Samuel, un Autrichien de 22 ans, est mort après avoir eu recours au suicide assisté, selon les informations publiées en février 2026. Atteint d’encéphalomyélite myalgique, aussi appelée syndrome de fatigue chronique (SFC/EM), il avait vu sa vie bouleversée après un épisode de Covid-19 en 2024. Son histoire, sobrement racontée par ses proches et par des extraits qu’il avait postés en ligne, a ravivé en Europe les discussions sur la prise en charge des maladies post-infectieuses et sur l’accès à l’aide pour mourir quand la souffrance paraît insupportable.
Un parcours brisé par le Covid long
Selon les éléments recueillis auprès de son entourage et de professionnels de santé qui ont suivi le dossier, les symptômes de Samuel se sont déclarés peu après une infection par le SARS-CoV-2. Rapidement, il n’a plus été capable de mener une vie normale : fatigue extrême, hypersensibilité à la lumière et au bruit, pertes cognitives, incapacité à tenir une conversation ou à consommer des contenus audio-visuels. Dans des messages publiés sur Reddit, il a décrit un état quotidien « comme brûler et se noyer en même temps », et l’obligation de rester alité la quasi-totalité du temps.
Le syndrome de fatigue chronique est une maladie qui peut apparaître de façon brutale, souvent chez des personnes jeunes et auparavant actives. Les causes exactes restent mal élucidées : on incrimine des réactions immunitaires, des déclencheurs infectieux, des facteurs génétiques et parfois un contexte de stress majeur. L’absence de biomarqueurs diagnostiques fiables et la variabilité des manifestations compliquent la reconnaissance et la prise en charge par certains praticiens.
Des symptômes débilitants et une prise en charge limitée
Pour beaucoup de patients, l’EM/SFC n’est pas seulement une sensation de fatigue ; il s’agit d’un ensemble de symptômes invalidants impliquant le système neurologique, immunitaire et cardiorespiratoire. Les signes les plus courants sont :
- une fatigue profonde non soulagée par le repos ;
- un malaise post-effort, où une activité même légère entraîne une aggravation marquée des symptômes ;
- des troubles cognitifs (dysfonctionnements de la mémoire, difficultés de concentration) ;
- des hypersensibilités sensorielles (lumière, son) et des douleurs diffuses.
Actuellement, les traitements visent surtout à soulager les symptômes : aménagement du rythme de vie, prise en charge de la douleur, stratégies pour gérer le malaise post-effort, soutien psychologique. Il n’existe pas, à ce jour, de traitement curatif universellement validé, et l’accès à des équipes spécialisées reste inégal selon les pays et les régions.
Le recours au suicide assisté et ses conséquences
Le décès de Samuel par suicide assisté, inhumé le 11 février, a été présenté par son médecin comme l’aboutissement d’un long processus au cours duquel toutes les options de soins auraient été explorées. Ce cas, selon plusieurs sources, pourrait constituer une première dans le pays pour un patient jeune souffrant d’EM/SFC et ayant invoqué l’intensité de ses souffrances comme motif principal.
La question de l’aide à mourir — encadrée différemment selon les législations nationales — est en pleine recomposition dans plusieurs pays européens. En France, ce thème est de nouveau discuté à l’Assemblée nationale, tandis qu’en Autriche la situation suscite une remise en perspective des politiques de prise en charge des maladies chroniques et post-infectieuses.
Un signal d’alarme sur la jeunesse et la souffrance
Des associations et des collectifs de patients ont observé une augmentation du nombre de jeunes adultes exprimant que leur souffrance est devenue insupportable au point d’envisager la mort comme seule issue. Des organisations pro-aide à mourir ont de leur côté signalé une hausse des demandes de soutien chez des personnes de moins de 30 ans convaincues que seules la fin de vie assistée ou l’euthanasie peuvent mettre un terme à leur souffrance.
Ce phénomène pose de nombreuses questions éthiques, médicales et sociales : comment mieux repérer et prendre en charge des formes sévères d’EM/SFC ? Quelles ressources mettre en place pour accompagner des personnes isolées ou stigmatisées ? Quelle place donner à la volonté exprimée par des patients jeunes face à des maladies encore mal comprises ?
Problèmes de reconnaissance et d’accès aux soins
Plusieurs patients atteints d’encéphalomyélite myalgique dénoncent un manque de reconnaissance par le corps médical et les organismes sociaux. Certains témoignent d’avoir été considérés comme des « simulants » ou d’avoir subi des refus de prise en charge appropriée. Ces ressentis alimentent un mouvement de revendication pour améliorer les parcours de soin :
- formation accrue des professionnels de santé sur les maladies post-infectieuses et l’EM/SFC ;
- création de centres spécialisés disposant d’équipes pluridisciplinaires (neurologie, rhumatologie, médecine interne, rééducation, psychologie) ;
- meilleure accessibilité des aides sociales et des dispositifs d’accompagnement pour les personnes en incapacité prolongée.
En Autriche, la secrétaire d’État à la Santé a déclaré travailler à amplifier l’offre de soins et d’aide pour ces patients. En France, les chiffres indiquent qu’environ 250 000 personnes seraient concernées par l’EM/SFC, avec une prédominance féminine (près de 80 % des cas recensés). Ces estimations reflètent l’urgence d’investir dans la recherche et dans des filières de soins adaptées.
Enjeux éthiques et politiques
Le cas de Samuel met en lumière plusieurs tensions : la souffrance individuelle face à l’impératif de protéger des vies vulnérables, la nécessité de garantir un accompagnement digne jusqu’à la fin, et la responsabilité des systèmes de santé de prévenir les situations où des patients se sentent abandonnés. Les débats parlementaires actuels portent notamment sur les conditions d’un droit à l’aide à mourir — critères, garanties, contrôle médical et juridique — et sur l’articulation entre soins palliatifs, accompagnement psychologique et demandes d’assistance pour mourir.
Que faire face à la détresse ?
Lorsqu’un proche évoque des idées suicidaires ou manifeste une détresse psychologique importante, il est essentiel de :
- ne pas minimiser ses propos et l’écouter avec attention ;
- encourager la personne à consulter un professionnel de santé (médecin traitant, psychiatre, service d’urgences) ;
- veiller à ne pas laisser la personne seule si le risque est élevé et contacter les services d’urgence locaux si nécessaire ;
- proposer un soutien concret au quotidien (accompagnement à une consultation, aide administrative, contacts avec des associations de patients).
Il est également indispensable d’orienter les démarches vers des équipes spécialisées dès que les symptômes persistent après une infection. La coordination entre médecins, rééducateurs et services sociaux peut réduire l’isolement et améliorer la qualité de vie malgré l’absence d’un traitement curatif universel.
Perspectives et recherche
La recherche sur le syndrome de fatigue chronique progresse progressivement : études sur les mécanismes immunitaires, sur les dérèglements métaboliques après infection, essais thérapeutiques ciblés. L’accroissement des financements et des partenariats internationaux est une condition pour mieux comprendre les facteurs de chronicisation et pour développer des options thérapeutiques efficaces.
Parallèlement, les autorités sanitaires sont interpellées pour renforcer la formation des soignants, améliorer le repérage des formes sévères et déployer des dispositifs d’accompagnement médico-social adaptés. Ces mesures peuvent réduire le sentiment d’abandon ressenti par de nombreux malades et potentiellement limiter le recours à des options extrêmes lorsque la souffrance devient insupportable.
Conclusion
Le décès de ce jeune Autrichien rappelle la complexité des conséquences du Covid-19 à long terme et met en exergue des failles dans la prise en charge des maladies post-infectieuses. Au-delà de l’émotion suscitée, son histoire pose une double exigence : intensifier la recherche et l’offre de soins pour l’EM/SFC, et garantir des réponses éthiques et humaines aux personnes confrontées à des souffrances chroniques. Les réformes en discussion dans plusieurs pays devront tenir compte de ces réalités pour mieux protéger les patients les plus vulnérables.
Si vous ou une personne de votre entourage êtes en détresse, contactez immédiatement les services d’urgence ou les dispositifs d’aide de votre pays.