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Tabac : plus de 68 000 morts en 2023, des inégalités régionales et la campagne « Devenir Ex‑fumeur »

En 2023, le tabac a causé plus de 68 000 décès prématurés en France, confirmant qu’il reste la première cause de mortalité évitable. Les chiffres révèlent de fortes disparités régionales et un rapprochement des courbes de mortalité entre femmes et hommes, pendant que l’Etat relance la campagne « Devenir Ex‑fumeur » pour inciter au sevrage.

Le tabac reste la première cause de mortalité évitable en France. Selon les derniers chiffres publiés par Santé publique France pour 2023, le tabagisme est responsable de plus de 68 000 décès prématurés, soit environ 11 % de la mortalité totale. Ces données, issues d’une méthodologie révisée et actualisée, confirment l’ampleur du fardeau sanitaire et mettent en lumière des inégalités marquées selon le sexe et le territoire.

La situation chiffrée : cancers et autres pathologies

Le cancer demeure la première cause de décès attribuables au tabac : il représente 55 % des décès liés au tabac chez les femmes et 58 % chez les hommes. Les maladies respiratoires chroniques et les pathologies cardiovasculaires continuent également d’être fortement liées au tabagisme : environ un décès sur trois pour les maladies respiratoires chroniques et un décès sur dix pour les maladies cardiovasculaires ou neurovasculaires sont imputables au tabac. Ces chiffres traduisent la diversité des effets délétères du tabac, qui agit à la fois comme facteur déclenchant et aggravant de nombreuses maladies.

Les femmes rattrapent progressivement les hommes

Historiquement, les hommes ont adopté le tabagisme plus tôt et en plus grand nombre, ce qui se traduit encore aujourd’hui par une part plus élevée de la mortalité attribuable au tabac chez les hommes (environ 18 %) que chez les femmes (environ 6 %). Toutefois, les habitudes de consommation des femmes se rapprochent de celles des hommes, et la différence tend à se réduire. Ce phénomène signifie que les générations de femmes qui ont commencé à fumer plus tôt dans leur vie voient aujourd’hui augmenter le nombre de maladies liées au tabac à l’âge où ces affections se déclarent.

Disparités régionales marquées

Les inégalités territoriales sont un élément saillant du bilan. Les régions Hauts‑de‑France, Grand‑Est et la Corse présentent des taux de mortalité attribuable au tabac supérieurs d’environ 40 % à ceux de l’Île‑de‑France, la région la moins touchée en métropole. À l’inverse, certains territoires ultramarins comme la Guadeloupe, la Martinique et la Guyane affichent une mortalité liée au tabac plus faible, en lien avec une consommation historiquement moindre. La Réunion fait toutefois exception et présente des taux proches de ceux observés en métropole.

Ces différences territoriales reflètent des facteurs multiples : niveau socioéconomique, accès aux soins et aux dispositifs d’accompagnement, histoire culturelle du tabac, et présence du marché parallèle. Elles montrent aussi que les politiques publiques et les actions de prévention doivent être adaptées au contexte local pour être efficaces.

Une méthodologie révisée : pourquoi les chiffres évoluent

Les données de 2023 reposent sur une méthodologie actualisée qui affine l’estimation des décès attribuables au tabac. Cette révision tient compte des évolutions des habitudes de consommation, de l’âge des cohortes et des connaissances épidémiologiques. Il est important de rappeler que les effets du tabac sur la mortalité sont décalés dans le temps : les décès observés aujourd’hui sont souvent la conséquence de comportements tabagiques anciens. Ainsi, les tendances récentes en matière de consommation se traduiront pleinement sur la mortalité dans les années à venir.

La campagne « Devenir Ex‑fumeur » : un relais pour l’arrêt

Pour accompagner les personnes souhaitant arrêter, Santé publique France et le ministère de la Santé lancent, du 16 février au 15 mars, la campagne « Devenir Ex‑fumeur ». Présentée comme un relais entre l’élan collectif du Mois sans tabac et l’accompagnement personnalisé, cette campagne renvoie vers Tabac info service, qui propose un accompagnement gratuit et individuel. Un numéro non surtaxé (39 89) permet d’accéder à des conseils, des outils pratiques et, si besoin, à un suivi par des professionnels formés.

Que propose la campagne ?

  • Un message de mobilisation pour inciter à tenter l’arrêt ou à reprendre une tentative après un échec.
  • Un pont entre les actions collectives et le suivi personnalisé via Tabac info service.
  • Des ressources pratiques : conseils pour gérer le manque, aides médicamenteuses, et informations sur les aides locales.

La période ciblée par la campagne vise à capitaliser sur la dynamique du Mois sans tabac et à offrir un accompagnement concret aux fumeurs qui souhaitent réduire ou cesser leur consommation.

Arrêter : étapes, aides et bénéfices

Arrêter de fumer est souvent difficile, mais les bénéfices pour la santé sont rapides et considérables. Les principaux dispositifs d’aide incluent les substituts nicotiniques (timbers, gommes, pastilles), les médicaments prescrits par un professionnel de santé, les consultations de tabacologie, et le soutien téléphonique ou en ligne.

Étapes et conseils pratiques

  1. Fixer une date d’arrêt et préparer un plan (repérer les situations à risque, informer son entourage).
  2. Consulter un professionnel de santé pour évaluer les aides les plus adaptées et éventuellement obtenir une prescription.
  3. Utiliser des substituts nicotiniques ou médicaments quand c’est approprié, et combiner soutien pharmacologique et accompagnement comportemental pour maximiser les chances de succès.
  4. Mettre en place des stratégies de remplacement (activité physique, techniques de relaxation, modification des routines associées à la cigarette).
  5. Ne pas hésiter à relancer une tentative après un échec : la plupart des personnes qui arrêtent définitivement ont eu plusieurs essais.

Bénéfices pour la santé selon le temps écoulé

  • Après 20 minutes : tension artérielle et fréquence cardiaque commencent à revenir à la normale.
  • Après 12 heures : le taux de monoxyde de carbone dans le sang diminue.
  • Après quelques semaines à quelques mois : la circulation sanguine et la fonction pulmonaire s’améliorent.
  • Après 1 an : le risque de maladie coronarienne devient environ deux fois moindre que celui d’un fumeur.
  • Après 5 à 10 ans : le risque de cancer du poumon et d’autres cancers baisse significativement.
  • Après 15 ans : le risque de coronaropathie peut devenir similaire à celui d’un non‑fumeur.

Que faire selon que l’on vive dans une région plus touchée ?

Dans les territoires où la mortalité liée au tabac est élevée, il est essentiel que les politiques de prévention et d’accompagnement soient renforcées. Cela peut passer par :

  • Des campagnes locales ciblées et culturellement adaptées.
  • Un meilleur accès aux consultations de tabacologie et aux traitements, y compris via la coordination avec les centres de santé et la médecine de ville.
  • Des actions de terrain dans les quartiers les plus concernés, en lien avec les associations et les acteurs locaux.

La lutte contre le tabac doit être multidimensionnelle : réglementation, fiscalité, lutte contre le marché parallèle, prévention scolaire, et accompagnement personnalisé sont autant de leviers à mobiliser.

Conclusion : un fardeau toujours lourd, mais des leviers pour agir

Les chiffres de 2023 rappellent que le tabagisme reste un enjeu majeur de santé publique en France, avec plus de 68 000 décès prématurés et des inégalités marquées selon le sexe et le territoire. La campagne « Devenir Ex‑fumeur » entend saisir l’élan collectif pour proposer un accompagnement concret aux personnes qui souhaitent arrêter. Au‑delà des campagnes nationales, des actions locales ciblées et un accès facilité aux aides au sevrage sont indispensables pour réduire durablement la mortalité liée au tabac.

Si vous envisagez d’arrêter ou de soutenir un proche, n’hésitez pas à contacter Tabac info service pour bénéficier d’un accompagnement personnalisé et gratuit au 39 89. Chaque tentative compte : les bénéfices pour la santé commencent rapidement et s’accumulent avec le temps.

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