le sang est statistiquement rare, mais aussi des personnes dont le plasma présente des caractéristiques immunologiques recherchées. Les donneurs réguliers sont souvent mieux identifiés car leurs dossiers comportent des informations plus complètes, et des tests complémentaires peuvent être réalisés pour confirmer la présence de marqueurs rares.

Au-delà de la disponibilité de sang compatible, la traçabilité et la conservation de produits adaptés — parfois congelés ou mis de côté pour des pathologies spécifiques — permettent de répondre rapidement à des situations d’urgence ou à des cohortes de patients ayant des besoins particuliers.

Des donneurs recherchés pour leurs anticorps : le cas de l’hépatite B

L’EFS prête aussi une attention particulière à des donneurs qui affichent un taux élevé d’anticorps anti-HBs, signe d’une protection efficace contre l’hépatite B. Leur plasma peut servir à fabriquer des immunoglobulines spécifiques, des « médicaments » riches en anticorps utilisées pour prévenir la contamination après une exposition à risque ou pour aider des personnes qui n’ont pas répondu au vaccin.

Ces préparations sont particulièrement utiles : elles permettent, en cas d’exposition d’urgence (piqûre accidentelle, contact avec du sang infecté, etc.), de réduire le risque d’infection chez des patients vulnérables. On comprend donc pourquoi l’EFS sollicite ces donneurs et pourquoi leur plasma est mis à contribution pour fabriquer des produits de thérapie immunitaire.

Un précédent : le plasma hyper-immun contre le Covid-19

La pandémie de Covid-19 a montré un autre exemple d’utilisation ciblée du plasma. Au pic de la crise, des personnes ayant des niveaux d’anticorps élevés contre le SARS-CoV-2 ont été invitées à donner leur plasma. Celui-ci a été testé, conservé et, lorsque pertinent, administré à des malades atteints de formes sévères pour tenter de neutraliser une partie de la charge virale et modérer l’évolution de la maladie.

Un dispositif similaire est étudié ou appliqué pour d’autres agents infectieux, par exemple le chikungunya dans les territoires concernés. Le principe reste le même : réutiliser une ressource biologique humaine — le plasma riche en anticorps — pour aider à soigner ou protéger des personnes à risque.

Que faire si vous recevez une lettre de l’EFS ?

Recevoir une invitation de l’EFS est un signe de reconnaissance : votre don est jugé utile au regard de critères cliniques et biologiques. Si vous êtes en bonne santé et que vous remplissez les conditions de don, il est recommandé de prendre rendez-vous. Donner régulièrement permet :

  • d’aider à constituer des stocks adaptés aux besoins de patients rares ;
  • de fournir du plasma pour la fabrication de produits thérapeutiques riches en anticorps ;
  • d’améliorer la réactivité des services en cas d’urgence transfusionnelle.

Avant chaque don, l’EFS réalise un entretien médical et des analyses pour s’assurer de votre aptitude au don. Si des examens complémentaires sont nécessaires, ils vous seront proposés et expliqués.

Qui est le plus susceptible d’avoir un groupe rare ?

La distribution des groupes sanguins varie selon les origines géographiques et les populations. Certaines origines ethniques ou territoriales augmentent la probabilité d’avoir des marqueurs peu fréquents dans la population nationale. Toutefois, il n’y a pas de critère évident à l’œil nu : seule l’analyse biologique peut confirmer la rareté d’un profil.

Mythes et rappels

Quelques points importants à garder en tête :

  • Un courrier de l’EFS n’indique pas une maladie. Il signale simplement que votre sang ou plasma présente des caractéristiques utiles.
  • Même si vous n’avez pas un groupe rare, votre don reste précieux pour la majorité des patients. L’EFS rappelle régulièrement que tous les dons comptent.
  • Le don de plasma, en particulier, peut être proposé plus fréquemment que le don de sang total, selon le type de prélèvement et les recommandations médicales.

En pratique : fréquence, sécurité et information

Le rythme de don dépend du type de prélèvement : un don de sang total est soumis à des intervalles réglementaires, tandis que le don de plasma peut être plus fréquent selon l’aptitude du donneur et les besoins. À chaque étape, la sécurité du donneur est une priorité : bilan médical, contrôle des paramètres biologiques et respect de l’anamnèse permettent de garantir la sécurité du produit et du donneur.

Enfin, l’EFS travaille avec les professionnels de santé et les laboratoires pour améliorer la cartographie des groupes rares et pour mobiliser des réseaux de donneurs lorsque la situation l’exige. La coopération entre donneurs, centres de transfusion et équipes hospitalières est au cœur de la disponibilité des produits sanguins adaptés.

Conclusion

Être identifié comme porteur d’un groupe sanguin rare ou comme donneur possédant des anticorps utiles place la personne dans une position précieuse pour la santé publique : son don peut sauver des vies et permettre la fabrication de traitements spécifiques. Si vous recevez une invitation de l’EFS, renseignez-vous et, si vous êtes en mesure de le faire, considérez le geste. Au-delà de la reconnaissance individuelle, ces dons renforcent la résilience du système transfusionnel et aident à protéger les patients les plus vulnérables.

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