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Fin de vie : le texte sur l’aide à mourir repart à l’Assemblée, un marathon législatif s’ouvre

Après le rejet du Sénat, le projet de loi sur la fin de vie revient à l'Assemblée nationale où deux propositions distinctes seront débattues, l'une sur les soins palliatifs et l'autre sur la création d'un droit à l'aide à mourir. Le calendrier parlementaire chargé et les désaccords profonds laissent planer l'incertitude sur une adoption définitive avant l'été.

Le projet de loi porté par le député Olivier Falorni sur la fin de vie revient devant l’Assemblée nationale, relançant un débat parlementaire aussi technique qu’ému. Après une première adoption à l’Assemblée en mai — 305 voix pour contre 199 oppositions — le texte a été rejeté par le Sénat lors de débats houleux. Ce lundi, les députés se penchent une nouvelle fois sur deux propositions de loi distinctes : l’une vise le renforcement des soins palliatifs, l’autre — la plus controversée — la création d’un « droit à l’aide à mourir ».

Un parcours législatif chaotique

Le chemin de ce texte a été semé d’embûches. Adopté en première lecture par l’Assemblée, il a buté sur l’obstacle sénatorial où les échanges ont été qualifiés de « chaotiques » par plusieurs participants. Faute d’accord entre les deux chambres, la procédure prévoit désormais un passage par une commission mixte paritaire (CMP) pour tenter de concilier les positions. Si la CMP n’aboutit pas, le texte devra faire l’objet de nouvelles lectures à l’Assemblée et au Sénat.

Le calendrier parlementaire s’annonce toutefois serré. Emmanuel Macron avait placé la loi sur la fin de vie parmi ses priorités pour 2026, promettant lors de ses vœux du 31 décembre d’aller « au bout du travail législatif sur la question de la fin de vie dans la dignité ». Mais entre autres textes gouvernementaux urgents et la gestion des sessions parlementaires, trouver une fenêtre claire pour adopter définitivement le texte reste compliqué.

Ce que contient le projet

Sans reprendre tous les articles dans le détail, le texte le plus sensible introduit ce qui est présenté comme un « droit à l’aide à mourir ». Concrètement, il propose d’autoriser et d’accompagner un patient souhaitant mettre fin à ses jours de deux manières :

  • la possibilité pour la personne de s’administrer elle-même une substance létale ;
  • l’autorisation pour un professionnel — médecin ou infirmier — d’administrer cette substance si le patient n’est pas physiquement en mesure de le faire.

Le projet prévoit également des mesures sur les soins palliatifs, qui font l’objet d’un consensus plus large. Parmi les points débattus figurait la création d’un « droit opposable » aux soins palliatifs, validée en première lecture à l’Assemblée mais supprimée par le Sénat. Cette mesure visait à garantir un accès effectif aux soins palliatifs pour tous les patients qui en ont besoin, via des engagements de l’État et des moyens supplémentaires pour les structures concernées.

Garanties et garde-fous

Les soutiens du texte insistent sur l’existence de garanties destinées à encadrer strictement l’accès à l’aide à mourir : procédures d’avis médical plurielles, délais de réflexion, évaluations de la capacité de discernement du patient, et possibilités d’accompagnement psychologique. Les opposants, eux, considèrent que ces garde-fous peuvent être insuffisants et craignent des dérives ou une pression indirecte sur les personnes vulnérables.

Obstacles politiques et contraintes de calendrier

Le calendrier est l’un des principaux freins à une adoption rapide. Entre les dossiers gouvernementaux prioritaires et les agendas des deux chambres, il n’est pas évident de dégager des plages pour organiser les débats nécessaires. Certains responsables politiques estiment que le sujet devrait être adopté avant la pause estivale ; d’autres jugent ce timing irréaliste.

Plusieurs facteurs compliquent la route :

  • la diversité des positions au sein même des familles politiques : le texte divise des groupes entiers, rendant difficile la formation d’une majorité stable ;
  • la réticence de certains sénateurs à siéger en juillet, liée aux élections sénatoriales, qui limite les possibilités de relancer rapidement l’examen au Palais du Luxembourg ;
  • la stratégie politique possible du « pourrissement » évoquée par certains : temporiser pour espérer que le sujet s’éloigne ou perde de son intensité médiatique.

Le président du groupe Modem, Olivier Falorni, reste confiant et attend du gouvernement, et notamment de l’exécutif, qu’il prenne les décisions nécessaires pour inscrire clairement le texte au calendrier parlementaire. La présidente de l’Assemblée, Yaël Braun-Pivet, a également exprimé son souhait de voir le dossier aboutir.

Enjeux éthiques et sociaux

Au-delà des aspects procéduraux, la discussion s’inscrit au cœur d’un débat éthique profond sur la fin de vie. Les arguments avancés côté pro incluent :

  • le droit à choisir sa fin de vie dans la dignité pour des personnes souffrant de pathologies incurables ou en situation de souffrance insupportable ;
  • la possibilité d’éviter des pratiques clandestines ou dangereuses en donnant un cadre légal et sécurisé ;
  • la reconnaissance d’une demande sociale forte exprimée par des associations de patients et des familles.

Les opposants invoquent, pour leur part, des craintes qui portent sur :

  • le risque de normalisation d’une forme d’euthanasie qui mettrait la pression sur les plus fragiles ;
  • les questions de conscience des professionnels de santé et la difficulté d’articuler l’obligation de soin avec la possibilité d’administration d’une substance létale ;
  • le caractère potentiellement irréversible d’une décision et la nécessité de développer d’abord massivement les soins palliatifs avant d’envisager une légalisation plus large.

Que peut-on attendre des prochains jours et semaines ?

La réunion des députés doit permettre d’adopter de nouveau le texte à l’Assemblée, avec, selon le calendrier prévu, un vote solennel programmé pour le 24 février. Mais même en cas d’adoption, le rejet antérieur du Sénat impose la recherche d’un compromis entre les chambres.

Plusieurs scénarios sont possibles :

  1. un accord en commission mixte paritaire (CMP) permettant d’aboutir à un texte commun adopté par les deux chambres ;
  2. l’absence d’accord en CMP, entraînant de nouvelles lectures et prolongant le processus législatif sur plusieurs mois ;
  3. un retrait partiel ou la scission du projet en plusieurs lois distinctes, par exemple en séparant définitivement la question des soins palliatifs de celle de l’aide à mourir, afin de faire avancer au moins les mesures consensuelles.

Chacune de ces issues dépendra autant des équilibres parlementaires que de la capacité du gouvernement et du Président à faire converger les positions. Les voix des médecins, des associations, des juristes et des familles auront également un impact sur le fond des débats et sur les amendements qui seront déposés en séance.

Conséquences pour les patients et les professionnels

Si le texte venait à être adopté, son application soulèverait des questions pratiques pour les équipes soignantes et les établissements de santé : formation, protocoles, conditions de responsabilité juridique pour les professionnels, modalités de contrôle et de transparence. Les partisans insistent sur le besoin d’un accompagnement institutionnel fort pour éviter l’isolement des médecins confrontés à des demandes d’aide à mourir.

Quant aux patients, l’enjeu reste de concilier autonomie individuelle et protections collectives. Beaucoup réclament un cadre clair et humain pour les derniers instants, tandis que d’autres souhaitent d’abord des garanties d’accès effectif aux soins palliatifs et aux ressources d’accompagnement.

Conclusion

Le retour du projet de loi sur la fin de vie à l’Assemblée nationale ouvre une nouvelle étape d’un long et délicat processus. Entre promesses présidentielles, divisions politiques et enjeux éthiques profonds, l’issue reste incertaine. Ce qui est certain, c’est que les débats des prochaines semaines serviront à préciser les contours d’un texte qui touche aux questions fondamentales de la mort, de la dignité et de la responsabilité collective.

Les Français, et notamment les personnes concernées par la fin de vie et leurs proches, auront tout intérêt à suivre de près les débats parlementaires et les amendements proposés, car ils détermineront concrètement les garanties et les conditions d’accès à des dispositifs qui, s’ils sont adoptés, transformeront durablement la pratique médicale et le droit.

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